Martyrs et barbarie...

Publié le par Christophe Delaigue

Les attentats se multiplient en Irak... Une sorte de chaos dont on ne sait trop comment cela va évoluer... Dimanche ce sont plus d'une cinquantaine de chrétiens syro-catholiques qui ont trouvé la mort, dans leur église N.D. du Bon-Secours - irolie terrible que ce nom là - dont trois prêtres (deux avaient mon âge ; quel courage de s'engager aujourd'hui sur ce chemin là... !) ; une soixante de blessés graves sont aussi à compter pour ce même attentat...

Hier ce sont plusieurs bombes encore qui ont explosées faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés... Parmi eux, encore des chrétiens mais aussi des chiites...

Le risque est grand de céder à la panique et à la peur, même de loin, chez nous, et d'accuser l'Islam. Le risque existe et on finirait par le comprendre. Mais comme le disait avec force un Christian de Chergé, ne réduisons pas l'islam à l'islamisme, aussi puissant et aussi violent soit-il.

Certes, c'est facile à dire depuis ma vallée du Haut-Grésivaudan où nous ne sommes pas confrontés directement à ces questions là. Mais quand même. Nous sommes tous tentés de laisser la violence en nous prendre le dessus quand nous nous sentons menacés, attaqués, y compris pour des petites choses. Christian de Chergé avait compris que nous avons tous à nous laisser désarmer intérieurement si nous voulons que la paix grandisse, déjà en nous et du coup plus largement. Cela ne veut pas dire, évidemment, être naïf, et se laisser faire. Mais cela engage, je crois, à vouloir construire dans l'humble patience du quotidien des ponts, des lieux de rencontre et de dialogue. Et à prier ; réellement, avec force, foi et conviction ; en retroussant en même temps nos manches pour à notre mesure faire ce qui est en notre pouvoir pour nous prendre soin les uns des autres, sans barrières au nom de je ne sais quels intégrismes ou peurs du terrorisme.

Nous n'avons peut-être qu'une seule chose à vivre, nous ici, mais tellement engageante : vouloir regarder chacun avec un coeur aimant - c'est-à-dire qui croit que l'autre peut avancer et a quelque chose à apporter, quoi qu'il arrive - et prendre soin du mieux que nous pouvons, à notre petite mesure, de celui qui est là, quel qu'il soit, s'il a besoin d'une présence.

Quant à l'islam, gardons-nous, je crois, de généraliser et d'accuser trop vite les musulmans que nous croisons, même si la tentation est là. Essayons de nous comprendre, de nous connaître, déjà à notre petit niveau... Recherchons coûte que coûte à faire grandir sur nos lieux de vie un climat de paix ! N'alloins-nous pas fêter dans quelques semaines la naissance ou plutôt la venue du Prince de la Paix ? C'est ce que Christian de Chergé osait rappeler aux terroristes islamistes qui étaient rentrés de force dans son monastère de Tibhirine à Noël 1993.

Si nous n'arrivons pas à entrer dans cette confiance et cette espérance là, implorons le Christ qu'il envoie sur nous cet Esprit de paix et de patience dont il nous fait le don et dont nous avons - j'ai - tant besoin.

Publié dans Actualité

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