Katimavic de l'Arche à Grenoble 2010 - suite

Publié le par Christophe Delaigue

Suite au Katimavic, la communauté de l'Arche à Grenoble m'a demandé un petit article pour son journal ; je vous le partage donc, tout simplement :

La question qui m’est posée est celle de savoir ce que le Katimavic m’a donné à vivre de la dimension spirituelle de l’Arche. Ce que je retiens spontanément et tout d’abord c’est cette joie, palpable tout au long du week-end mais notamment lors de l’eucharistie finale, belle et simple, mais tellement profonde – au sens de porteuse de vie et de foi. La joie est un don de l’Esprit Saint et un appel du Christ à ses disciples, juste avant sa mort : « Demeurez dans mon amour. (…) Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie » (Jn 15,9b.11) ; celle-ci est liée, d’ailleurs, à l’amitié à laquelle il nous invite, entre nous et avec lui : « Je vous appelle amis » (Jn 15,15b).

Ces jours de Katimavic nous ont donné d’expérimenter cela, dans l’accueil de ce que nous sommes chacun, porteurs ou non d’un handicap. Il y a là une vérité profonde que ne cesse de nous rappeler l’Evangile : qui que tu sois, quelle que soit ton histoire, ta croyance, ta couleur de peau, ton handicap, tes blessures, Jésus veut te rejoindre tel que tu es, si tu veux lui ouvrir ton cœur et ta personne, tout simplement ; et qui que tu sois, tu as quelque chose à apporter de toi qui peut aider l’autre à avancer, à se relever aussi, pourquoi pas, en tout cas à goûter un peu plus à la vie. Je crois que l’Arche nous donne de vivre concrètement cela, dans la patience des jours– et c’est sans doute plus facile à écrire qu’à vivre dans tous les gestes du quotidien. En tout cas Tim Guénard nous en a donné des témoignages forts et poignants qui ont marqué un certain nombre des participants de ce Katimavic. Et chacun à notre mesure, nous l’avons même vécu concrètement, dans cette forme de vie communautaire partagée comme dans les ateliers ; et cela nous a été donné à expérimenter dans ces ponts à vivre entre membres de communautés et de foyers de l’Arche qui ne se connaissaient pas forcément, entre jeunes porteurs ou non d’un handicap, entre personnes de l’Arche et « extérieurs » comme les jeunes du « Grain de Sel »… Chacun, nous avions notre place et chacun nous avons pu nous laisser rejoindre par des paroles ou des gestes, dans la découverte de l’autre avec qui je vais partager un peu de temps. Quelque chose de l’ordre d’une communion entre nous se donnait à vivre; c’est communion d’Evangile.

J’ajoute un mot autour de ce geste fort que Jean Vanier aime à faire expérimenter dans ces rassemblements et que l’équipe de préparation avait donc choisi de nous proposer. C’est le geste du lavement des pieds à propos duquel Christian Salenson écrit dans son livre L'Arche, une spiritualité singulière et plurielle : «  la qualité de la rencontre s'évalue non en fonction de ce que j'entends apporter à l'autre mais de ma disponibilité à recevoir. (...) Le lavement des pieds en est le paradigme. Entendons-nous bien ! Seul celui qui se laisse laver les pieds, et qui donc, se met dans cette dépendance et cette vulnérabilité, peut s'avancer sur le chemin du don de soi. Même Jésus, "tout Fils qu'il était", a appris cela de Marie de Béthanie qui l'a introduit dans le don total de sa vie. Elle lui a même appris le geste du don que Jésus reprendra avec les apôtres »... Ce geste fou du lavement des pieds révèle avec profondeur cette vérité toute simple de l’Evangile : qui que nous soyons, quelles que soient nos blessures ou nos handicaps, que ceux-ci se voient ou non, nous sommes de la même humanité et nous pouvons chacun nous apporter quelque chose. Notre vulnérabilité est toujours dure à accepter et du coup à dévoiler, mais elle est chemin d’acceptation de ma personne, dans la découverte de ce que l’autre me donne de joie simple à vivre dans la rencontre et l’aide que je peux lui offrir ou dont lui me fait le cadeau. Le geste d’imposer les mains à celui qui vient de vous laver les pieds, avant qu’il se relève, péniblement parfois, difficilement même, nous dit cette réciprocité tellement fondamentale de nos vies, dans une ouverture à l’autre et une confiance à ce qu’il peut me donner à découvrir de moi-même. Le Christ ne faisait pas autre chose dans toutes ces rencontres qui relevaient et remettaient en route aveugles, sourds, muets, estropiés et mal-aimés…

Comme le disait Jean Vanier, l’année dernière au Katimavic, ce geste nous redit que dans l’Evangile Jésus ne nous appelle pas seulement à dire aux autres que Dieu les aime, mais qu’il nous demande surtout des les aimer concrètement au nom de Jésus et de l’Evangile ! A y regarder de près, c’est bien ce que nous avons vécu dans ces jours de Katimavic. Voilà qui nous a fait entrer dans une joie simple et confiante mais tellement importante car elle ne cesse de nous engendrer à la vie, petit à petit.