L'Eglise catholique après Vatican II : héritage et réception...

Publié le par Christophe Delaigue

Quel bon sujet ! De quoi travailler, se réapproprier cet héritage qui façonne et questionne notre vie ecclésiale aujourd'hui !

Tel était en tout cas le sujet, hier, d'une journée de formation pour des pasteurs et délégués à l'oecuménisme de l'Eglise Réformée de France. J'intervenais avec ma déléguée diocésaine. Une journée intéressante et enrichissante pour partager qui nous sommes, nos questions et nos convictions ; une journée pour se réentendre alors que parfois - souvent - l'oecuménisme pourrait donner l'impression de battre un peu de l'aile.

En tout cas ils m'auront fait travailler et relire ces textes fondateurs pour le catholicisme que nous avons à vivre !

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Je vous partage et je livre à votre méditation ce texte de Gilles Routhier, théologien et prêtre québecquois, que j'ai lu en guise de conclusion. Il est extrait de son livre Vatican II - Herméneutique et réception, dans le chapitre "Vatican II - réception - mouvement oecuménique" :

« La réception de Vatican II comme concile de « réforme » est un passage obligé sur le chemin de l’unité. 

D’ailleurs, lorsqu’on relie les textes de Jean XXIII, il est clair que le lien qu’il établit entre l’unité de l’Eglise et le concile Vatican II passe par un troisième terme : le renouveau de l’Eglise. (…) Déjà à cette époque, mais plus encore dans les années qui suivront, on se rendra compte que Vatican II n’est pas simplement une affaire interne à l’Eglise catholique, mais que cet évènement concernait et interpellait toutes les Eglises. Ce motif est constant lorsqu’on lit les rapports des observateurs non catholiques au concile. Ce concile concerne d’autant plus les autres Eglises qu’il est l’occasion pour l’Eglise catholique d’afficher sa volonté de réforme, affirmant du coup plus fermement le caractère historique et la finitude de certaines de ses institutions ou de certains éléments de sa vie. En entrant dans un processus de renouveau et de réforme, en opérant conciliairement une révision de vie évangélique, l’Eglise catholique ne présente pas sa vie et ses institutions comme la forme achevée du christianisme, mais plutôt comme une forme historique affecté par le péché et sans cesse sollicitée par la grâce sanctifiante. Du coup, l’Eglise catholique pouvait se présenter comme partenaire crédible dans les dialogues œcuméniques.

Cette nouvelle attitude, liée à un désir explicite d’entrer de manière plus résolue dans un processus de réforme et de réconciliation, a notamment passé par un infléchissement de son discours sur la note de sainteté de l’Eglise. Certes, on procède encore avec la distinction entre la sainteté de l’Eglise et le péché de ses membres. Toutefois, sans renier cette approche, on en vient progressivement à affirmer que c’est l’Eglise qui doit être purifiée, sa vie, sa prédication, sa liturgie, sa catéchèse : en somme, ses institutions. L’« Ecclesia sancta » est aussi l’« Ecclesia semper reformanda » : « L’Eglise, qui renferme en son sein les pécheurs, qui est sainte et, en même temps, doit toujours être purifiée, recherche sans cesse la pénitence et le renouvellement. » (LG 8) Cet aveu des torts (…) a notamment été amplifié au paragraphe 43 de Gaudium et spes (…). 

Le débat sur la liberté religieuse allait donner un autre exemple de la reconnaissance des torts de l’Eglise. Celle-ci devait bien avouer que la liberté religieuse qu’elle revendique comme un droit fondamental sur la base de la dignité de la personne, elle ne l’a pas toujours respectée. (…) 

Le motif de l’aveu des torts, on le retrouve aussi, et cela est passé au texte conciliaire, au moment du débat sur l’œcuménisme, lorsqu’on reconnut que les torts à la source de la division étaient partagés. (…) Le n°6 porte le titre significatif « Rénovation de l’Eglise ». « L’Eglise, y lit-on, au cours de son pèlerinage terrestre, est appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a perpétuellement besoin en tant qu’institution humaine et terrestre ». (…) Le n°7, tout entier consacré à la conversion, reprend le texte central de Jean et l’applique aux « fautes contre l’unité » : « Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous faisons de Dieu un menteur et sa parole n’est pas en nous. »

(…) Dans l’ensemble du corpus conciliaire, c’est sans doute dans le décret sur l’œcuménisme que l’on trouve la synthèse la plus achevée de cette thématique de la réforme comme condition nécessaire à la poursuite de l’unité. (…)

Depuis Vatican II, cette thématique conciliaire de reconnaissance des torts, de réforme et de conversion a été amplement déployée. »

Gilles Routhier, Vatican II - Herméneutique et réception, Fides, 2006, pp.250-253 - link

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