"Comment pourrais-je comprendre... s'il n'y a personne pour me guider... ?"

Publié le par Christophe Delaigue

Demandons-nous  : qu'est-ce qui nous fait chrétien ?

Peut-être sommes-nous capables de dire grâce à qui, grâce à quoi, nous sommes chrétiens aujourd'hui...
Je suis chrétien parce que j'ai un jour reçu le baptême ; mais surtout parce que ce don déposé en moi, comme un cadeau dans un vase d'argile, a pu se déployer.
Grâce à quelles rencontres ? Grâce à quels évènements ?
 
Nous baptisons beaucoup dans les paroisses... Mais être baptisé - nous le voyons - ne suffit pas à faire de nous  des disciples de Jésus Christ. Car c'est bien de cela dont il s'agit !
 
Quand Philippe rencontre l'eunuque éthiopien, c'est un avec un croyant qu'il dialogue, un homme qui cherche Dieu, en tout cas qui cherche à comprendre qui est ce Dieu dont on lui a parlé ou qu'en tout cas il perçoit déjà comme présent à sa vie même s'il n'en sait peut-être pas beaucoup plus...
Cet homme rentre de Jérusalem. Il rentre de pèlerinage ; comme tant de nos contemporains sur les sentiers de St Jacques ou ailleurs. Qu'est-ce qui l'a mis en mouvement ? Nous ne le savons pas... Qu'a-t-il trouvé ? Nous ne savons pas mieux... Par contre nous voyons qu'il est en attente de quelque chose ; nous pressentons qu'il y a en lui comme une soif...
Quand Philippe arrive, poussé par la présence de Dieu, c'est la rencontre qui permet au chemin de se faire, ou plutôt de se poursuivre. Pour l'un comme pour l'autre. Philippe est à l'écoute de ce qui bouillonne en lui ; il sent qu'il doit partir, alors il y va ; il sent qu'il doit parler à cet homme, alors il ose, il n'a pas peur de déranger ou de se faire jeter... Après tout, l'autre saura bien le lui dire !
Philippe, surtout, est à l'écoute de ce dont cet étranger a besoin. Comme Jésus, sur la route d'Emmaüs, avec ces deux disciples qui ne savaient plus où ils en étaient. Et comme sur le chemin d'Emmaüs, Philippe, disciple de Jésus, va permettre à la Parole de prendre corps, de prendre sens, et de devenir Bonne Nouvelle.
Quelle est la place de cette Parole dans ma vie ?
Ai-je confiance qu'elle est puissance de renouvellement pour moi aujourd'hui et que, par elle, c'est bien le Christ ressuscité qui se donne à moi ? Par elle je peux découvrir qui il est, ce qu'il attend de moi, et combien il est là, présent à mes côtés, dans le don de son Esprit !
L'eunuque éthiopien ne comprenait pas ce qu'il lisait. Peut-être justement car les Ecritures ont à devenir Parole et que celle-ci suppose du coup une rencontre, un dialogue, une écoute, et un chemin à parcourir.
Comment me mettre aujourd'hui à l'écoute de ce que Dieu veut me dire dans ces textes ? Avec qui vivre aujourd'hui ce dialogue et cette mise en résonnance de ces histoires qui me restent parfois hermétiques ou, au contraire, que je ne lis plus parce que je crois les connaître ?
Philippe et l'eunuque nous disent tout cela. Nous avons besoin les uns des autres pour que la Parole viennent éclairer notre recherche de Dieu et, du coup, notre vie. Il me faut apprendre à la laisser résonner en moi, en l'autre, et dans mes questionnements.
Alors je fais l'expérience qu'elle est Parole de Vie et qu'elle me pousse à continuer le chemin, dans la joie.
 
Je suis frappé, dans le livre des Actes des Apôtres, par cette force de vie et de témoignage qu'ont les apôtres et les disciples de Jésus. Ensemble, ouverts à l'Esprit qui leur était promis et qui leur est donné, ils osent témoigner de la Bonne Nouvelle du Salut. Et comme Jésus sur le chemin d'Emmaüs, ils prennent le temps d'annoncer et d'expliquer les Ecritures. Pour que ceux qu'ils rencontrent découvrent cette Vie qui leur est promise et cet amour de Dieu qui veut sauver tous les hommes et n'en perdre aucun.
Les apôtres et les disciples ne peuvent se taire. Car la mort et la résurrection de Jésus a bouleversé leur vie à jamais, malgré les peurs qu'ils ont eu, malgré les incompréhensions qui les paralysaient. Mais grâce à l'Esprit Saint qui les accompagne.
 
L'eunuque éthiopien repart tout joyeux. C'est un des dons de l'Esprit Saint. Il a demandé librement le baptême et le voilà à son tour disciple de Jésus, appelé à le suivre et à témoigner de lui. Philippe peut continuer sa mission ailleurs ; car celle-ci ne sera jamais finie. Comme Jésus a Emmaüs il disparaît, car pour l'heure le nouveau baptisé n'a plus besoin de lui. Il fera d'autres rencontres qui lui permettront de poursuivre la route...
 
Alors... Je repose ma question... Qu'est-ce qui me fait chrétien aujourd'hui ?
De quoi ai-je besoin pour que les Ecritures deviennent concrètement Parole ? Parole de Dieu en moi, pour moi ; mais aussi Parole que je transmets à mon tour comme un trésor à partager et à vivre concrètement dans des gestes quotidiens.
Comme Philippe, écoutons ce que l'Esprit souffle à notre coeur...
Comme l'eunuque éthiopien, ouvrons les Ecritures et interrogeons-nous...
Comme eux deux, osons la rencontre et donnons-nous les moyens de cheminer, de laisser la Parole prendre sa résonnance en nous et entre nous...
 
Peut-être ne savons-nous pas comment témoigner de notre foi, de ce qui nous habite ; la Parole est la clé de tout cela - nous le redécouvrons avec joie dans toutes nos propositions pastorales, comme le Concile Vatican II nous y invitait déjà il y a 40 ans et comme nos évêques nous le rappellent avec force dans leur Texte National pour l'Orientation de la Catéchèse en France de novembre 2006.
 
S'ouvrir à l'Esprit ; ouvrir les Ecritures ; ensemble et dans toutes nos rencontres permettre à la Parole d'entrer en résonnance...
Voilà qui devrait nous permettre d'accueillir le Christ ressuscité, de le reconnaître, de vivre avec lui et de témoigner de lui à ceux qui croiseront notre route !
S'y j'ose en croire ce que nous dévoile la Parole de Dieu... !

[Article publié dans le journal diocésain "Relais 38" de mai 2010, rubrique "Parole en Acte"]

Publié dans Méditations

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