Funérailles d'un papa (cancer, 48 ans)

Publié le par Christophe Delaigue

 Le Cheylas, 6 avril 2012 (Vendredi Saint)

Sg 2,13 ; 3,1-6.9 / Ps 102 / Jn 12,24-28

 

Ces jours-ci, nous fêtons, dans l’Eglise, la mort et la résurrection de Jésus, ce dont il a justement été question dans cet évangile qu’on vient d’entendre. Sans doute qu’un certain nombre d’entre vous s’interroge… Je ne sais pas d’ailleurs quelle est votre foi les uns et les autres, je ne sais pas comment nous recevons ces textes qu’on vient d’entendre, je ne sais même pas qui est Dieu pour vous ni ce que ce mot évoque… Ce que je sais juste c’est que nous sommes là, cet après-midi; et qu’un certain nombre d’entre nous se demandent bien pourquoi Dieu ne fait rien, s’il existe, pourquoi est-ce qu’il ne nous protège pas.

Je fais comme vous le constat que la mort et la souffrance sont un mystère qui traverse notre vie – qui traverse toute vie. La Bible et la foi chrétienne ne répondent pas au pourquoi de tout cela. Elles en font le constat en même temps qu’elles disent l’expérience de croyants en un Dieu qui est là quand même. Et au cœur de notre foi, il y a le Christ, Jésus, ce Fils de Dieu dont vient de parler l’évangile. En Jésus, par Jésus, Dieu est venu nous rejoindre dans ce qui fait notre vie d’homme. Il l’a fait pour de vrai, jusqu’à traverser lui aussi, dans son corps, ce mystère du mal et de la mort. Nous voudrions croire en un Dieu qui nous protège et qui nous empêche d’avoir mal, et voilà que notre Dieu meurt, lui aussi, sur une croix ; c’est ce que nous célébrons en ce jour du vendredi saint.

Au pied de la croix, les gens, comme nous, se sont interrogé. Et comme nous ils se sont dit : si Dieu existe, alors qu’il fasse quelque chose, qu’il l’empêche de mourir ; « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi ». Et comme nous, Jésus a eu peur et il a douté : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Et il est mort. Comme si Dieu, comme si son Père, n’avait rien fait ou n’avait rien pu faire…

Sauf que pour les chrétiens, l’histoire ne s’arrête pas là : Jésus est ressuscité ; ce que nous fêterons dès demain soir. Mystère incroyable, c’est vrai, mais qui pourtant vient nous dire le mystère de toute vie : quoi qu’il arrive le mal et la mort n’ont pas le dernier mot, malgré les apparences peut-être, mais quoi qu’il arrive la vie et l’amour jusqu’au bout sont plus forts.

Et nous le voyons bien, dans notre propre vie, ce que nous avons vécu ensemble, ce qui donne ou a donné sens à notre vie, personne ne peut nous l’enlever ; et notamment le fait d’aimer et d’être aimé, voilà qui nous fait vivre et qui donne sens à ce que nous sommes, bien au-delà des épreuves que pourtant nous avons à traverser.

C’est vrai que nous croyons du coup en un Dieu qui ne supprime pas le mal et la souffrance. Il n’est pas ce magicien qui pourrait intervenir dans nos vies à sa guise. Non… Mais nous croyons que Dieu, au cœur des épreuves de nos vies, peut nous aider à avancer quand même. C’est le mystère de la résurrection. Nous croyons que Jésus est là avec nous, puisqu’il l’a promis, et donc que si nous le lui demandons, dans le secret de nos cœurs, et si nous essayons de lui faire une place dans notre vie, alors il peut porter avec nous ce fardeau qui nous accable. Ce ne sera pas magique, mais petit à petit la paix du cœur peut nous gagner.

Et nous croyons que ce Dieu là, il vient à notre rencontre par ceux qui sont là autour de nous et qui nous aident à nous relever, ceux qui essayent de vivre, jour après jour, concrètement cet appel à aimer qui traverse tout le message de Jésus…

Cet après-midi, quelle que soit notre foi, quelles que soient nos questions ou nos révoltes, j’aimerais juste que nous osions ce pari de confiance que si Jésus est bien ressuscité alors il nous promet nous aussi cette résurrection ; une présence différente, c’est vrai, mais la promesse de cette vie éternelle où nous nous retrouverons.

Et j’aimerais surtout que nous osions cet autre pari de confiance que s’il est bien ressuscité, alors il peut nous aider à avancer, si nous le voulons, si nous le lui demandons. Et sa présence, ou au moins la paix qui peut gagner nos cœurs, voilà qui nous permettra, petit à petit, de continuer à vivre et à aimer autour de nous.

 

Publié dans Méditations

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