Homélie dimanche 27 septembre 2020

Publié le par Christophe Delaigue

26ème dim. du Temps Ordinaire - Année A

Ez 18,25-28 / Ps 24 / Ph 2,1-11 / Mt 21,28-32

 

Comment est-ce qu’on reçoit, chacun, les mots de Jésus qu’on vient d’entendre ? Et peut-être d’abord, ou en fait, comment on les entend ?

Par exemple, moi quand je vous dis au quasi début de cette page d’évangile : « Un homme avait deux fils », ma mémoire se met en branle, ma mémoire biblique, et tout de suite j’ai pensé à la parabole qu’on appelle « du Fils prodigue » (en Lc 15). Qui est une invitation à entrer dans la joie de Dieu, dont a parlé Paul dans la 2ème lecture, entrer dans cette joie de Dieu et pour cela entrer dans son regard aimant qui a tellement de patience avec nous et qui voudrait que nous entrions dans cette même patience aimante les uns vis-à-vis des autres, en nous reconnaissant frères et sœurs, en le reconnaissant concrètement, un peu à la manière de ce qu’on a entendu des appels de St Paul dans la 2ème lecture avec ces recommandations qu’il nous a faites et qui sont les dispositions mêmes de Jésus, nous a-t-il dit…

« Un homme avait deux fils », donc. Deux attitudes qui peuvent être les nôtres. Celui qui ne fait pas ce qu’on lui dit mais qui finalement se rend compte que peut-être il aurait dû, et celui qui dit ok mais qui s’en fout.

Lequel des deux, nous dit Jésus, fait la volonté du Père ?

Une question que j’entends pour nous, en fait. Et que j’entends pour nous en se demandant ce soir : comment est-ce qu’on écoute la Parole de Dieu, et comment est-ce qu’on y répond pour de vrai ? Ou, pour le dire autrement : qu’est-ce que ça change dans notre vie ce qu’on entend là, dimanche après dimanche ou messe après messe ? ça vient faire quoi concrètement ? Comment est-ce qu’on écoute, comment est-ce qu’on reçoit ces mots, qu’est-ce qu’on en fait ?

Pour le dire autrement encore : qu’est-ce que ça change dans notre vie d’être chrétiens, c’est-à-dire disciples du Christ, qu’est-ce que ça change dans le concret de notre agir humain, et comment la Parole de Dieu vient jouer là-dedans, comment est-ce qu’on l’écoute ? Est-ce qu’on est ok pour faire confiance à cette Parole, pour croire que c’est une Parole que Dieu veut vraiment m’adresser à moi aujourd’hui, une Parole que Dieu veut t’adresser à toi aussi aujourd’hui, à toi personnellement. Et du coup l’écouter ainsi, comme une Parole et pas juste comme de beaux textes du passé qu’on se raconte pour se faire chaud au cœur ou pour je ne sais quoi d’ailleurs. Non. Une Parole que Dieu nous adresse à chacun, personnellement, aujourd’hui.

Et du coup une Parole qui va nous engager pour notre vie concrète de tous les jours.

Moi, en vous disant cela, je repense à mon ordination diaconale quand j’ai reçu l’Évangéliaire et que l’évêque m’a dit : « Sois attentif à croire à la Parole que tu liras, à enseigner ce que tu auras cru et à vivre ce que tu auras enseigné ». C’est fort, je vous assure. Et peut-être même qu’en fait ça pourrait nous être adressé à tous ! Croire ce qu’on lit et ce qu’on entend, de cette Parole, et en vivre concrètement.

Croire et mettre en pratique. En fait c’est indissociable si je prends au sérieux cette Parole. Et donc déjà y croire, comme nous l’a dit Jésus ce soir en finale de cette page d’évangile à propos de Jean-Baptiste qui parle au nom de Dieu, et donc l’entendre, cette Parole, l’écouter. Et même se laisser interpeler.

Par exemple, ça nous fait quoi d’entendre Jésus nous dire que les publicains et les prostituées nous précèderont dans le Royaume de Dieu ? ça nous fait quoi pour de vrai ? Est-ce que ça nous offusque, comme souvent pour les pharisiens, parce que, quand même, on se dit que les publicains – qui sont des collecteurs d’impôt pour l’occupant romain donc des traitres et des collabos – et que les prostituées eh ben on fait mieux comme exemple et que c’est pas possible que Jésus nous dise qu’eux ils auront place avec lui ; donc est-ce que ça nous offusque ou est-ce qu’on écoute ça la bouche en cœur sans se rendre compte de ce que Jésus nous dit, ou alors en se disant qu’en fait le Royaume de Dieu ben on sait pas trop, on voit pas trop en quoi ça nous concerne… Ça nous fait quoi d’entendre cela ?

