Année "sacerdotale" ; et les laïcs ?

Publié le par Christophe Delaigue

Peut-être le savez-vous, après l'année "St Paul", Benoît XVI a souhaité que toute l'Eglise (catholique) vive une année "sacerdotale" - c'est-à-dire une année de prière pour les prêtres et de réflexion sur leur ministère qu'en théologie certains qualifient de "ministère sacerdotal".
Le Concile Vatican II réflechissant à la place de chacun dans l'Eglise "Peuple de Dieu" et "Corps du Christ" a parlé de de "sacerdoce commun de tous les fidèles (tous : les laïcs, donc, comme les ministres, prêtres, diacres ou évêques).

En cette année "sacerdotale", les paroisses du Haut-Grésivaudan ont décidé d'honorer cette dimension "sacerdotale" de tout le peuple de Dieu par une soirée conférence avec le P. Michel Ferradou, vicaire général, suivie - ce soir 10 février - d'un approfondissement-partage à partir de questions et d'un texte.
Nous avons choisi un extrait d'un discours de Benoît XVI en ouverture du congrès ecclésial de son diocèse de Rome, le 26 mai 2009. Je vous le partage - si vous avez le courage de le lire jusqu'au bout. Je crois qu'il vaut le coup !
 

[...] « L'Eglise (…) est une communion, une communion de personnes qui, en vertu de l'action de l'Esprit Saint, forment le peuple de Dieu qui est en même temps le Corps du Christ. (…)

Une longue route reste encore à parcourir. Trop de baptisés ne se sentent pas appartenir à la communauté ecclésiale et vivent en marge de celle-ci, ne s'adressant aux paroisses que dans certaines circonstances, pour recevoir des services religieux. Il n'y a encore que peu de laïcs, proportionnellement au nombre des habitants de chaque paroisse, qui, bien que se professant catholiques, sont prêts à offrir leur disponibilité pour travailler dans les différents domaines apostoliques. Assurément, les difficultés d'ordre culturel et social ne manquent pas, mais, fidèles au mandat du Seigneur, nous ne pouvons pas nous résigner à conserver uniquement ce qui existe. Confiants dans la grâce de l'Esprit, que le Christ ressuscité nous a garantie, nous devons reprendre le chemin avec une ardeur renouvelée. Quelles voies pouvons-nous parcourir? Il est tout d'abord nécessaire de renouveler l'effort pour promouvoir une formation plus attentive et fidèle à la vision de l'Eglise dont j'ai parlé, et cela aussi bien de la part des prêtres que des religieux et des laïcs. Toujours mieux comprendre ce qu'est cette Eglise, ce Peuple de Dieu dans le Corps du Christ. Il est dans le même temps nécessaire d'améliorer l'organisation pastorale, de façon à ce que, dans le respect des vocations et des rôles des personnes consacrées et des laïcs, l'on promeuve graduellement la coresponsabilité de l'ensemble de tous les membres du Peuple de Dieu. Cela exige un changement de mentalité concernant particulièrement les laïcs, en ne les considérant plus seulement comme des "collaborateurs" du clergé, mais en les reconnaissant réellement comme "coresponsables" de l'être et de l'agir de l'Eglise, en favorisant la consolidation d'un laïcat mûr et engagé. Cette conscience commune de tous les baptisés d'être Eglise n'amenuise pas la responsabilité des curés. C'est précisément à vous qu'il revient, chers curés, de promouvoir la croissance spirituelle et apostolique de ceux qui sont déjà assidus et engagés dans les paroisses:  ils sont le noyau de la communauté qui constituera un ferment pour les autres. Afin que ces communautés, même si elles sont parfois petites en nombre, ne perdent pas leur identité et leur vigueur, il est nécessaire qu'elles soient éduquées à l'écoute orante de la Parole de Dieu, à travers la pratique de la lectio divina, ardemment souhaitée par le récent synode des évêques. Nourrissons-nous réellement de l'écoute, de la méditation de la Parole de Dieu. Ces communautés ne doivent pas perdre la conscience qu'elles sont "Eglise" car le Christ, Parole éternelle du Père, les convoque et fait d'elles son peuple. En effet, la foi est d'une part une relation profondément personnelle avec Dieu, mais elle possède une composante communautaire essentielle et les deux dimensions sont inséparables. Les jeunes pourront ainsi faire l'expérience de la beauté et de la joie d'être et de se sentir Eglise; eux qui sont davantage exposés à l'individualisme croissant de la culture contemporaine, qui comporte comme conséquences inévitables le relâchement des liens interpersonnels et l'affaiblissement des sentiments d'appartenance. Dans la foi en Dieu, nous sommes unis dans le Corps du Christ et nous devenons tous unis dans le même corps et ainsi, précisément en croyant profondément, nous pouvons également éprouver la communion entre nous et surmonter la solitude de l'individualisme.

