La grâce

Publié le par Christophe Delaigue

 

J'ai été saisi par ce récit de vie. Du début à la fin, ou quasi, car j’avais en même temps un sentiment d’étrangeté en refermant ce livre...

C'est une histoire de rédemptions – au pluriel car il y a plusieurs histoires qui se croisent et qui s'éclairent. Thibault de Montaigu se raconte et nous raconte son oncle Christian, franciscain. Son point de départ ? l'histoire de sa dépression (à lui Thibault). Et là, une rencontre. Celle de la grâce qui va le saisir. Il s'était retrouvé dans un monastère, il enquêtait sur l'affaire Dupont de Liguonès dont il voulait retrouver la trace, c'était sa porte d'entrée pour tenter de reprendre l'écriture, sur les conseils de sa psy. Et là, une rencontre, oui, celle de la grâce, celle d'être saisi...

C'est l'histoire d'un homme qui vomissait la religion, pour qui l'idée même de Dieu était morte. L'histoire d'un fils prodigue qui va découvrir et pouvoir entendre celle de son oncle, qui est la vraie histoire qui ici nous est racontée. L'histoire dans l'histoire. Et qu'il va mettre en mots pour nous à la lumière de celle du saint d'Assise que voulut suivre le fameux oncle.

Lui aussi avait une vie pour le moins complexe et dissolue. Lui aussi aura été saisi par la grâce et retourné. L'histoire d'une résurrection. Saisissant ; c'est vraiment l'impression première que j'avais en refermant ces pages bien écrites.

Avec toutefois cette impression finale d'un petit quelque chose “bizarre” en moi... Car ce que Thibault de Montaigu met en mots de la vie de son oncle, notamment avant sa conversion, celui-ci aurait-il voulu que ce soit étalé aux yeux de tous ? On nous dit bien en ces pages combien il ne voulait pas que cela se sache, même s'il avait ressenti une forme de libération à arriver à le raconter à son frère et à sa belle-soeur puis à en parler avec elle seule qui ne le jugeait pas. Mais c’était tout, visiblement. Or voilà que tout est étalé, sans beaucoup de pudeur – même si on passe assez vite. Est-ce juste ? Fallait-il ? Certes, le fameux oncle franciscain n'en paraît qu'encore plus touché par la grâce... c'est vrai... mais... est-ce si juste ? Je pense à la famille qui découvre ainsi étalée ce qu’elle-même ne savait pas ou n’a pas forcément envie que l’on sache...

C'est en tout cas voulu ainsi par Thibault de Montaigu qui ainsi peut se dire aussi et mettre en mots sa propre conversion. C'est ainsi qu'il a pu écrire et se laisser guérir de sa dépression. Sa rédemption passait par là et il nous invite à découvrir cette histoire. La sienne, et dans la sienne celle de son oncle ; un témoignage de foi empreint de quelques récits bibliques, comme en écho, et de la vie de saint François d'Assise qui vient éclairer celle de l'humble franciscain au fort tempérament...

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Thibault de Montaigu, La grâce, Plon, août 2020, 313 pages, 20€.

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