Homélie sacrement des malades

Publié le par Christophe Delaigue

Sacrement des malades de S&T

St Jo - Lundi 7septembre 2020

Is 30,19-21.23-26 / Ps 26 (27) / Lc 8,40-56

 

Je ne sais pas comment vous accueillez les derniers mots de cette page d’Évangile mais c’est toujours un peu étonnant d’entendre Jésus qui commande de ne pas raconter les miracles qu’il fait. Comme si ça le gênait, comme s’il ne voulait pas qu’on sache... Je crois que si Jésus réagit ainsi c’est parce qu’il ne veut pas être pris pour un guérisseur-faiseur de miracles. Il n’est pas venu pour cela, ces guérisons physiques sont là pour annoncer de manière visible un salut bien plus large et bien plus profond que Dieu veut pour tous.

Parce que le salut c’est quoi ? Le salut c’est la Vie. La vie plus forte que le mal et que toute forme de mort qui nous cloue au sol. Le salut c’est d’être relevé, remis en route et dans la confiance en Dieu et en la vie. Et le salut c’est de retrouver la paix et la joie véritables.

Quand Jésus guérit, ou quand des personnes sont guéries aujourd’hui après un sacrement des malades ou à Lourdes ou je ne sais où, ce n’est pas un en-soi ni d’ailleurs un pour-soi, c’est un signe, un signe donné, un signe donné aussi pour les autres. Le signe que Dieu entend nos cris, le signe que Dieu est ce consolateur dont a parlé Isaïe, celui qui, quoi qu’il arrive et quelle qu’en soit la forme, fera grâce. C’est l’expression d’Isaïe : « tu ne pleureras jamais plusA l’appel de ton cri, le Seigneur te fera grâce ».

Alors c’est toujours étonnant, oui, Jésus qui ne veut pas que ça se dise qu’il a fait un miracle ou une guérison. Cela risquerait d’être mal compris, mal interprété. D’ailleurs, si on y regarde de près, on a tous par exemple ce réflexe de se dire : pourquoi telle personne et pas telle autre ? Grand mystère, c’est vrai…

Ce que Jésus veut qu’on entende et qu’on retienne c’est que le miracle véritable c’est la foi ; car c’est la foi qui sauve. C’est bien ce qu’il a dit à cette femme. Et la foi qu’est-ce que c’est si ce n’est la confiance, la confiance en Dieu. Voilà qui libère des forces de vie en nous, voilà qui nous donne la force d’avancer, voilà qui nous permet de croire en la beauté de la vie, quelle que soit la suite du chemin. Et nous le pourrons parce que nous avons osé crier vers Dieu et nous jeter aux pieds du Christ comme la femme de notre évangile, parce que nous mettons notre confiance en Lui, pour apprendre avec lui à accueillir la vie qui est plus forte que tout mal et que toute mort, la vie qui nous traverse même dans l’épreuve ; la vie, aussi imperceptible serait-elle parfois mais qui est là, même quand nous trouvons que tout est bien difficile…

Crier vers Dieu c’est lui dire que nous comptons sur Lui, que nous croyons qu’il peut quelque chose pour nous, et c’est surtout nous tenir en sa présence. Alors, quelle que soit la réponse qui nous sera donnée, nous pourrons avancer en paix. Et c’est tout le paradoxe de ce sacrement que nous célébrons ce soir, mais aussi toute sa beauté et sa profondeur : à la fois demander la guérison, et y croire, mais par là-même pouvoir alors s’abandonner à ce qui adviendra, dans la confiance que Dieu sauve, comme il voudra et surtout de ce qui, au plus profond de nous, en a besoin et qu’il veut guérir…

Je ne suis pas en train de dire que Dieu ne va pas vous guérir ni qu’il ne le voudrait ni le peut, non. Mais ça lui appartient. Il répondra comme il le veut, en vous donnant ce dont vous avez véritablement besoin pour avancer et pour que son salut soit à l’œuvre en vous.

Et si la foi sauve – ce qu’a dit Jésus –, si votre foi est chemin de salut – ce qu’elle est –, alors vous verrez ce que Dieu a fait en vous, vous verrez comment Dieu vous sauve et de quoi, vous verrez comment il permet que la Vie prenne toute place en vous pour que la suite du chemin soit possible.

Mais ce qui est sûr – et c’est ma foi – c’est qu’il vous donne et vous donnera ce dont vous avez besoin pour que la vie fasse son œuvre en vous et par vous. C’est là encore ce qu’Isaïe nous a dit avec ses mots à lui : « Le Seigneur te donnera la pluie pour la semence que tu auras jetée en terre, et le pain que produira la terre sera riche et nourrissant ». Oui, la Vie – la vie re-suscitée par la foi, par la confiance – va faire son œuvre en vous et par vous.

Alors ce que nous lui demandons, ce soir, c’est la guérison, oui, comme il voudra, comme il le permettra, mais c’est aussi et peut-être d’abord la consolation ; c’est d’entendre et de croire que malgré tout, quoi qu’il advienne et comme a dit encore Isaïe : « le Seigneur pansera [vos] plaies et guérira [vos] meurtrissures ». C’est croire que le Seigneur va vous donner sa paix et la joie profonde qui va avec.

Alors oui, avec vous Solène et Timothée, nous crions vers le Seigneur, nous nous jetons avec vous à ses pieds, nous l’implorons pour qu’il vous guérisse. C’est notre prière ce soir. Et avec vous nous rendons grâce de ce cri que vous posez en demandant ce sacrement, nous rendons grâce de la foi dont vous êtes ainsi témoin, déjà, pour nous tous. Amen.

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