Si la Parole convoque la communauté, c'est l'Eucharistie qui fait d'elle un corps:  "Parce qu'il n'y a qu'un pain - écrit saint Paul - à plusieurs nous ne sommes qu'un corps, car tous nous participons à ce pain unique" (1 Co 10, 17). L'Eglise n'est donc pas le résultat d'une somme d'individu, mais une unité entre ceux qui sont nourris de l'unique Parole de Dieu et de l'unique Pain de vie. La communion et l'unité de l'Eglise, qui naissent de l'Eucharistie, sont une réalité dont nous devons avoir une conscience toujours plus grande, également lorsque nous recevons la sainte communion, être toujours plus conscients que nous entrons dans l'unité avec le Christ et que nous devenons ainsi un entre nous. Nous devons toujours à nouveau apprendre à protéger et à défendre cette unité contre les rivalités, les différends et les jalousies qui peuvent naître dans ou entre les communautés ecclésiales. Je voudrais en particulier demander aux mouvements et aux communautés apparues après le Concile Vatican II, qui, au sein de notre diocèse également, sont un don précieux dont nous devons toujours rendre grâce au Seigneur, je voudrais demander à ces mouvements, qui, je le répète sont un don, de toujours prendre soin que leurs itinéraires de formation conduisent leurs membres à développer un sens véritable d'appartenance à la communauté paroissiale. Au centre de la vie de la paroisse, comme je l'ai dit, il y a l'Eucharistie, et en particulier la célébration du Dimanche. Si l'unité de l'Eglise naît de la rencontre avec le Seigneur, il n'est pas secondaire alors que l'adoration et la célébration de l'Eucharistie fassent l'objet d'une grande attention, en offrant ainsi la possibilité à ceux qui y participent de faire l'expérience de la beauté du mystère du Christ. (…)

La croissance spirituelle et apostolique de la communauté conduit ensuite à promouvoir son élargissement à travers une action missionnaire décidée. Prodiguez-vous par conséquent afin de redonner vie à chaque paroisse, (…) aux petits groupes ou aux centres d'écoute des fidèles qui annoncent le Christ et sa Parole, des lieux où il soit possible de faire l'expérience de la foi, d'exercer la charité, d'organiser l'espérance. Cette articulation des grandes paroisses urbaines à travers la multiplication de petites communautés permet un souffle missionnaire plus étendu, qui tient compte de la densité de la population, de sa physionomie sociale et culturelle, souvent très diversifiée. Il serait important que cette méthode pastorale trouve une application efficace également sur les lieux de travail, qu'il faut aujourd'hui évangéliser avec une pastorale de proximité bien pensée, car en raison de sa grande mobilité sociale la population y passe une grande partie de la journée.

Enfin, il ne faut pas oublier le témoignage de la charité, qui unit les cœurs et ouvre à l'appartenance ecclésiale. Pour expliquer le succès rencontré par le christianisme des premiers siècles, la montée d'une prétendue secte juive devenue religion d'Empire, les historiens répondent que ce fut notamment l'expérience de la charité des chrétiens qui a convaincu le monde. Vivre la charité est la forme primaire de la dimension missionnaire. La Parole annoncée et vécue devient crédible si elle s'incarne en comportements de solidarité, de partage, en gestes qui montrent le visage du Christ comme d'un véritable Ami de l'homme. Puisse le témoignage silencieux et quotidien de la charité promue par les paroisses grâce à l'engagement d'un grand nombre de fidèles laïcs, continuer de s'étendre toujours davantage, pour que celui qui vit dans la souffrance ressente la proximité de l'Eglise et fasse l'expérience de l'amour du Père, riche de miséricorde. Soyez donc de "bons samaritains" prêts à soigner les blessures matérielles et spirituelles de vos frères. Les diacres, conformés par l'ordination avec le Christ serviteur, pourront rendre un service utile en promouvant une attention renouvelée envers les formes de pauvreté anciennes et nouvelles. » [...]

Publié dans Méditations

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :