Prier pour l'unité des chrétiens ?

Publié le par Christophe Delaigue

Au coeur de la semaine annuelle de prière pour l'unité des chrétiens, quelques mots, ou plutôt une invitation à se redire le sens de cette prière annuelle et surtout les questions d'un enjeu toujours actuel d'une recherche de l'unité des chrétiens.

Qu'est-ce que cela évoque pour nous de prier - ou pas - pour l'unité des chrétiens ? Et quelle unité "rêverions"-nous, que dirait-elle de nous et de ceux vers qui il nous faut nous tourner pour entrer en dialogue ?

Pour aider chacun - ceux qui le souhaitent - à méditer,  ce texte de Frère Roger de Taizé que j'ai utilisé il y a quelques jours pour une animation pour les étudiants de l'aumôneire étudiante à Grenoble. Il nous redit les enjeux de l'oecuménisme, quelques impasses aussi.

Et puis ci-dessous je vous remets mon homélie de l'année dernière qui donnait quelques pistes aussi, à partir des textes du dimanche sur lesquels j'étais invité à prêcher... 

[Is 62,1-5 / Ps 95 (96) / 1Co 12,4-11 / Jn 2,1-11]

"Demain nous allons entrer dans la « Semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens ». Une semaine qui nous est offerte chaque année et qui a l’air d’être devenue comme une habitude, un peu routinière ; on n’y fait donc plus beaucoup attention. En plus, l’unité des chrétiens, soit ça nous paraît un beau rêve qui a l’air de plus en plus impossible, soit on ne voit pas bien pourquoi il faudrait que nous soyons unis – en gros, on est bien comme on est et on se fout un peu des autres… Alors, du coup, c’est vrai, pourquoi prier pour l’unité des chrétiens ?

Je suis un peu provocateur, je vous l’avoue. Mais quand j’entends le ton de la 1ère lecture et quand j’entends ce que nous a dit la 2ème lecture, alors je me laisse interpeller. Et je me laisse d’autant plus interpeller que je vois bien autour de moi que cette question de l’unité des chrétiens n’intéresse plus grand monde. La preuve, l’année dernière je me suis retrouvé tout seul pour préparer le temps de prière qui était proposé à Goncelin pour toute la paroisse ; nous ne sommes d'ailleurs jamais très nombreux à ces soirées de prière…

Dans la 1ère lecture, le prophète commence avec ces mots qui sont forts : « Pour la cause de Jérusalem, je ne me tairai pas, pour Sion je ne prendrai pas de repos, avant que sa justice ne se lève comme l’aurore et que son salut ne flamboie comme une torche. Les nations verront ta justice, tous les rois verront ta gloire ». Le prophète ne veut pas se taire car ce qu’il a à dire est important – comme moi aujourd’hui ! Et ce qu’il a à dire concerne la mission ou la raison d’être d’Israël, le peuple que Dieu s’est formé et choisi. Sa mission c’est d’être témoin auprès de toutes les nations de la présence de Dieu et de son existence. Israël est le peuple de Dieu ; et Jérusalem est plus que sa capitale, c’est la ville de Dieu, celle où se trouve le Temple qui est le lieu visible qui rappelle à tous la présence mystérieuse et invisible de Dieu. Et nos frères Juifs croient que lorsque le Messie sera là, alors toutes les nations afflueront vers Jérusalem. Il y aura alors une unité réconciliée de l’humanité.

Pourquoi est-ce que je vous dis cela… ? Tout simplement parce que nous chrétiens nous croyons que le Messie, le Christ, est venu, en la personne de Jésus. Et qu’en lui il n’y a plus de séparation entre les Juifs et les non-Juifs ; qu’en lui, le peuple de Dieu n’a plus de frontières : toutes les nations peuvent devenir une dans ce peuple. Et que ce peuple – que j’ose dire « nouveau » – doit témoigner en parole et actes de cette unité de l’humanité à laquelle Dieu nous convie, cette unité de l’humanité dans laquelle les barrières devraient tomber car nous sommes tous enfants d’un même Père, tout habités par un seul et même Esprit – c’est ce que St Paul nous a redit avec force dans la deuxième lecture…Nous croyons que le Messie n’apporte pas du tout-cuit mais au contraire qu’il vient nous rassembler pour qu’avec lui nous puissions travailler à cet avènement d’une unité de humanité. Et nous voyons bien qu’il y en a encore du travail !

Je suis personnellement persuadé que si nous nous ouvrions plus à sa présence et si nous lui demandions plus la force de son Esprit alors nous serions de meilleurs artisans d’une unité de l’humanité ; parce que nous serions sans doute beaucoup plus artisans de la paix, entre nous. Et c’est souvent que vous m’entendez dire que si nous laissions le Christ pacifier nos cœurs à chacun – pour cela il faut le lui demander – alors nous serions plus acteurs de paix autour de nous, dans nos villages, nos quartiers, nos familles et nos communautés chrétiennes, alors cette paix que nous voulons entre les peuples pourrait grandir un peu plus. J’en suis persuadé. C’est bien parce que nos cœurs à chacun seront unifiés, pacifiés, qu’une unité pourra grandir entre nous et bien au-delà de nous…

Une fois que j’ai dis cela, il nous faut bien voir qu’il y a aujourd’hui un problème : comment pouvons-nous vouloir témoigner d’une unité possible de l’humanité et vouloir y travailler à notre mesure alors que, nous chrétiens, nous sommes divisés ? C’est vrai que ce n’est pas de notre faute ; ce sont des fruits de l’histoire. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de facteurs socio-politiques qui ont joués… C’est vrai… Mais nous ne pouvons pas ne pas nous demander quand même comment avancer pour plus d’unité entre chrétiens. Déjà entre nous, dans une même communauté paroissiale, entre communautés d’une même paroisse, et entre paroisses – ça va mieux dans notre vallée, mais il y a encore du chemin à faire – ; déjà entre nous, donc, mais plus largement avec nos frères séparés…

Je crois qu’on ne peut pas aller trop vite vu que nous avons des siècles d’éloignement mutuel – et même des siècles de guerre, pour ce qui concerne l’Occident ; et donc que nous avons des habitudes et des pratiques qui sont finalement très éloignées. Aller trop vite ce serait gommer nos différences et donc ne pas prendre vraiment en compte l’identité profonde des uns et des autres. On a beaucoup avancé au cours du XXème siècle et on se connaît beaucoup mieux entre frères protestants, orthodoxes et catholiques. Il me semble qu’on commence à ne plus voir chez les autres que les clichés que nous en avions. Mais c’est finalement très récent – ça date du Concile… En même temps, je vois bien aussi qu’on est bien entre nous et que finalement ça ne nous fait pas grand-chose qu’on soit différents pourvu que chacun fasse son bout de chemin… Sauf qu’on est loin de pouvoir vivre vraiment unis… Et du coup on est loin de pouvoir témoigner en vérité du Christ qui veut rejoindre tous les hommes et qui dit dans l’évangile de Jean : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples »…

Je suis profondément heureux que grâce à nos frères protestants nous ayons redonné une vraie place à la Parole de Dieu dans notre vie ecclésiale et personnelle. Mais je ne peux pas me réjouir que ces mêmes frères ne comprennent pas ce trésor qu’est l’eucharistie que nous célébrons chaque dimanche, comme nos frères orthodoxes… Je vois qu’il y a donc et encore du chemin à parcourir… Je vois donc qu’il nous faut encore demander au Seigneur qu’il nous aide à avancer sur ce chemin de l’unité. Et donc qu’il me faut, qu’il nous faut le prier pour lui demander de nous éclairer et de nous guider. D’où l’importance de cette « Semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens ! » "

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