Homélie mercredi 4 mars 2020

Publié le par Christophe Delaigue

Mercredi de la 1ère  semaine du Carême

Jon 3,1-10 / Ps 50 (51) / Lc 11,29-32

 

Le maître mot des lectures de ce soir c’est la conversion. Avec la figure du prophète Jonas que Jésus reprend et nous rappelle.

On l’a entendu, Jonas parcourt la ville de Ninive en tout sens pour l’inviter avec insistance à se convertir, à faire retour vers Dieu, pour que celui-ci renonce au châtiment qui semblerait logique. Sauf que notre problème à nous aujourd’hui c’est qu’on croit trop à la miséricorde de Dieu. On y croit tellement qu’il nous aime qu’on en oublierait presque que le mal que nous faisons violente et attriste Dieu.

Or le carême, je le disais mercredi dernier, c’est ce temps qui nous est offert pour regarder notre vie en vérité et faire retour vers Dieu. C’était l’appel du prophète Joël qu’on a réentendu ce soir avec le verset d’acclamation de l’Évangile : « Revenez à moi de tout votre cœur, dit le Seigneur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. Déchirez vos cœurs (…) et revenez au Seigneur votre Dieu car il est tendre et miséricordieux » Et je le disais, c’est le temps favorable, c’est le temps du salut, ce temps qui nous est offert comme une bénédiction pour accueillir de façon renouvelée et bien concrète la Bonne nouvelle de la résurrection que nous réentendrons à Pâques, la Bonne nouvelle de la vie qui avec Dieu est plus forte que le mal et que la mort.

Sauf qu’excusez-moi de vous le dire ainsi mais si on ne se bouge pas pour notre vie spirituelle tout ça ce ne sera que des mots et même des mots creux et vides de sens. Et se bouger c’est notamment entendre que certes Dieu est tendre et miséricordieux, qu’il nous aime quoi qu’il arrive, mais c’est entendre en même temps que nos actes comptent, que Dieu ne s’en fout pas de ce que nous faisons, et que Dieu ne peut pas nous sauver sans nous. Il nous aime trop pour ne pas respecter notre liberté jusque-là.

Concrètement ça veut dire quoi ? Concrètement ça appelle à regarder en vérité ce qui dans nos vies pourrait attirer la colère de Dieu, pour reprendre les mots de la 1ère lecture. Ça appelle à regarder en vérité quand est-ce que j’ai pris part au mal dans le réel concret de ma vie et qu’est-ce qui m’a détourné de Dieu. C’est regarder en vérité quels sont ces lieux dans ma vie où j’ai manqué la cible de l’appel à aimer. Parce que c’est ça « pécher », en hébreu, c’est très concret, c’est « manquer la cible ». Or ce que nous visons, ce que nous devons viser, si j’en crois les appels de Jésus, c’est d’aimer comme Dieu aime. Aimer Dieu et notre prochain.

Je ne sais pas vous mais moi si je regarde ma vie en vérité je vois bien que je n’arrive pas toujours à aimer, que ce soit prendre soin de l’autre quel qu’il soit, que ce soit croire en l’autre et en ce qu’il pourrait apporter à ce monde, quelle que soit son histoire, que ce soit encore pardonner à l’autre qui fait du mal et même qui a pu me faire du mal. Et si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous savons bien et nous voyons bien que nous avons du mal à aimer. Et même, parfois, qu’il y a des situations où nous ne voulons pas aimer ni pardonner. Il y a même des situations de nos vies où nous en voulons à Dieu et nous ne lui pardonnons pas ce qui nous arrive à nous ou à nos proches...

Tout cela nous éloigne de Dieu. Qui pourtant veut pour nous la vie. Et qui voudrait tant que nous apprenions à aimer comme lui et que nous osions lui demander sa force pour y arriver ou y arriver mieux…

Alors l’appel à entendre ce soir, il est à oser entrer en chemin de conversion. Pour sortir grandis de ce carême. C’est-à-dire pour approfondir notre relation à Dieu et devenir un peu plus amis, compagnons de route. Car ça change la vie. Je vous assure, ça change la vie.

Mais il faut y aller, il y a une espèce d’urgence à l’entendre, car nous sommes entrés en carême depuis une semaine déjà, et le temps va filer très vite, vous verrez. Il faut donc qu’on s’y mette pour de vrai.

Saisissez ce qui va vous être proposé pour cela. Je pense à trois choses plus particulièrement : la 1ère, c’est la proposition de créer des petites Frat’ de carême autour de la Parole de Dieu. Quand on écoute ensemble la Parole c’est plus facile de faire l’expérience de ce que Dieu veut nous dire, à quoi ça appelle. Saisissez cette chance, vraiment !

La 2ème chose, je pense aux retraites qui vous sont proposées, la Retraite dans la vie, qui commence demain et qui est faite pour vous accompagner de semaine en semaine et vous donner les moyens de vivre un carême qui soit un vrai temps de bénédiction pour votre vie avec le Seigneur, et je pense aussi à la retraite de carême, sur un we à Chalais. Profitez de ces propositions, je vous assure que vous ne regretterez pas...

La 3ème chose enfin à laquelle je pense, c’est au sacrement du pardon qu’on peut vivre ici tous les soirs avant la messe mais qui sera proposé aussi dimanche soir en continuité de l’eucharistie et pareil le dimanche 29 mars. C’est quoi l’enjeu ? C’est de mettre des mots sur ce qu’on vit et c’est d’apprendre à nommer ce qui dans notre vie est de l’ordre du péché, pour y voir plus clair et apprendre ainsi à mieux suivre le Christ, petit à petit. C’est faire cette vérité sur notre vie dont je vous parlais tout à l’heure et ainsi demander à Dieu son pardon, puisqu’il est tendre et miséricordieux mais qu’il nous laisse libre de faire le pas vers lui ou non, et c’est lui demander en même temps sa force pour les chemins de pardon que nous avons à vivre. Et notre boulot, nous prêtres, c’est de vous aider à mettre en lumière ce qui se joue dans ce que vous arrivez à nommer, et c’est surtout de porter tout cela dans la prière et de vous adresser une parole de vie et de consolation au nom même de Dieu. Je ne peux que vous inviter avec insistance, tel Jonas qui parcourt Ninive, vous inviter à tenter l’expérience, vraiment.

Pour l’heure, nous prenons quelques instants de silence pour déposer au Seigneur tout ce que cela éveille en nous et pour lui demander qu’il nous donne sa force et sa lumière pour entrer avec lui sur ce chemin de vie qu’il nous propose. Amen.

 

Publié dans Homélies

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