Le roi s'amuse

Publié le par Christophe Delaigue

http://www.artistikrezo.com/images/stories/redac2/Festival_des_Fetes_nocturnes_-_Grignan.jpgQue Guillon et Porte soient renvoyés parce que leur humour dérange en haut lieu, voilà qui n'est pas sans rappeler certaines périodes de l'histoire où la censure interdisait certaines pièces de théâtre pour causes d'allusions politiques. Ainsi fut-ce la cas en 1882 avec Le roi s'amuse de Victor Hugo qui pourtant a pour cadre non pas le XIXème siècle finissant - ni même le XXIème commençant - mais la cour du roi François 1er. Pièce immorale ou politiquement incorrecte car elle visait le roi ? Elle fut interdite car le gouvernement de Charles X - une bourgeoisie fraîchement installée au pouvoir - se sentait attaqué.

Le roi s'amuse... Le roi couche... Le roi danse... Et pendant ce temps là, le peuple attend sans doute, en tout cas il paye les frais de la vie débauchée de la cour...

Pour distraire son monde, le roi s'amuse de son bouffon. Est-il conseiller ou simple valet fou, il n'en demeure pas moins que le roi le fait son proche, parfois son confident, mais en n'oubliant pas de le laisser à sa triste place.

L'homme, difforme, cache un secret ; qu'il a, sans le savoir, en commun avec son roi... Le quiproquo sera grandiose mais les conséquences terribles. Car c'est bien un drame et non une comédie que nous livre Victor Hugo !

Aux fêtes noctures du château de Grigan, le roi et son bouffon deviennent maîtres des lieux, dans une scénographie un peu décapante, entre classicisme et exhubérance, dans une sorte de "baroque" érotisé. La musique, qu'elle soit techno ou classique remixée - parfois un peu trop tamisée pour ne pas nous faire fuir -, nous fait entrer dans cet univers débauché ou l'on ne sait plus trop qui est le fou, du roi ou de son bouffon. Ce dernier, joué à merveille par un Denis Lavant au corps acrobate et à la folie terrifiante, affronte un Florent Nicoud à l'aise dans son rôle de monarque avide de fête et de sexe. Entre eux, Linda Chaïb, belle et innocente, aimante et sacrifiée.

François Rancillac - actuel directeur du Théâtre de l'Aquarium, sur le site de la Cartoucherie de Vincennes - nous offre là une belle pièce, déroutante peut-être au premier abord, mais quasi envoutante ! A voir, au château de Grigan, en Drôme provençale, jusqu'au 21 août.

Publié dans Spectacles et expos