Homélie Ascension 2020

Publié le par Christophe Delaigue

Jeudi 21 mai 2020 - Ascension du Seigneur

Ac 1,1-11 / Ps 46 (47) / Ep 1,17-23 / Mt 28,16-20

 

Je ne sais pas comment vous recevez cette promesse de Jésus qu’on vient d’entendre, mais personnellement je crois que j’ai toujours trouvé qu’il y a là quelque chose d’assez bouleversant : « moi, dit Jésus, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » 

Et c’est tout le paradoxe de cette fête de l’Ascension : alors que nous célébrons son retour en Gloire auprès du Père et le fait qu’il ne sera plus là physiquement – une seconde fois puisqu’il est mort et qu’ensuite il était là comme ressuscité que les disciples ont appris à rencontrer et à voir de leurs propres yeux –, alors qu’il annonce qu’il ne sera plus là sur terre, ce qui est notre expérience immédiate, eh bien il nous promet pourtant sa présence pour tout-jours – que j’aime écrire en deux mots car c’est à la fois pour toujours, dans la durée, mais aussi pour chaque jour dans ce que nous aurons à vivre.

Je ne sais pas comment vous faites l’expérience du Christ ressuscité au cœur de ce que la vie vous donne de traverser, et je ne sais qu’elles ont pu être vos expériences spirituelles qui vous font dire aujourd’hui que oui, Jésus est vraiment ressuscité et que oui, il est vraiment présent à ce que vous vivez même si nous ne le voyons pas.

Mais entendons ici toute la force de cette fête de l’Ascension, entendons ce qu’elle vient de nous révéler de cette présence indicible du ressuscité à nos côtés. Car cette fête nous donne des éléments de réponses.

Comment est-il présent, Jésus, aujourd’hui ?

  • Il est présent par ses disciples, appelés à devenir témoins pour que d’autres deviennent ensuite disciples à leur tour. Ça s’appelle l’Église qui est son Corps, disait la 2ème  lecture, son Corps dont il est le Chef, la Tête.
  • Il est présent aussi, nous le croyons, par les sacrements, par lesquels il agit, sous l’action de l’Esprit Saint que nous invoquons alors, l’Esprit Saint qui est la force même de Dieu, son mode de présence et d’action aujourd’hui dans l’Église et dans le monde, l’Esprit de Dieu qui est la force de vie et d’amour du Christ lui-même qu’il nous promet et que les apôtres – on l’a entendu dans la 1ère lecture – vont attendre pendant 10 jours et qui leur sera donné à la Pentecôte.
  • C’est d’ailleurs l’Esprit Saint qui nous rend Jésus présent au cœur de ce que nous vivons chacun, au plus intime de nous-mêmes, dans la prière par exemple, ou dans la méditation de la Parole de Dieu. Il est l’Esprit de vérité dont parlait l’évangile de Jean que nous avons lu toute la semaine, il est Dieu qui en nous veut nous éclairer sur notre propre vie, et sur qui il est et à quoi ça nous appelle concrètement pour notre vie de tous les jours, notre vie de disciples de Jésus, qui voulons apprendre à le suivre et à vivre ses commandements, et notre vie de témoins en paroles et en actes de la Bonne nouvelle du salut et de la résurrection, la Bonne nouvelle de la vie plus forte que tout mal et que toute mort, en Dieu, avec Dieu.

L’Esprit Saint est le souffle de vie de Dieu lui-même.

C’est dans l’Esprit Saint, prié, invoqué et demandé, qu’en Église nous serons vraiment chacun et ensemble cette présence du Christ en ce monde qui vient annoncer qu’il y a un Dieu qui existe, un Dieu qui nous aime, un Dieu qui veut nous offrir son salut, qui veut nous offrir de vivre libérés de l’emprise du mal et de la mort, qui veut nous offrir de goûter à la joie paisible de se sentir vivant et debout, même au cœur des épreuves de toute vie.

C’est dans l’Esprit Saint qui dépose en chacun de nous des charismes particuliers que nous pourrons être chacun, à notre mesure, et ensemble les mains dont Dieu a besoin pour prendre soin des uns et des autres et notamment des plus fragiles. 

