Méditation dimanche 22 mars 2020

Publié le par Christophe Delaigue

Ev. du 4ème dim. de carême / Année A

Jn 9, 1-41

C’est l’histoire d’une rencontre – donc pas en temps de confiniment de coronavirus ! On imagine assez bien la scène : au milieu de la foule de Jérusalem – ce qui serait impossible ces jours ! – Jésus voit un homme, un aveugle de naissance. Cet aveugle, non seulement il est obligé de mendier mais en plus on le réduit à son aveuglement – vous aurez peut-être remarqué qu’on ne le qualifie que par son infirmité – et même, pire encore, on le réduit à cette question terrible de savoir ce qui est coupable de sa situation : serait-ce son péché ou celui de ses parents, se demande-t-on ; c’est-à-dire : est-ce que c’est une punition de Dieu ?

Derrière cette question qui reflète une étonnante compréhension de qui serait Dieu, c’est la question terrible que se posent plein de gens de savoir si Dieu y est pour quelque chose des épreuves qui nous tombent dessus… même par exemple avec ce coronavirus ? ... Car on n’y comprend rien à cette question de la souffrance qui traverse toute vie humaine et qui vient heurter notre foi en Dieu bon, aimant et tout-puissant…

Jésus, lui, il rejette une telle conception. Ce n’est pas ce visage de Dieu, ce visage de son Père, qu’il vient nous révéler. Et cette conception est tellement absurde qu’il va la traverser en sa propre vie et même en son propre corps ; c’est ce que nous nous rappellerons du vendredi saint – la mort sur la croix – au matin de Pâques – la résurrection. Dieu ne punit pas et ne nous envoie pas des épreuves, non, mais la souffrance il la traverse avec nous ; il la traverse comme nous, il la subit par son Fils par la mort sur la croix. Et là se manifestera le vrai visage de Dieu comme il se dévoile à nous dans cette histoire de l’aveugle de naissance qui retrouve la vue et qui accède à la foi : Dieu veut prendre soin de nous et nous appelle à la foi, garder confiance en sa présence et son amour pour s’appuyer alors sur lui et passer avec lui de la mort à la vie…

Alors c’est vrai que c’est toujours un peu dérangeant ces histoires de miracles et de guérison. Pourquoi certains auraient-ils été guéris alors que tant d’autres autour de nous ne le seront pas ? La réponse de Jésus c’est cette phrase mystérieuse qu’on a entendue au début de l’évangile : l’aveugle est guéri pour que se manifestent en lui les œuvres de Dieu… Et les œuvres de Dieu, c’est quoi ? C’est le salut, c’est le don de la vie, qui nous est promis à tous. Cette guérison est un signe pour nous dire cette libération que Dieu veut pour tous ! Parce que le salut c’est le don de la vie et de l’amour libérateur de Dieu, au cœur même de ce que la vie nous fait traverser d’épreuves et de ténèbres (cf. 2ème lecture du jour en Ep 5,8-14).

Avec Jésus, nous croyons que dans la nuit noire, dans l’aveuglement parfois de ce que nous avons à vivre ou de ce qui nous tombe dessus, nous croyons que la lumière peut nous être donnée, et même qu’elle est là comme l’aube du matin qui pointe dans la nuit encore bien noire, qu’elle est là comme la petite lueur d’une bougie qui reste allumée dans la nuit…

Jésus, justement, que fait-il dans cette rencontre ? D’abord il voit l’homme qui est là. Il le voit alors même que la foule s’agite sans doute en tout sens. Et là, il ne fait pas de grands discours comme ce sera ensuite le cas des pharisiens. Non, tout simplement il pose un geste, un geste qui n’est pas sans rappeler l’acte de création de Dieu quand il modèle l’homme à partir de la terre, dans le livre de la Genèse. Jésus pose donc un geste créateur, un geste de l’ordre du don de la vie… Il donne à l’homme la possibilité d’être libéré de son enfermement, d’être délivré de ce qui l’empêche de vivre et d’être un homme debout. Et vous aurez remarqué que Jésus ne fait pas de l’assistanat : dans son acte de guérison, Jésus laisse l’homme libre et responsable de ce qui va advenir ; il l’invite à être acteur, pour une part, de ce qui lui arrive, et cela en allant lui-même jusqu’à la piscine de Siloé.

Et puis Jésus n’en reste pas là. Quand l’homme est guéri et surtout quand il aura été assailli de questions, alors qu’il aura même été attaqué, à la toute fin du texte, Jésus prend le temps de faire retour vers lui et de l’aider à mettre en lumière ce qui lui est arrivé et qu’il pressentait déjà puisqu’il a commencé à le mettre en mots avec les pharisiens : dans cette rencontre et cette guérison c’est bien des œuvres de Dieu dont il s’agit. Notre aveugle accède à la foi, c’est-à-dire à la reconnaissance de la présence de Dieu à ses côtés et à ce qu’il vit, au cœur de ce qu’il vit.

Ce qui me frappe dans tout ça c’est l’écart entre Jésus qui ne dit presque rien et les pharisiens qui veulent comprendre, qui veulent expliquer et qui essayent même de démentir ce que dit l’aveugle guéri, parce que franchement tout cela n’est pas possible à vue humaine. Jésus, lui, il n’est pas dans les discours, mais dans le geste qui relève et qui révèle Dieu qui est là dans ce que nous traversons.

Avouons-le, nous sommes parfois bien aveugles nous aussi... aveugles aux autres... et bien aveugles sur la présence de Dieu dans notre vie ou sa volonté pour nous ou pour ce monde. Nous nous demandons parfois comment il agit ou pourquoi il laisse le mal avoir prise sur nous ; nous nous demandons aussi ce qu’il attend de nous…

Que nous soyons catéchumènes, au début du chemin, ou baptisés depuis longtemps, la foi en Dieu restera toujours un chemin à vivre et restera toujours fragile, dans une confiance à renouveler. Voilà pourquoi nous avons besoin de vivre notre foi en Eglise, ensemble, en communauté : pour nous soutenir et nous aider, pour nous porter dans la prière, et pour discerner ensemble ce que nous pressentons de Dieu dans notre vie ou de ses appels, notamment par une mise en résonance de sa Parole avec ce que nous vivons – ce qui peut notamment s’expérimenter dans une Frat’ comme on en propose à St Jo et dans toutes les paroisses du diocèse…

Au terme de ces quelques lignes, essayons de prendre quelques instants de prière... Juste pour récolter ce qui nous habite, là maintenant, et pour laisser résonner en nous ce que ces mots réveillent… Et nous confions au Seigneur notre désir de passer des ténèbres à sa lumière, de passer aussi l’aveuglement à la foi en sa présence au cœur de ce que nous vivons, sa présence qui se donne dans les sacrements mais qui se dit ou se révèle également dans le silence de la prière auquel nous nous confrontons tout particulièrement ces jours, comme dans l'écoute et le partage de sa Parole ; sa présence qui se concrétise alors et aussi dans ce que nous sommes les uns pour les autres quand nous agissons au nom de Jésus et de l’Evangile… et donc, pour cela, si nous les voyons comme Jésus, lui, nous voit...

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