Pour un Christ vert

Publié le par Christophe Delaigue

J'espère que ce titre vous étonne, et même qu'il vous laisse songeur... ! Telle fut en tout cas ma réaction en découvrant le dernier ouvrage de Jean Bastaire, ce vieux monsieur grenoblois spécialiste de Péguy et de Claudel mais aussi des questions écologiques !
Nous voilà face à une réflexion intéressante, parfois dérangeante, qui laisse pensif...
Au coeur de l'ouvrage, la question de l'argent ; la clé du problème, pour dire vite ; tant de la crise fiancière dont les médias nous parlent chaque jour que de ce que l'homme fait du monde dans lequel il vit : le mal qui nous assaille, c'est le totalitarisme de l'argent qui engendre une société de prédation...
Un appel à réentendre l'appel de l'évangile à nous convertir, y compris sur ces questions là !
Une invitation à entrer dans ce qu'on pourrait appeler non pas un "développement durable" mais un "développement frugal" - comme me l'avait dit un jour notre auteur.
Car l'avenir est peut-être à un retour à une certaine forme de pauvreté  (attention : celle-ci n'est pas la misère ! Jean Bastaire nous le rappelle).

On pouvait lire il y a quelques jours, dans le journal La Croix daté du 26 août 2009 : "Si l’auteur souligne l’urgence de « donner audience à la création humiliée », c’est par fidélité à l’Évangile. Cette création, il ne s’agit pas de la sacraliser, affirme-t-il (...) mais de la sanctifier, en considérant toujours « en elle le visage du Christ ». Un Christ qui n’est pas un maître tellement préoccupé des choses d’en haut que les réalités terrestres lui sont devenues étrangères. Face au consumérisme, au règne de l’argent et du commerce, à la loi de la prédation, Jean Bastaire rappelle que l’Évangile n’enseigne pas la modération et le respect d’injustes équilibres : « La nécessité n’est pas d’introduire plus de justice dans la dévoration, mais de dénoncer la dévoration comme le désordre de base ». "

Laissons-nous interpeller... Pas seulement parce que l'écologie semble être devenue comme un phénomène de mode ! Mais bien parce que la question est cruciale et parfois crucifiante !



"La révélation judéo-chrétienne a traditionnellement pour ambition de proproser un décentrement radical qui invalide l'égocentrisme au bénéfice d'un théocentrisme ou plus exactement d'un christocentrisme grâce auquel le cours des choses cesse de circuler à contre-allée et de provoquer des catastrophes.
L'Evangile est fondamentalement la découverte d'un contresens qu'il importe de redresser par une conversion rétablissant le véritable sens. La priorité est ainsi rendue au prochain de manière à ce que toute créture se considère potentiellement en fonction de l'autre et non de soi, et que toute soit reçue comme un don et non comme une proie.
Cette exigence a commandé à travers les siècles l'option préférentielle pour les pauvres, les démunis, les malades, les souffrants, les mourants. Elle a inlassablement déversé le flot de l'abondance vers la carence, inversé la soif de possession en désir d'oblation.
Pendant deux millénaires, ce commandement a été entendu comme s'adressant à l'homme et visant surtout, pour ne pas dire exclusivement, le régime de vie de l'humanité. Sans être niée, l'interrogation sur le sort des autres crétures était reléguée dans l'ombre et le non-dit.
Sous l'accroissement gigantesque de la pression exercée par l'homme au détriment de la nature, celle-ci fait maintenant entendre sa voix avec éclat. Discrète jusqu'à présent, et bien que ponctuellement effective et parfois terrible (raz-de-marée, éruption volcanique), sa réaction de défense et de contre-offensive se traduit de nos jours par une violence planétaire qu'on ne peut pas sous-estimer."
Jean Bastaire, Pour un Christ vert, Salvator, coll. Forum, mai 2009, pp.105-106.

Publié dans Livres spiritualité