L'homme inquiet

Publié le par Christophe Delaigue

 

Henning Mankell est un romancier suédois, notamment auteur de romans policiers. J'en ai lu plusieurs pendant mes années de séminaire et mes premières années de ministère, dont, pour n'en citer qu'un, Le retour du professeur de danse. Voilà bien longtemps que je n'en avais pas lus de lui ; et là, confinement oblige, j'ai été trouver quel roman de ma bibliothèque je n'aurais pas lu ou je pourrais relire. Je tombe sur celui-ci, qui était visiblement en attente ! D'habitude, c'est plutôt l'été que je mon plonge dans un bon polar, il faut que je me sente en vacances. Ce n'est pas trop le cas mais je me suis obligé et c'était bien.

C'était bien sauf que pas sûr que ce soit son meilleur. J'ai trouvé un peu trop dense et touffu. Avec plein d'allusions à d'autres de ses polars. Car nous sommes aux côtés de Kurt Wallander, ce policier que l'on suit d'un roman à l'autre, du moins dans un certain nombre. Il a vieilli, il est en fin de carrière, il sent qu'il va devoir prendre sa retraite et il le vit mal. Et des souvenirs reviennent. Pour moi aussi, d'ailleurs, c'était marrant, un nom qui apparaissant et qui me semblait familier, et hop, une bribe de souvenir d’un autre de ses polars lu il y a longtemps refaisant surface en moi, ci et là, à plusieurs reprises.

Dense, donc, touffu même, avec du coup quelques longueurs ou des détails dont on se passerait bien, quelques pages lues en diagonale, et plusieurs fois la tentation de refermer le livre. Mais au final c'était pas mal. C'est plutôt bien mené, même si je sentais le dénouement se profiler. Et qui est-il cet homme inquiet ? Kurt Wallander qui ne supporte pas de se sentir vieillir, qui voit celles et ceux qu'il a aimé mourir ou tomber malade ? Ou est-ce le beau-père de sa fille Linda, ce haut-gradé militaire qui disparaît mystérieusement, visiblement soucieux dans les jours qui précèderont ce qui ressemble à un enlèvement ou un meurtre ? Quelle inquiétude ou quel secret cachait-il dont il essaya de s'ouvrir à ce cher Kurt Wallander, qui remonterait aux années où il occupait un poste important dans l'armée et notamment la défense sous-marine ?

Un polar qui nous entraîne dans l'histoire de la Suède en pleine Guerre froide, une histoire d'espionnage et de trahisons. Qui savait quoi ? Qui faisait quoi ? Qui cachait quoi ? Et aujourd'hui : qui sait quoi, qui fait quoi, qui cache quoi, au coeur de cette étrange disparition et de ce qu'elle va entraîner avec elle ?

Il s'agit dans ces pages de la dernière enquête du commissaire Wallander, dans laquelle il se retrouva embarqué alors qu'elle ne lui était pas confiée, et dans de ce qu'il en compris et de ce qu'il en écrivit alors, comme on le comprend dans les dernières pages : « Il parlait de lui, de sa vie, au moins autant que de Hakan von Enke. En revenant sur tout ce qu'il avait lu et entendu au sujet de la guerre froide et des divisions des militaires suédois sur la politique de neutralité, par opposition à la nécessité de rejoindre l'OTAN, il voyait bien, une fois de plus, qu'il ne savait rien, au fond, du monde dans lequel il avait vécu » (p.581).

Côté style, c'est bien écrit, donc bien traduit, même si j'ai toujours un peu de mal avec le tutoiement quasi automatique dans ces romans suédois, sans doute un trait culturel puisqu'on le retrouve chez d'autres auteurs et que je l'avais déjà relevé...

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Henning Mankell, L'homme inquiet, Points policier, janvier 2012 (Seuil, 2010), 594 pages (format poche), 8€20.

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