Nous aimer... Comme Il nous aime... !

Publié le par Christophe Delaigue

Dans l'évangile de ce dimanche, en Jn 13, Jésus dit à ses disciples qu'il va les quitter. Mais qu'il ne les abandonne pas. Et il leur donne ce commandement : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" ; ajoutant que c'est à l'amour qu'ils auront les uns les autres, à l'amour qu'ils vivront, que l'on reconnaîtra qu'ils sont bien ses disciples.

Cet amour vécu, incarné, enraciné en l'amour même de Jésus qui est là puisque ressuscité et puisqu'il nous donne son Esprit, sera lieu de sa présence avec nous et sera signe, témoignage, pour ceux qui nous entourent.

Aimer... Y arrivons-nous ? Regardons dans nos familles, nos villages et même nos communautés chrétiennes comme c'est parfois dificile...

 

Quelques mots de Jean Vanier pour nous aider à méditer :

"L'Evangile est si humain. Jésus sait que la rivalité a des racines très profondes dans le coeur humain. On veut tellement être aimé ou à défaut être admiré. On a tellement peur de ne pas compter pour les autres qu'on lutte pour s'affirmer, pour prouver qu'on est le meilleur ou pour prendre le pouvoir.

Vivre en communauté ou en famille, ce n'est pas facile ! C'est même parfois très difficile. Dès que les humains sont rassemblés, ils se mettent à lutter pour avoir la meilleure place ou pour avoir le pouvoir ; pas toujours pour l'exercer réellement mais souvent simplement pour être le plus en vue, pour montrer qu'ils savent mieux que les autres et qu'ils sont les plus forts.

Jésus nous appelle à vivre en communauté pour que nous ayons aussi cette expérience du conflit, que nous découvrions aussi qu'il y a des gens que nous aimons et d'autres que nous ne supportons pas, que nous prenions conscience de ce que cela provoque en nous. Chacun en effet réagit différemment : certains s'enferment dans la dépression, d'autres fuient dans les compensations, ou sont rongés par la jalousie ou bouleversés par la haine ou la colère...

C'est important que nous fassions cette expérience parce qu'alors nous comprendrons un peu mieux ce que Jésus demande à ses apôtres quand il leur dit : "Aimez-vous les uns les autres". Et nous, nous nous écrions : "Non ! Je ne peux pas aimer celui-ci ou celle-là !" Et Jésus dit encore : "Mais je vous le dis à vous qui m'écoutez : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent." (Lc 6,27.29)

Et il ajoute qu'il est facile d'aimer ceux qui nous aiment. C'est vrai, nous sommes tous attirés par les compliments, la bonne opinion que les autres ont de nous, par la flatterie même. Mais Jésus nous dit : "Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour."

Et l'ennemi n'est pas loin, ce n'est pas un étranger armé mais souvent quelqu'un de tout proche de moi : cette personne que je ne supporte pas dans ma communauté, dans ma famille, à mon travail, celle qui me met en danger parce qu'elle est trop différente et qu'elle m'empêche d'être moi, celle qui menace ma liberté, ma crétivité, ma joie de vivre par sa seule présence, celle qui provoque en moi de la colère ou de la dépression ou de l'agressivité. (...)

Il est normal que nous ayons des ennemis, c'est-à-dire des gens qui touchent notre vulnérabilité, qui éveillent nos mécanismes de défenses, cela fait partie de notre humanité. Et pourtant Jésus nous dit : "Aimez vos ennemis." (...)

Ce commandement est d'abord une promesse : "Avec moi, tu pourras aimer, jusqu'à aimer tes ennemis."

Nous devenons vraiment chrétiens quand nous découvrons que Dieu est le maître de l'impossible et que nous avons besoin de l'Esprit Saint pour faire ce que nous ne pouvons pas faire par nous-mêmes.

Tant que nous n'avons pas découvert que ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, nous ne sommes pas vraiment disciples de Jésus. La vie du disciple, c'est d'aller jusqu'au bout, jusqu'à ce que cela devienne impossible et de découvrir alors que Dieu peut rendre possible l'impossible.

Tant que nous croirons que nous pouvons vivre l'alliance que nous avons nouée, dans notre communauté ou dans notre famille, avec nos seules forces, nous ne serons pas encore vraiment dans l'alliance. Tant que nous croirons que l'alliance dépend de nos seuls choix (...) nous n'aurons pas découvert réellement ce qu'elle est. L'alliance est un don de Dieu. C'est lui qui me donne la force de la vivre au jour le jour et je reconnais que seul, je n'y arriverai pas. (...)

Il faut que je touche d'abord ma pauvreté en face du pauvre, pour découvrir que le changement vient de Dieu. Il faut que je constate que je suis incapable de vivre dans la paix avec les autres pour découvrir que le coeur de l'Evangile est le pardon et que la réponse de Dieu au conflit, à la guerre et à la désunion entre les hommes, c'est la réconciliation. (...)

Jésus, par le pardon, est venu nous libérer de la culpabilité et faire de nous des hommes et des femmes libres et vivants."

Jean Vanier, La source des larmes, Parole et Silence, 2001, pp.83-88.

Publié dans Méditations

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