Homélie dimanche 6 septembre 2020

Publié le par Christophe Delaigue

23ème dim. du Temps Ordinaire - Année A

[Messe d’accueil des colocs St Jo]

Ez 33,7-9 / Ps 94 / Rm 13,8-10 / Mt 18,15-20

 

Ce qu’on vient d’entendre dans ces lectures de ce soir, c’est le cœur de l’Évangile, l’Évangile comme vie concrète ensemble, jusqu’en sa dimension de vie de communauté.

Un jour les disciples de Jésus lui demanderont ce que c’est le plus grand des commandements. Jésus c’était leur maître et donc leur question c’est de savoir : c’est quoi le cœur du cœur – c’est quoi le plus important – pour être heureux et pour que leur vie ait un sens. Et la réponse de Jésus – qu’on a entendue en partie avec St Paul dans la 2ème lecture – la réponse de Jésus ce sera (Mt 22,37-39)« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout esprit – c’est-à-dire : Tu l’aimeras de tout ton être, de tout toi-même – (…) et, c’est semblable, ajoute-t-il, tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

On connaît ça, mais concrètement ça veut dire quoi ? Si j’en crois la page d’Évangile qu’on vient d’entendre mais aussi ce que nous a dit le prophète Ézéchiel dans la 1ère lecture alors on peut dire qu’aimer – puisque c’est de cela dont il s’agit – aimer c’est être des « guetteurs » les uns pour les autres, des veilleurs, c’est être responsables les uns des autres.

Et pour cela, apprendre à se dire les choses et à vivre des chemins de réconciliation. Parce qu’aimer et pardonner Jésus nous montrera que c’est indissociable...

Être des « guetteurs » les uns pour les autres, être responsables les uns des autres, c’est vrai que dit comme ça la barre peut paraître un peu haute. Mais si on a écouté d’un peu près l’évangile de ce soir, et le chemin en étapes que Jésus propose, alors ce n’est peut-être pas si insurmontable que cela. Pourquoi ?

Dans l’évangile, Jésus nous a dit : si tu as un problème avec ton frère ou ta sœur de communauté, s’il a péché contre toi, s’il t’a fait du mal, eh bien va le trouver pour le lui dire. Tout simplement. C’est-à-dire, ne laisse pas les chose se gangréner ou prendre toute la place dans ta tête et dans ton cœur et entre vous. N’attends pas que ça devienne trop compliqué voire que ça explose… Pour des choses très concrètes de nos relations humaines.

Celles et ceux parmi nous qui sont en couple, je pense que vous voyez très bien ce que je veux dire ; et vous qui êtes en coloc, ici à St Jo ou ailleurs avec d’autres, vous allez vite comprendre. Et c’est très concrèt : ce sera pour des histoires de rangement ou de ménage, mais aussi plus fondamentalement pour des histoires de besoin de reconnaissance ; ça pourra prendre bien des formes...

En tout cas, nous dit Jésus, si tu as un problème avec ton frère ou ta sœur, si l’autre t’a fait mal, alors va le trouver. Laisse ton amour-propre qui te dit intérieurement que c’est à lui de faire le 1er pas, et vas le trouver. Pas pour le juger ou l’accuser ou l’engueuler ou je ne sais quoi, non, juste pour lui dire ce que ça provoque en toi. Et s’il t’écoute, dit Jésus, s’il entend, s’il comprend, alors c’est gagné, pour vous deux. Mais s’il n’entend pas, s’il ne comprend pas ou refuse d’entendre, avant de t’énerver et de vous frapper, y’a d’autres solutions bien plus intéressantes : par exemple va déjà trouver quelqu’un qui va entendre avec vous ce qui se joue là entre vous – quelqu’un qui sera témoin entre vous, dit Jésus.

En lisant ça, ce matin, j’ai pensé aux colocs, ici à St Jo. On vous propose un couple et un prêtre accompagnateurs. Ils sont à votre service, au service de votre vivre-ensemble, au service de votre croissance humaine et spirituelle dans ce vivre-ensemble. Et puis il y a l’équipe pédagogique des colocs. Tout ce monde-là c’est cadeau pour vous, tout ce monde-là c’est pour vous aider à grandir en vie fraternelle, à la fois pour approfondir vos questions humaines et spirituelles, mais aussi pour apprendre à vous dire ce qui est difficile dans l’apprentissage de la vie partagée. Prenez-le comme une vraie chance qui vous est donnée. C’est cadeau.

