Homélie dimanche 24 mai 2020

Publié le par Christophe Delaigue

7ème dimanche de Pâques / Année A

Ac 1,12-14 / Ps 26 (27) / 1P 4,13-16 / Jn 17,1b-11a

 

Je ne sais pas si vous avez fait gaffe mais y’a un « truc » bizarre dans ce la page d’évangile de ce jour. Un « truc » qui manque…

Ça m’a sauté aux yeux quand j’ai commencé à méditer ces textes, il y a quelque chose de paradoxal : nous sommes dans le dimanche entre l’Ascension et la Pentecôte, dans ce temps de l’attente de l’Esprit Saint, et rien n’est dit de Lui dans cette page d’évangile. Pas un mot ! J’aurais presqu’envie de dire : mais où se cache-t-il ?

Peut-être que c’est justement le propre de l’Esprit Saint, c’est qu’on ne peut pas vraiment le dire, on ne peut pas l’enfermer dans nos mots, il passe, il souffle en nous, il est présent sans qu’on sache bien comment, sans qu’on sache exactement où. Il ne se laisse pas enfermer dans nos compréhensions des choses ou nos conceptions un peu rationnelles de qui est Dieu et comment il agit.

Mais il est là… On ne pourra le balbutier qu’après coup et qu’en tâtonnant…

Et l’air de rien, dans notre texte, l’Esprit Saint est présent dans ce qui nous est dit de Dieu, ce qui nous est dit de la relation du Christ au Père, il est cette relation, il est dans cette relation, jusque dans ce qu’elle ouvre pour nous.

Et je me dis aussi que peut-être que rien n’est dit de lui dans ce choix de texte que nous propose la liturgie car  nous sommes comme les apôtres dans la 1ère lecture, nous sommes dans l’attente de ce don que Dieu veut nous faire et que le Christ a promis. Il nous faut donc attendre, nous préparer, et vouloir l’accueillir…

Alors, me direz-vous, qu’entendre quand même et que retenir de cette page d’évangile ? Qu’est-ce que Dieu veut nous révéler ce soir par ces mots ?

Si nous avons bien écouté, nous aurons remarqué qu’il est dit un certain nombre de choses de Dieu lui-même et notamment de qui est le Christ, et il nous est dit aussi pas mal de choses des disciples de Jésus dont nous sommes.

La Bonne nouvelle que j’entends et qui me marque tout particulièrement c’est la promesse de vie éternelle : le Fils, Jésus, donnera la vie éternelle à ceux que le Père lui a donnés.

On peut se demander deux choses : déjà (1) qu’est-ce que la vie éternelle, mais également (2) qui sont-ils ceux que le Père a donnés au Fils et qui sont héritiers de cette promesse ?!

La vie éternelle, nous avons eu la réponse très clairement dans le texte. Ce n’est pas comme on le croit trop souvent et trop vite une promesse de vie dans l’au-delà, un « truc » pour après qu’on espère parce que nous voudrions bien que la mort ne soit pas la fin de tout, et surtout un « truc » qu’on espère pour dans longtemps parce qu’on n’a pas envie de mourir trop vite. Non, ce n’est pas ça, du moins ça n’est pas seulement cela. Jésus nous dit dans ce qu’on vient d’entendre que la vie éternelle, je le cite, c’est de connaître Dieu le Père et celui qu’il a envoyé, lui Jésus le Christ.

Certes dans la vie promise dans l’au-delà, quand nous serons en mode résurrection après le passage en vie éternelle pleinement réalisée qu’est la mort, dans cette vie après la mort, donc, nous serons dans la pleine connaissance de Dieu, nous serons dans la pleine compréhension de son mystère et nous serons dans la pleine relation à lui, si nous sommes de celles et ceux qui se laisseront accueillir par lui.

Mais nous affirmons et nous croyons que par notre baptême nous sommes déjà morts et ressuscités avec le Christ, nous affirmons et nous croyons que la vie éternelle est déjà commencée. Une Préface des dimanches – vous savez cette prière avant le chant du sanctus et la consécration – dit même que la vie éternelle est déjà commencée car nous avons reçu les premiers dons de l’Esprit Saint qui a ressuscité Jésus d’entre les morts.

