Homélie dimanche 29 mars 2020

Publié le par Christophe Delaigue

5ème dimanche de Carême / Année A

Ez 37,12-14 / Ps 129 (130) / Rm 8,8-11 / Jn 11,1-45

 

Pauvre Lazare… C’est vraiment ce qui me vient quand je pense à lui et à ce qu’on vient d’entendre. Et je me demande s’il a eu peur, au moment de mourir, ou au contraire s’il se sentait libéré d’une situation douloureuse ou difficile à vivre… Et la question qui me venait alors, si Lazare a vécu ce passage dans une forme d’angoisse, c’est de savoir s’il sera plus rassuré la fois suivante…

Car il est là le drame pour Lazare. Il y aura une fois suivante. Et il est là le drame pour Marthe et Marie déjà bien éprouvée, on l’a entendu, par cette maladie puis cette mort de Lazare qui affectent même Jésus, car Jésus aime Lazare, Jésus nous aime et souffre avec nous, jusqu’en ces jours que nous traversons – je pense là à l’actualité sur laquelle je ne veux pas m’étendre mais qui forcément nous habite…

Lazare va mourir de nouveau. Car Lazare ne ressuscite pas comme Jésus, lui, va ressusciter – ce que nous célèbrerons à Pâques. Jésus, il faudra entrer dans le regard de la foi pour le reconnaître, pour le découvrir présent à nos côtés. Présence réelle mais autre… A la fois c’est bien lui et en même temps ça ne saute pas aux yeux. Tout cela nous le réentendrons pendant le temps pascal…

Lazare, lui, il revient à la vie, comme avant. Certes il sera sans doute un peu-beaucoup changé par cette expérience, mais il redevient le Lazare qui vit avec ses sœurs et qui va un jour mourir de nouveau, comme nous tous, pour entrer alors dans cette vie éternelle que Jésus vient annoncer, cette vie en Dieu, avec Dieu, dans laquelle Jésus veut nous entraîner.

Cette résurrection de Lazare, ce retour à la vie que Jésus permet, c’est un signe qui nous est donné. C’est le signe de la résurrection à venir de Jésus, et par là-même c’est une « théophanie », une manifestation de Dieu, une révélation qu’il veut nous faire : non seulement que lui, Jésus, va ressusciter – nous le savons, nous allons le célébrer dans 15 jours –, mais c’est même son identité et sa mission. C’est ce que Jésus dit à Marthe et qu’il manifeste devant Marie : il est la résurrection et la vie. C’est son identité et c’est sa mission. C’est ce qu’il est pour nous, et c’est Bonne nouvelle !

C’est une Bonne nouvelle, oui, parce que c’est promesse de vie, au cœur de ce que nous traversons, y compris nos peurs ou nos morts intérieures, tout ce qui nous paralyserait.

C’est promesse de vie et c’est même une promesse déjà en actes pour nous aujourd’hui. Car si nous sommes baptisés, nous croyons que nous sommes déjà morts et ressuscités avec le Christ. Nous croyons que le mal et la mort n’auront plus prise sur nous. Non pas que nous n’allons plus souffrir, évidemment – ça se saurait –, et non pas que nous n’allons pas mourir – j’ai envie de dire : comme tout le monde et comme ce pauvre Lazare rendu à la vie –, non. Mais nous croyons et ça peut vraiment être ou devenir notre force de vie, nous croyons que la vie est plus forte que toute cela, que la vie est plus forte que tout mal et que toute forme de mort. C’est notre foi ! Et c’est notre espérance ! Et ça peut devenir notre moteur de confiance et d’espérance jusque dans nos épreuves ou nos angoisses…

En Jésus Christ mort et ressuscité, avec Jésus Christ qui est la résurrection et la vie, nous croyons que le mal n’a pas et n’aura pas le dernier mot de notre histoire, et nous croyons que la mort n’est plus la fin de toute vie, mais qu’elle devient un passage – une pâque – vers la vie telle que Dieu la veut en plénitude pour nous. Demain, dans l’au-delà, mais dès ici-bas, dans un amour à recevoir et à vivre en actes.