C’est dans l’Esprit Saint que nous pourrons vivre très concrètement la miséricorde du Père pour celles et ceux que nous rencontrerons, sa miséricorde c’est-à-dire son amour qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance.

Voilà comment Jésus est présent, par nous, par son Église, lui qui nous promet aussi sa présence avec nous, à nos côtés, par le don de cette force de vie et d’amour qui ouvrira nos cœurs à la connaissance de sa Présence, une Présence autre, autrement, mais réelle.

C’est l’Esprit Saint d’ailleurs que nous invoquons à chaque eucharistie sur le pain et le vin pour qu’ils deviennent Corps et Sang du Christ, sacrement de sa présence, signe qu’il est là et moyen qu’il s’est donné pour être là. Et nous l’invoquons aussi sur nous-mêmes qui allons communier – que ce soit physiquement, ici dans cette chapelle, ou spirituellement depuis chez nous –, pour que nous devenions ce que nous allons recevoir, que nous devenions ce que nous célébrons, que nous devenions le Corps du Christ, le signe en paroles et en actes de sa présence en ce monde, et le moyen par lequel il peut agir – comme je l’ai déjà dit tout à l’heure.

Alors entendons cette promesse de vie qu’il nous fait aujourd’hui, de sa présence pour tout-jours. Et entendons chacun aussi cet appel qu’il nous adresse à devenir témoins, l’appel à oser aller à la rencontre pour que d’autres deviennent disciples, qu’ils demandent peut-être un jour le baptême et qu’ils apprennent à garder les commandements  que nous laisse le Christ et qui se résument en cet appel à nous aimer les uns les autres comme lui, le Christ, nous a aimé, comme lui le Christ est venu nous rejoindre dans notre condition humaine pour nous révéler qui est Dieu et quel est son projet d’amour et de salut pour toute l’humanité…

Je ne sais pas vous mais moi je me sens bien petit devant la mission. Longtemps j’ai pensé que je ne pourrais pas oser dire ma foi, j’ai même failli arrêter plusieurs fois le séminaire à cause de cela, juste l’idée de devoir parler et rendre compte de la Parole de Dieu et de ce en quoi je crois. Mais entendons bien : ce n’est pas à la seule force de nous-mêmes que c’est possible. Et pas sûr que ce serait une bonne chose d’ailleurs. Ce n’est pas nos idées que nous avons à annoncer mais bien le Christ ressuscité et l’amour sauveur de Dieu.

C’est l’Esprit Saint qui lui seul peut nous donner de trouver notre place comme témoins, de trouver comment être témoins. L’Esprit Saint c’est-à-dire Dieu lui-même.

Alors, comme les apôtres, demandons-le inlassablement, comme nous y invitent et nous l’offrent chaque année ces jours entre Ascension et Pentecôte.

Vivons ces jours comme une chance qui nous est donnée. Prenons le temps jour après jour de demander au Seigneur qu’il nous envoie l’Esprit Saint, sur chacun de nous, sur toute notre communauté paroissiale et sur toute l’Église.

Et profitons-en par exemple pour relire dans la prière où nous en sommes de notre vie chrétienne : écoutons en nous où nous sentons que nous aurions envie de nous donner un peu et comment, que ce soit au service de la communauté de notre belle paroisse ou que ce soit dans d’autres engagements au nom de notre foi. Entendons aussi les besoins, les appels. Mettons tout cela en résonance et demandons à l’Esprit Saint qu’il nous éclaire pour découvrir où Dieu, peut-être, nous attend aujourd’hui comme disciples et comme témoins…

Alors je vous propose que nous prenions quelques instants de silence pour laisser tout cela descendre en nous et pour offrir au Seigneur tout ce que ces mots éveillent.

Nous pouvons aussi le prier tout particulièrement pour nos catéchumènes qui devraient être baptisés bientôt – peut-être dans la nuit de la Pentecôte – et pour tous les confirmands de notre paroisse qui attendent eux aussi de pouvoir vivre ce sacrement et célébrer avec nous le don de l’Esprit Saint.

Oui, ensemble, maintenant, ici ou chez nous, nous prenons quelques instants de silence avec le Seigneur. Car il est présent avec nous, il nous l’a promis…

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :