Cette vie qui se transmet...

Publié le par Christophe Delaigue

Depuis hier, me voilà parrain... Je le serai à nouveau dans quelques semaines...
Depuis quelques mois, un certain nombre d'amis donnent naissance... Certains me demandent de baptiser leur enfant...
Quel mystère que la vie... cette vie qui se transmet, cette vie qui nous traverse...

Je vous partage une page d'un roman lu cet été ; belle méditation... !

Christophe Henning, Il fallait Osée, Desclée de Brouwer, coll. Littérature ouverte, mai 2009, chapitres 17 et 18, pp.75-80 :

« Chaque jour, je crois mieux comprendre ce qu’est véritablement le métier de père… Mais chaque heure me révèle soudain une nouvelle facette de cette écrasante responsabilité qui réside surtout en une profonde impuissance : je voudrais que mon fils soit lui-même, et je ne peux donc pas le façonner. Il est à mon image, et il est autre. Il est, face à moi, fragile dans sa petitesse de nouveau-né, et tellement présent.

Cet autre moi-même m’échappe déjà. Il dort, il s’éveille, il pleure, il gazouille, sans que j’aie prise sur le rythme de sa frêle existence. C’est sous mon regard de père tout aimant et impuissant qu’il s’épanouit.

Yzréel tète sa mère. Il plonge son petit visage dans le creux maternel des mamelons rebondis. La fatigue cerne les yeux de Gomer, mais la nouvelle maternité lui va si bien : elle est belle, ma femme, mère de mon fils. J’en suis tout ému.

Je suis aussi bouleversé par une évidente découverte : si j’ai donné la vie à mon fils, lui a fait de moi un père. Logique qui ne peut toucher le cœur de ceux qui ne mesurent pas toute la nouvelle existence qui est mienne. Je comprends mieux désormais comment Dieu notre Père peut être ému jusqu’aux entrailles lui qui est source de toute vie. Si j’osais, j’annoncerais qu’il enfante son peuple, et que celui-ci lui donne en retour un cœur de Père. C’est inestimable, et tellement beau ! Moi, je bénis Yzréel qui m’a fait devenir père. Comment notre Seigneur pourrait-il être moins sensible que le serviteur que je suis ? Oui : il nous faut annoncer un Dieu tout-puissant et un Dieu père. C’est bien le mystère que me fait toucher du cœur ma nouvelle descendance. (…)

Me revient, par évidence, le visage de Beéri, mon père adoré. J’ai vénéré le vieil homme, si distant, et pourtant d’une telle présence. Oui, je sais toute la difficulté d’approcher son père, cette déférence qui empêche une mutuelle compréhension. A lui, je dois l’héritage de ma foi, ma fidèle confiance en Dieu, et le bonheur d’une famille établie dans ce haut pays. Mais pouvais-je percevoir dans l’enfance toute la force de sa présence ? Je ne sais rien de lui, pratiquement rien. Quand je ne serai plus de ce monde, que pourrais-je transmettre même à Yzréel ? Quelle trace gardera-t-il de moi après mon départ pour l’au-delà ? Quelques paroles me survivront peut-être… Si seulement mon fils pouvait se souvenir de mon tendre amour pour lui. (…)

C’est dans le respect de notre Dieu et le dynamisme de la vie que j’éduquerai mon fils. Qu’il construise ce monde de paix et de justice auquel nous aspirons. Bien sûr la charité ne peut l’emporter par la force : elle n’a d’autre puissance que celle du cœur (…).

Qui aurait pu m’imaginer, penché sur ton panier, à veiller ton sommeil ? Tes petites mains potelées sont recroquevillées sur la couverture blanche. Les doigts sont finement ourlés de peau douce et délicate. Et dire que tes mains, dans quelques années, auront la force de saisir le monde. Seras-tu prompt à cueillir le raisin de la vigne ou à saisir le glaive ? Te précipiteras-tu sur la charrue ou sur la lance ? Mystère que recèlent tes poings fermés… Ces petites mains qui apprennent aujourd’hui la caresse maternelle et qui tirent sans conscience les cheveux de tes parents seront-elles au service d’une noble cause ou bien d’une cruelle violence ?

Je laisse mon esprit divaguer au-delà du raisonnable : m’interroger sur ce que tu seras demain, n’est-ce pas vouloir t’indiquer le chemin, celui qui m’agrée, celui que j’aime ? J’aimerais tant graver en ton cœur les mots de notre loi d’amour. Non seulement l’amour qui nous vient de Dieu, mais aussi les mots de l’amour de ta mère. Un amour qui ne s’écrit pas avec de l’encre, mais qui est plus solide encore que s’il était gravé dans la pierre.

Je tends l’oreille, et le souffle léger de ta respiration fait frémir tes lèvres charnues. Enfant bienheureux de l’amour. Je sens l’agitation qui gagne ton petit corps frêle. Il me tarde de te serrer contre moi. Bientôt tu gémiras, excité par la faim qui vient réclamer son dû. Et Gomer t’abreuvera de son lait généreux et doux. Reste encore une seconde ensommeillé, veux-tu ? Seconde d’éternité durant laquelle plus rien ne peut m’atteindre. Tu es le fruit béni de notre amour. Et je t’appelle à la vie, Yzréel. »

Publié dans Méditations

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