La vie éternelle est déjà commencée car déjà nous apprenons à vivre en relation avec Dieu et avec Jésus, dans le mystère de sa présence autrement, et déjà nous essayons de comprendre qui est Dieu, déjà nous avançons petit à petit sur le chemin de la connaissance de Dieu et d’une relation de proximité avec lui. Comment, vous demandez-vous peut-être ? Par la prière, mais aussi par l’écoute et le partage de la Parole de Dieu, par exemple dans les Frat’ ou ici à la messe. Mais encore par la célébration des sacrements. Et pour certains ça passe également par la formation et pourquoi pas par quelques cours de théologie où nous apprenons à contempler le mystère de Dieu et à en rendre compte.

La vie éternelle est déjà commencée. Et là, l’Esprit Saint, l’air de rien, est présent, discrètement, indiciblement, imperceptiblement. Il nous faudra apprendre à discerner son passage dans nos vies, et ce qu’il souffle en nous comme appels. Il nous faudra apprendre aussi à le prier, lui qui nous donnera force et confiance dans la contradiction, comme disait le la 2ème lecture à propos des persécutions annoncées des premières communautés chrétiennes.

Oui, la vie éternelle est déjà commencée, et dans la page d’évangile de ce jour elle est promise à ceux que le Père a donnés au Fils. Alors qui sont-ils ? Parle-t-il de ses proches, ses apôtres et plus largement ses disciples et celles et ceux qui deviendront croyants, donc nous aussi avec eux ? Jésus nous dit dans ce texte qu’il s’agit de ceux à qui il s’est manifesté et qui ont cru, celles et ceux qui ont su garder sa Parole et qui reconnaissent qui il est, lui Jésus, lui qui nous révèle le Père. Et qui nous promet l’Esprit Saint.

Jésus s’est manifesté à ses disciples qui l’ont reconnu et qui ont cru en lui. Ils sont devenus ses témoins sous l’action de l’Esprit Saint reçu à la Pentecôte, et de génération en génération nous apprenons à croire en la Bonne nouvelle du salut que Jésus a incarnée en son être même et en notre histoire ; cette Bonne nouvelle du salut nous essayons d’en vivre, nous apprenons à l’accueillir et en faire notre moteur de vie, de confiance et d’espérance, pour l’annoncer à notre tour, pour la vivre en paroles et en actes et que d’autres en deviennent dépositaires et peut-être témoins à leur tour…

Je prie pour que nous voulions vraiment recevoir l’Esprit Saint – que ce ne soit pas que des mots –, que nous voulions nous disposer toujours et encore à lui faire place en nous, pour qu’il façonne toujours et encore nos cœurs, qu’il nous façonne à vivre déjà en vie éternelle, à vivre en relation d’intimité avec Dieu et à nous y aider, les uns les autres, que nous devenions pleinement ces mains dont le Père a besoin pour prendre soin des uns et des autres et notamment des plus fragiles et des malades, et que nous soyons sa voix pour oser des paroles de consolation et d’espérance au cœur de ce que les uns les autres ont à traverser...

L’Esprit Saint nous l’avons reçu au jour de notre baptême puisque c’est lui qui agissait déjà dans ce sacrement. Nous l’avons peut-être célébré et demandé tout particulièrement au jour de notre confirmation. Mais il est à recevoir toujours, à donc à invoquer pour nous-mêmes et pour ce monde comme nous allons l’invoquer dans quelques instants sur le pain et le vin de notre eucharistie.

Alors aujourd’hui encore nous pouvons prier tout spécialement pour les catéchumènes de notre paroisse qui devraient être baptisés samedi, dans la nuit de Pentecôte, et prier aussi pour nos confirmands, qu’avec eux nous nous laissions habiter et renouveler nous aussi par le don de l’Esprit Saint.

Oui, nous prions pour eux tous et nous prenons quelques instants de silence pour offrir au Seigneur ce que ces mots éveillent en nous, ce qu’ils inspirent peut-être en nous...

Nous pouvons aussi demander au Seigneur qu’il nous donne de vivre intensément cette semaine qui vient comme une mise en disposition à recevoir la présence et la lumière de l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité, lui qui nous fait entrer dans la connaissance de Dieu et donc en vie éternelle… Amen.

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