Nous sommes morts et ressuscités avec le Christ, appelés déjà en vie éternelle. Or qu’est-ce que la vie éternelle, demanderont un jour les disciples à Jésus ? Réponse de Jésus (en Jn 17,3) : c’est de connaître Dieu le Père et celui qu’il a envoyé, lui Jésus. Connaître c’est-à-dire vire ensemble, être dans une relation de l’ordre de l’amour, de l’ordre de l’amitié au sens le plus fort qui soit, ce qui donne sens à la vie. Et cet amour il a un nom, cet amour du Père et du Fils qui nous est promis c’est l’Esprit Saint dont parlaient la 1ère et la 2ème lecture.

Alors en vous disant tout cela, je pense tout spécialement aux catéchumènes, notamment ceux de notre paroisse, qui se préparent à recevoir le baptême. Ce ne sera pas à Pâques, pour cause de confinement, mais vraisemblablement au cours de la veillée de la Pentecôte : la fête, justement, du don de l’Esprit Saint.

Oui, je pense tout particulièrement à vous les catéchumènes de notre communauté, vous qui nous écoutez peut-être grâce aux réseaux sociaux, car c’est d’abord pour vous que nous était proposé cette page d’évangile de ce dimanche, en lien avec l’étape des scrutins que vous auriez dû célébrer ce soir.

Vous les catéchumènes, vous êtes promis comme nous qui sommes déjà baptisés à cette même espérance en la résurrection. Vous voilà appelés à quitter les tombeaux de vos peurs ou du mal qui a pu frapper votre histoire ou des chemins de mort que peut-être vous avez un jour empruntés. Vous voilà appelés à quitter les tombeaux d’une vie où le mal et la mort sont perçus comme la fin de tout.

Et comme nous qui sommes baptisés c’est tout au long de votre vie qu’il va falloir apprendre à quitter les enfermements dans lesquels nous nous remettons ou vers lesquels les épreuves de tous ordres nous poussent. Pour se laisser rejoindre par le Christ qui, au cœur de toute situation, veut nous prendre par la main pour nous libérer, nous sauver, pour que nous ayons la vie, pour que nous puissions nous relever et marcher avec lui, le Christ, lui qui nous appelle à aller à la rencontre d’autres qui auront besoin eux aussi d’une présence qui console, une présence qui prend soin, qui relève, c’est-à-dire qui ressuscite…

Entendons bien qu’au cri et à la supplication de Marthe et de Marie, Jésus répond par sa présence, il vient, certes pas en temps et heure que nous allons fixer nous, mais il vient, il est là, et il manifeste l’œuvre de Dieu, ce salut qui est résurrection, qui est puissance de vie.

C’est l’Esprit Saint qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, l’Esprit Saint que Jésus va promettre à se disciples juste avant de mourir qui sera leur consolateur même plus que cela, leur compagnon de route en toutes leurs démarches (le « Paraclet »), l’Esprit Saint qui est la force de vie et d’amour que Dieu, sa présence qu’il répand en nos cœurs.

Alors demandons-nous : qu’est-ce qui dans ma vie, aujourd’hui, a besoin de cette présence, de cette force ? Qu’est-ce qui aujourd’hui dans notre vie bien concrète a besoin que Jésus vienne nous visiter pour y déposer sa paix ? Pour le dire autrement, qu’est-ce que nous avons à offrir en ces derniers jours de carême, pour qu’au cours des fêtes de Pâques qui approchent la lumière du Christ ressuscité vienne nous illuminer et vienne nous rendre à la confiance et à l’espérance qui font vivre ?

Déposons tout cela dans notre prière avec le pain et le vin de l’eucharistie. Et même si nous ne pouvons pas communier chacun parce que nous ne sommes pas physiquement présents à une messe, accueillons dans la foi cette présence qui se donne et qui déjà est force pour la route. Le Christ est là, il vient, il veut nous rejoindre chacun. Offrons-lui ce qui nous habite, offrons-lui ce que sa Parole et sa promesse de vie et de résurrection vient rejoindre ou réveiller en nous… Amen.

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