Et nous tous qui ne sommes pas en coloc, on peut aussi se demander, là maintenant, comment ça nous concerne nous aussi ! Parce que ça nous concerne tous, dans toutes nos relations. On se blesse parfois, on le sait bien, soit parce qu’il y a des incompréhensions, soit parce que certains d’entre nous ont de fort tempérament, soit par ce qu’il y a des jalousies. Entendons que ce que dit Jésus c’est pour tout ça aussi. L’appel à gagner notre frère. C’est ça aimer.

Et pour ceux qui sont en couple ou amoureux, apprenez aussi à vous dire les choses, à ne pas les taire quand ça ne va pas, y compris à oser demander qu’un tiers en qui vous avez confiance vienne vous aider à entendre ce qui se joue vraiment dans ce que vous êtes en train de traverser.

Tout cela, vous voyez, c’est très concret ! Mais par contre écoutons et entendons l’évangile de ce soir jusqu’au bout, une fois que Jésus a dit que si tout ce qu’on a mis en œuvre ne marche pas et qu’alors il faut laisser l’autre faire son chemin, entendons l’affirmation que là où deux ou trois sont réunis en son nom, Jésus est là, et que tout ce que nous demanderons alors au Père, il nous l’accordera.

C’est l’appel pour nous qui sommes chrétiens à toujours mettre le Christ au cœur de ce que nous vivons. Parce que ça change tout.

Ça veut dire plusieurs choses : ça veut dire apprendre à aimer comme lui, et donc apprendre à entendre et à voir dans l’Évangile comment il s’y prend et ce qu’il en dit à ses disciples et à ses apôtres. Ici à St Jo ce sera toute la question de la place de la Parole de Dieu et de la formation – on va vous reparler tout à l’heure aux annonces des soirées des mercredis de F.E.U., mais je pense aussi aux Frat’ étudiantes ou de Jeunes Pros autour de la Parole de Dieu.

Mettre le Christ au cœur de ce que nous vivons c’est aussi toute la question de la prière. En coloc on vous invite à trouver comment vivre cette dimension qui est constitutive de notre vivre-ensemble, comme chrétiens. Pour la simple et bonne raison, j’ai envie de dire, que si le Christ n’était pas mort et ressuscité, et s’il n’avait pas promis sa présence pour toujours, alors nous ne serions pas là, l’Église n’existerait pas, et donc les colocs St Jo non plus. Nous croyons que le Christ est présent avec nous, et donc que nous avons tout à gagner à le mettre vraiment au cœur de ce que nous vivons, pour apprendre à vivre à sa suite et à son exemple.

Un appel qui est pour nous tous, dans nos groupes quels qu’ils soient, et aussi pour les couples : faire place au Christ entre nous, avec nous, le prier, écouter ensemble sa Parole. C’est bien ce qu’on célèbre ce soir comme à chaque eucharistie. Comme une « synthèse » de toute notre vie chrétienne.

En tout cas, nous le savons bien, notre vie n’a de sens qu’ensemble, même si parfois nous nous faisons mal. Notre vie trouve son sens de nous découvrir aimés et aimables, et capables d’aimer. Et notre vie trouve sens encore de découvrir que là Dieu est présent, car Dieu est amour.

Eh bien c’est ça qu’il nous est proposé de vivre très concrètement ici à St Jo, en communauté ; et c’est bien ça, les colocs, que vous allez expérimenter tout particulièrement dans ce vivre-ensemble que nous vous proposons. Les engagements et projets que vous avez choisis seront un lieu très concret au service de cela et une façon très concrète de le vivre pour nous tous, pour la communauté que nous formons ensemble, chacun à notre mesure.

Alors en ce début d’année pastorale, avec cet appel très concret à aimer en étant responsables les uns des autres et en apprenant à nous dire les choses et à nous réconcilier, puissions-nous demander au Christ, dans cette eucharistie, la grâce de nous laisser façonner par sa Parole, la grâce de nous laisser façonner par sa présence et par son amour, la grâce de nous laisser façonner par ces frères et sœurs qu’il nous donne. Et qu’au terme de cette année pastorale qui commence, quand nous arriverons en juin ou juillet prochain, que nous puissions rendre grâce de ce que ça nous aura donné de vivre.

Pour l’heure, je propose qu’on prenne quelques instants de silence et de prière. Tout simplement pour entendre et accueillir ce que ces mots éveillent en nous et tout simplement pour offrir tout cela au Seigneur… Amen.

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