Jésus nous confie l’advenue de son Royaume, de le faire grandir ou advenir. Et franchement le monde en a besoin. Le monde a besoin de ce salut que Dieu veut offrir à tous les hommes. Y’en a marre de ce mal et de cette mort qui rôdent de partout, autour de nous mais aussi en nous. Alors qu’est-ce qu’on peut faire nous, qu’est-ce que Dieu attend de nous ? Concrètement ça nous appelle à quoi ? C’est ça la question !

Et ça appelle d’abord qu’on soit comme les publicains et les prostituées c’est-à-dire qu’on soit en soif profonde d’être aimé et pas exclu malgré les conneries de notre vie. Ça appelle qu’on veuille bien se laisser aimer dans la vérité de ce qui marque notre histoire personnelle et dans la confiance que ça, d’être aimé, eh bien ça va nous relever. Bien plus que les jugements que nous posons sur nous-mêmes ou sur les autres. Pensez à l’histoire de la femme qui se jette aux pieds de Jésus pour lui laver les pieds pendant le repas chez Simon le pharisien (Lc 7,36-56). Il la juge ce brave pharisien, mais Jésus lui dira que ses nombreux péchés sont pardonnés parce qu’elle a su montrer beaucoup d’amour et que celui à qui on pardonne peu ne peut pas du coup aimer en retour. C’est une Parole de salut qui ne dit pas que rien ne serait grave et sans conséquences mais qui n’enferme pas et qui voit d’abord la personne avant ses actes mauvais, qui voit d’abord les actes bons que son cœur lui dicte de vivre malgré tout.

L’enjeu pour nous, ça va être d’apprendre à contempler Jésus dans ces récits de la Parole de Dieu qu’on écoute pour apprendre à aimer comme il aime et à aimer de cet amour miséricordieux du Père qu’il nous révèle, cet amour qui console, qui pardonne et qui redonne confiance et espérance, cet amour qui veut sauver, c’est-à-dire relever de ce qui nous cloue au sol et nous libérer de ce qui nous enferme, y compris notre propre regard sur nous-mêmes. Apprendre à entrer petit à petit mais pleinement dans le regard même de Dieu sur chacun qui aime d’abord et avant tout. Et c’est parce que nous ferons l’expérience d’être aimé que nous pourrons voir en vérité ce qui ne va pas, ce qui a besoin de pardon et de repentir, ce qui a besoin de conversion. Et alors nous pourrons demander à Dieu qu’il nous aide à cela, qu’il nous fasse ce don-là, cette grâce-là, de la conversion. A la seule force de nos bras on ne va pas y arriver, mais avec lui, petit à petit, oui. Et alors on va arriver à vivre toujours plus et toujours mieux les appels de l’Évangile.

Et comme a dit St Paul dans la 2ème lecture, aidons-nous à cela, réconfortons-nous les uns les autres avant de nous juger, encourageons nous avec amour, cet amour du Père que nous allons découvrir et expérimenter concrètement, ayons de la tendresse et de la compassion – pour le dire autrement : soyons miséricordieux entre nous, soyons bienveillants et patients–, et ayons un peu d’humilié avant de nous juger, regardons en vérité ce qui fait notre vie avant de juger l’autre. Et entendons que Dieu veut nous sauver, et qu’il compte sur nous, à notre mesure mais toute notre mesure, qu’il compte sur nous pour être d’humbles témoins de ce que nous aurons entendu et découvert de ses appels pour nous aujourd’hui.

Et si nous nous sentons bien petits, eh bien tant mieux. Ça veut dire qu’on écoute pour de vrai et qu’on a besoin que Dieu lui-même agisse en nous, que Dieu lui-même nous convertisse à son projet d’amour. Et alors demandons-lui cela, dès ce soir dans cette eucharistie où le Christ veut nous rejoindre chacun, lui qui est devenu semblable à nous pour nous entraîner à sa suite, lui qui vient établir sa demeure en nous pour nous sauver de l’intérieur, nous ouvrir de l’intérieur à la présence de Dieu qui veut pour nous la vie et la joie profonde…

Et je ne sais pas vous mais franchement, moi ça me bouleverse tout ça. Et j’aimerais tellement que, tous, ça nous touche et que ça change notre façon de vivre et de nous regarder les uns les autres, que ça nous engage à nous aider à avancer sur ce chemin que Jésus nous propose.

C’est ce que je lui demande ce soir dans cette eucharistie, pour notre communauté et pour chacun de vous. Et j’ai envie de lui demander qu’il vienne tout particulièrement nous donner de vouloir entendre et savourer sa Parole, jour après jour, semaine après semaine, messe après messe, pour qu’elle nous façonne, qu’elle nous rende désireux de laisser toute place à Dieu dans notre vie pour qu’il vienne façonner notre cœur, c’est-à-dire nous convertir, et que ça nous permette d’agir en ce monde selon la volonté de Dieu, à notre petite mesure – pas plus, ne nous mettons pas la barre trop haut – mais toute notre mesure…

Oui, ça me bouleverse, vraiment, et ça me met profondément en joie et en confiance. Alors que cette eucharistie fasse ainsi son œuvre pour vous aussi, en chacun de vous. Amen.

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