Prêtres et LEMEs... acteurs de la mission

Publié le par Christophe Delaigue

Je rentre d'une journée de formation des LEMEs du diocèse (entendez : Laïcs en Mission Ecclésiale) sur la coresponsabilité dans l'Eglise au service de la même mission.

Je donnais cet après-midi mon témoignage, avec un autre prêtre et deux laïques, une en mission territoriale (sur une paroisse), l'autre en service diocésain (Pastorale des Jeunes).

Je vous livre tout simplement les quelques notes que j'avais jetées sur le papier. Elles ne sont ni exhaustives ni ce qu'il faut dire sur le sujet ; elles sont ce que j'ai essayé de partager... un peu en vrac peut-être...

 

Pour moi, cette "collaboration", cette "coresponsabilité", est une évidence. Je l'ai toujours connue ; je peux même dire que je suis presque tombé dedans quand j'étais petit, par mes parents et grâce à ce que nous vivions en Eglise au sein de la Zone Interdiocésaine de Vienne ! En tout cas, dans tout ce qui m'a été donné à vivre en cinq ans de ministère, elle est présente partout :

- l'aumônerie des jeunes (déjà quand j'y étais, ado, mais comme prêtre aussi)

- en aumônerie d'hôpitaux (pendant trois ans... C'est vrai que cette présence dans les équipes se perd en raison de la baisse du nombre de prêtres ; il y a là une vraie question pour notre Eglise : quelle présence de prêtres dans ce lieu là ans n'être qu'un distributeir de sacrements à la demande ? C'est le lieu où j'ai sans doute le plus appris ou le plus vécu cette réalité de coresponsabilité, pas seulement dans le faire mais dans l'être, dans le partage simple des repas, dans le partage de la Parole pour préparer les eucharisties hebdomadaires, dans le partage d'un même service de visite au malade, dans la célébration chaque vendredi, dans la formation aussi et dans les relectures...)

- dans les services diocésains (un peu à la Pastorale des Jeunes et notamment l'année dernière pour les Assises des Jeunes ; mais aussi au service de catéchèse avec l'équipe des "Temps de Catéchèse Communautaire articulé à l'Année Liturgique" ; également à la commission diocésaine à l'oecuménisme où je rentre sur la pointe des pieds. Une question d'ailleurs que je me suis posée : pourquoi faut-il, ou pas, un ou des prêtres dans les services diocésains ? Je pense spontanément qu'il en faut, en binome avec des responsables laïcs, mais pourquoi ? Ce serait à travailler, à réfléchir... Je laisse la question pour plus tard...)

- et en paroisse avec une LEME catéchèse pour le doyenné, notamment pour la catéchèse adultes, par le biais de la formation des catéchistes, des propositions aux parents pour la paroisse et les dimanches communautaires. Pour moi c'est indispensable ! Comme je l'avais dit à l'évêque ce n'est pas forcément d'un autre prêtre en tant que tel dont j'avais besoin sur la paroisse - même si pourquoi pas ! - mais de quelqu'un avec qui penser la pastorale, un vis-à-vis que l'équipe paroissiale ne peut pas forcément jouer, quelqu'un avec qui on ait le temps de se poser, de réflechir, de relire ce qui se vit, de coordoner les acteurs pastoraux de la paroisse - notamment sur cette question de l'annonce de la foi aujourd'hui -, de former les personnes, les motiver... Pas pour le faire à ma place mais ensemble, car c'est le centre de ce que nous avons à vivre aujourd'hui, le coeur de notre projet pastoral et que tout seul je ne peux pas porter tout cela.

 

J'ai une conviction : pour "travailler" ensemble, nous avons besoin de nous connaître. Et donc d'avoir des temps de formation et de relecture ensembles ; mais aussi de prendre le temps de partager nos questions, nos préaoccupations, ce que nous faisons, ce que nous vivons aussi...

 

Je fais cependant un constat : il y a une différence symbolique forte entre nos deux modes de présence pour la mission (il y a des mentalités à convertir, par exemple en catéchèse, où il faut que les personnes apprennent à se référer non pas au seul prêtre mais aussi et d'abord à la LEME qui est là en partie pour eux ; autre exemple quand j'étais en hôpitaux : mon positionnement n'était pas le même que des laïcs quand je visitais un patient qui venait d'arriver ; le prêtre, c'était moins "neutre" par rapport à son éventuelle fin de vie ou la gravité de ce qu'il avait à traverser ; il faut bien en tenir compte ; en plus, j'étais celui qui célébrait les sacrements au nom de ma mission, pas les laïcs ; ma "fonction" avait donc une portée "symbolique" différente).

Notre positionnement ecclésial est différent aussi, comme permanents d'Eglise, dans la mesure où je suis ordonné - c'est toute ma vie qui est ordonnée à la mission au nom de Jésus Christ et de l'Eglise - alors que des LEMEs sont envoyés en mission au nom d'une délégation (au sens fort d'une reconnaissance et d'un envoi) pour une mission précise (plus ou moins certes !) qui constitue une partie de leur vie (à côté de la famille et d'un autre boulot pour certains).

De plus, notre rapport au monde est différent. Je suis célibatiare, dans une vie "consacré" alors que les LEMEs non, en tout cas pour les consacrées elles sont bien souvent en communauté, pour la plupart. On ne sent ou ressent donc pas toujours les choses de la même façon. L'enjeu c'est de le vivre comme une richesse, une complémentarité. Il y a donc besoin de se donner les moyens de se connaître, de dialoguer, de partager nos points de vue. Sur un mode de complémentarité et non de concurrence. Sur un mode d'écoute et de compréhension et non pas de pouvoir et d'autorité. Nos fonctions et nos charismes sont différents mais au service de la même mission. Et donc les LEMEs ne sont pas là pour remplacer les prêtres que nous n'avons plus - même si ça a été peut-être un facteur déclenchant, puis une idéologie... ! Nous avons à porter ensemble la mission, avec ce que chacun est, au service d'une pastorale qui n'aura pas les mêmes accents, je crois, dans toutes les paroisses ou toutes les responsabilités : ça dépendra du charisme propre du LEME, de celui du prêtre ou des autres acteurs de la mission, des besoins aussi de la paroisse (pour un LEME territorial par exemple). Ce sera à définir ensemble, petit à petit, dans le dialogue et l'écoute des besoins.

 

Il y a encore la question de l'articulation des LEMEs - notamment rémunérés - avec les bénévoles - notamment de nos paroisses. Il ne s'agit pas de faire à la place des personnes - la mission concerne tout baptisé - mais avec eux. Il s'agit de les accompagner, les motiver, les écpiter, les former... Il y a donc une exigence de formation spirituelle, ecclésiale et théologique, une exigence aussi d'être "professionnel" - d'être crédible.

 

Ma conviction forte : on a besoin les uns des autres. Et nos paroisses ont besoins de LEME(s) sur le terrain !

Tout seul, pour porter et penser la mission aujourd'hui, personne ne peut grand chose.

 

Une question "reste" à se poser - elle l'a été par quelqu'un qui était là - : à quoi ça sert un prêtre ? C'est une bonne question ! J'ai répondu assez brièvement (les autres témoins aussi) : être ministre de communion pour la ou les communautés qui me sont confiées ; et pour elles "représenter" le Christ (c'est-à-dire le "rendre présent", rappeler que c'est lui qui guide son Eglise et donc qu'il nous faut nous mettre à son écoute, nous ouvrir à son Esprit, etc.).

C'est un peu rapide... Et ça ouvre une autre question : quels prêtres et plus largement quels acteurs de la mission pour quelles communautés ? Le modèle que nous avons en tête est celui des paroisses mais ne faut-il pas plutôt poser les choses par rapport à la question de savoir ce que sont aujourd'hui des "communautés"... ?

Publié dans Actualité

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