Evangéliques et évangélisation

Publié le par Christophe Delaigue

Que savons-nous, les uns et les autres, des chrétiens évangéliques ? La question n'est pas anodine, car soit nous sommes plutôt méfiants, comme dans nos communes quand nous entendons parler de l'implantation d'une communauté évangélique, soit nous ne nous rendons pas trop compte des chsoes - et surtout des différences - , comme un certain nombre de jeunes que je connais, et nous passons volontiers d'un lieu à l'autre, d'une communauté catholique à laquelle nous appartenons à une communauté évangélique que nous trouvons jeune, dynamique et accueillante, faisant un peu notre "marché" du "ça me plaît bien de temps en temps", "j'avais envie", "c'est ouf !", etc.

Si nous avons peur, ou plutôt si nous sommes méfiants, c'est parce que nous avons une certaine image de ces communautés évangéliques. Certains les trouvent volontiers un peu trop fondamentalistes ou alors "exaltées". Certains ne comprennent pas leur présence parfois concurentielle avec des communautés déjà implantées sur place. Certains sont choqués par leur côté prosélyte et parfois provoquant.

Que savons-nous des chrétiens évangéliques ?

http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/media/02/01/342155372.jpgJe viens de lire un petit livre très intéressant qui vient tout juste de sortir. Il s'agit de L'engagement du Cap, un texte double : à la fois une déclaration de foi, sous forme de convictions bibliques, et un appel à l'action pour les années à venir en termes de mission et l'évangéliqation. Ce texte est la déclaration "conclusive" du rassemblement du Cap, en octobre 2010, de plus de 4200 responsables de communautés évangéliques de plus de 198 pays, dans le sillage de la Déclaration de Lausanne de 1974 et du Manifeste de Manille de 1999.

Ce qui est intéressant dans ces pages c'est ce que ces délégués de communautés disent de leur foi, de leur désir d'évangéliser, du monde dans lequel nous vivons et des autres Eglises qui, elles aussi, croient au Christ et veulent, à leur mesure, en témoigner.

J'ai été frappé par trois choses au moins :

(1) le regard positif qui est porté sur le monde et sur les hommes, et sur les autres Eglises et communautés ecclésiales. Notre monde, certes marqué par le péché, est aimé de Dieu, puisqu'il l'a voulu et qu'il y est à l'oeuvre. Nous devons nous aussi apprendre à l'aimer, l'écouter, entendre ce qui s'y vit, pour y témoigner de façon ajustée du Christ sauveur que nous confessons, qui vient nous révéler un Dieu aimant qui veut sauver tous les hommes.

(2) la place qui y est faite aux autres chrétiens. C'est intéressant en effet de voir combien le regard évangélique a bougé quant aux autres Eglises. Il ne s'agit plus d'être concurrentiel ou de faire comme si les autres n'existaient pas, ce qui a pu être la tendance. Au contraire il est dit à plusieurs reprises que les évangéliques reconnaissent l'appel à l'unité du Corps du Christ et qu'ils reconnaissent qu'il y a de nombreux disciples du Christ dans les autres traditions chrétiennes. Certes, nous pouvons nous interroger sur le "modèle" d'unité envisagé ou envisageable, sur ce que nous croyons qu'est ou devrait être l'Eglise du Christ dans sa diversité - sans parler de la question de la reconnaissance mutuelle du baptême et notamment de celui des enfants en bas âge, et de nos conceptions réciproques des sacrements, des ministères et de l'Eglise. Le positif c'est en tout cas que les autres chrétiens ne sont pas ignorés et que les évangéliques sont même invités, très concrètement, à vivre une réel partenariat dans la mission avec les autres disciples de Jésus Christ.

(3) les actes et appels à la repentance, enfin. En effet, tout au long de la deuxième aprtie du document, dans les appels à l'action, les délégués et responsables de communautés qui ont vécu ce rassemblement du Cap osent un certain nombre d'appels à la repentance quant à la mission, aux populations qui ont été rencontrées et pour certaines baptisées, le manque de formation, le non respect parfois de la liberté de conscience ou religieuse, la concurrence dans la mission, etc. Les appels sont alors concrets pour être de meilleurs témoins de Jésus Christ et de son commandemant à aimer, aimer son prochain comme soi-même, aimer Dieu, et même aimer ses ennemis et ceux qui refusent d'entendre et d'accueillir le Christ, ou qui ont choisi ou vivent un autre chemin spirituel et religieux, ce qui ne peut toutefois pas ne pas nous interroger si nous confessons le Christ unique sauveur !

Ce livre, fort intéressant pour comprendre la dynamique missionnaire évangélique aujourd'hui est, vous l'aurez compris, très intéressant. Parfois un peu "décoiffant" pour le catholique que je suis, car assez radical par certains côtés. Mais quel souffle ! Une belle confession de foi et un appel à l'action qui nous redit avec force que l'évangile reçu et entendu doit transformer notre vie et qu'il nous oblige, pour la crédibilité du témoignage et la cohérence de notre agir, à vivre pour soi et réellement ce que le Christ nous recommande et que nous annonçons.

Troisième congrès de Lausanne pour l'évangélisation du monde, L'engagement du Cap, BLF Europe, 4ème trimestre 2011, 111 pages (5€).

Publié dans Théologie, Oecuménisme

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