Face aux précarités, l'Evangile nous presse !

Publié le par Christophe Delaigue

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Tel est le thème d'année du diocèse, une vraie orientation pastorale pour nos paroisses, un appel adressé par notre évêque à son Eglise diocésaine.

Pour y répondre, alors que divers projets se réflechissent sur ma paroisse, nous proposioons mardi soir 22 mars une rencontre-conférence sur ce thème, avec Michel Saillard, bibliste qui fut aussi Président du Secours Catholique - pendant de nombreuses années sur l'Isère puis quelques mois au niveau national pour permettre à l'association de reprendre souffle et dynamisme.

C'est à une véritable relecture de l'histoire du Salut que Michel Saillard nous a conviés, avec fougue et passion. Je ne vous en livre que quelques notes que j'ai prises - et sans remettre toutes les citations ou références bibliques qu'il nous a partagées...

Si les mots "solidarité" et "être solidaires" sont peut présents dans nos Bibles, le mot hébreu "résed" qui en exprime le mieux l'idée et le contenu concret est lui très présent en de multiples traductions : fidélité, amitié, bonté, bienveillance, amour, etc. La fidélité de Dieu pour son peuple, dans son appel à devenir un peuple pour être témoins devant les nations de l'existence de Dieu, est un engagement, une complète solidarité, un lien de Dieu à son peuple. Cette solidarité à la vie à la mort se manifeste notamment et magistralement lors de la libération d'Egypte, avec le pasage de la mer Rouge et la marche au désert jusqu'en Terre promise : Dieu est fidèle à ses promesses, il est solidaire de ce peuple qu'il veut libre et responsable. L'enjeu en est l'alliance que Dieu a conclue.

Cette Alliance qui est solidarité et fidélité, est promesse que Dieu entend le cri des hommes, qu'il connaît leurs douleurs et qu'il vient les délivrer, notamment ces plus pauvres du peuples que sont les veuves et les orphelins et également les émigrés : le peuple est appelé à vivre cette solidarité, concrètement, et il n'oubliera pas qu'il a été lui aussi en situation d'être étranger en terre d'Egypte. La Terre promise est d'ailleurs don de Dieu, propriétaire de la terre confiée aux hommes, à tous les hommes, cette terre sur laquelle nous sommes tous, finalement, des étrangers et des hôtes.

Pour le peuple, être fidèle à son élection c'est être fidèle à cette alliance de Dieu et cet engagement de Dieu pour les plus pauvres. Et c'est donc le vivre concrètement pour ceux qui sont là. Mais voilà... le peuple reste fait d'hommes... avec tant d'infidélités à l'appel et à la promesse tenue de Dieu... Les prophètes ne cesseront de se lever pour se faire les portes-voix de cette solidarité inconditionnelle que Dieu veut vivre, ils diront l'indignation de Dieu face au peuple qui ne vit pas cet appel à aimer son prochain. Ils rediront à temps et à contre-temps que le jeûne qui plaît à Dieu c'est la justice envers les pauvres.

D'ailleurs, à y regarder de près, les textes du Premier Testament sont empreints de ce binome : droit et justice : il n'y a pas de solidarité sans exercice du droit et de la justice. Et c'était la mission du roi d'établir le droit et la justice. Jésus est roi d'un royaume nouveau car il vient rétablir le droit et la justice, il vient nous en montrer le chemin, à la suite des prophètes ; Jérémie dira par exemple en Jr 22,13-16 que pour connaître Dieu il faut pratiquer le droit et la justice. Mt 25, le célèbre récit du Jugement dernier, ne dit pas autre chose : nous serons sauvés, accueillis par Dieu, à la mesure de l'amour que nous auront vécus concrètement envers notre prochain qui qu'il soit. Et chaque fois que nous disons : "Notre Père"... nous lui demandons qu'il vienne rétablir parmi nous ce droit et cette justice et nous prenons acte qu'il compte sur nous pour oeuvrer concrètement à l'avènement de ce royaume qui nous est promis et dont le Christ dit qu'il est là, qu'il advient.

Ajoutons que la solidarité effective appelle à la fraternité. Dans le Premier Testament il y a un lien constant entre les "pauvres" et les "frères". Dès le meurtre de Caïn et Abel : "où est ton frère ?" dit Dieu... Je n'existe que parce que je suis en relation ; si mon frère n'est plus, s'il n'est plus dans le rapport que je peux avoir avec lui, je ne suis plus non plus. Or en Jésus Christ, nous sommes frères les uns des autres, nous tous qui osons dire "Notre Père" mais plus largement avec notre prochain en humanité ; c'est ce que nous dit aussi Mt 25. L'appel, de ce fait, est à retisser des liens avec celui qui est là et qui crie - les "précaires" sont ceux qui prient , prier et crier ce n'est pas si différent. La 1ère lettre de Jean a des propos tellement engageant quant à la fraternité... Pour être dans la lumière, il faut aimer son frère ; pour être de Dieu il faut aimer son frère et pratiquer la justice ; celui qui n'aime pas demeure dans la mort...

Être frères, se reconnaître frères, c'est engageant...Car mon frère je ne le choisis pas, il m'est donné, il est là.

Face aux précarités, nous somems donc invités à la solidarité et à la fraternité - dans un post il y a quelques mois, en octobre, je partageais mes impresions sur un livre de Christian de Chergé, prieu de Tobhirine, et son appel à vivre la fraternité universelle :  "Suis-je le gardien de mon frère ?" - ; reconnaître mon frère en tout homme et en toute femme, et notamment dans les plus pauvres, voilà l'impératif pour tout chrétien ! Notre vocation, au nom de notre foi eu Christ ressuscité, c'est de résister au mal, de combattre le mal, pour témoigner en actes de la victoire de l'amour et de la vie sur tout mal et sur toute mort... Alors, oui, face aux précarités, l'Evangile nous presse...

Comment faire ? Vouloir ouvrir les yeux et entendre le cri de ceux qui sont là. Et répondre dans la mesure de mes possibilités, ni plus que ce que je peux mais pas moins en tout cas. Et faire les relais avec ceux qui pourront assurer ce qui n'est peut-être pas dans mes possibilités réelles et effectives.

Publié dans Méditations