Prière et laïcité ?

Publié le par Christophe Delaigue

La "prière du 15 août" proposée par nos évêques en France fait polémique... A la radio, sur internet, même entre paroissiens... Si nos responsables voulaient un coup médiatique (certes au risque d'intrumentaliser ce qu'est la prière) alors c'est réussi ! On leur reproche d'occuper l'espace public et de dire ce qu'ils pensent de sujets politiques ? Mais ce sont finalement les médias qui font eux-même ce jeu là ! Ils n'auraient pas relayé, personne n'aurait su que ces mots étaient prononcés partout (ou presque) en France.

Cette prière suscite deux sortes de débats. Plus que la question de la défense de la famille contre le mariage homosexuel et l'adoption d'enfants par des couples homosexuels, c'est bien, plus fondamentalement, la question de ce qu'est une famille qui est posée. Il ne s'agit pas, en disant cela (je parle de ce que je suis en train d'écrire) de prendre position pour ou contre l'homosexualité, ni théologiquement ni politiquement ni idéologiquement, ni de prendre position pour une reconnaissance sociale d'un lien de type marital (si j'ose dire ainsi). Si l'Eglise (entendez nos responsables ecclésiaux et beaucoup de fidèles) défend une certaine "image" de la famille, cela ne doit pas nous faire oublier l'accueil de chacun, quel que soit sa situation de vie, ses choix de vie, son histoire, ses blessures ou ses convictions. C'est bien l'évangile qui me dit cela ! Pensez à Jésus et la femme adultère (en St Jean) ou Jésus et a femme pécheresse chez Simon le pharisien (en Luc) ou encore Jésus partageant son repas avec collecteurs d'impôts, prostituées et pécheurs. Défendre une "image" de la famille ce n'est pas oublier que toute personne a une dignité à reconnaître et à accompagner. Mais faut-il pour cela faire croire ou dire (je ne sais quels mots utiliser tellement ces sujets sont minés) que toutes situations se valent ? Je ne crois pas... Faut-il du coup légiférer dans ce sens là ? Je pose juste la question, à chacun d'y réfléchir et d'y répondre en conscience (comme le disait très bien cette prière).

Le deuxième débat que soulève cette prière est celui de la place de l'Eglise dans l'espace public et donc de la laïcité. Je me permets de rappeler (trop rapidement sans doute) que la loi de 1905 n'a pas pour but de museler et faire disparaître les religions de l'espace public et les empêcher d'avoir une opinion. La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat est censée permettre à chaque religion reconnue comme telle de pouvoir exister et d'exercer librement son culte. Dans le respect évidemment des autres religions, de la démocratie et de la République (tout cela est très mal dit mais je crois que vous me comprenez). L'Eglise ne doit-elle donc pas prendre la parole si elle croit devoir le faire ? Si on l'en empêchait, je crois que nous ne serions plus en démocratie ! Evidemment qu'elle n'a pas à imposer à tous et de façon dictatoriale ce qu'elle pense comme juste, mais elle a le droit de s'exprimer au même titre que toute autre organisation ou association ou religion ou parti politique ou média ! Et en plus, si elle veut être fidèle à son Maître et Seigneur, alors sans doute doit elle oser une parole, même inaudible peut-être, sur cetains sujets, si c'est en référence et en fidélité à l'Evangile. Jésus a dénoncé un certain nombre de situations qui n'allaient pas, y compris religieuses, qui ne respectaient ni la dignité de tout homme ni Dieu ; il lui en a coûté sa propre vie.

Cette "prière du 15 août" aura provoqué quelques violences verbales dans certaines communautés chrétiennes catholiques qui ne furent pas toutes très évangéliques et quelques prises de positions anti-ecclésiales dans l'espace public pas très respectueuses pour certaines du droit à la liberté d'opinion. C'est vraiment dommage que cette prière ait provoqué cela (fallait-il du coup oser ce coup là ?)... En tout cas, ceci nous montre une chose : les questions que peuvent soulever cette prière quant à la famille ou l'homosexualité sont vraiment importante et même cruciales car elles viennent toucher nos propres représentations de l'engagement, de la vie donnée, de l'amour et de l'accueil de l'autre. On a vite fait d'avoir des positions de principes, tranchées et jugeantes là où il faudrait du temps pour se rencontrer, dialoguer, comprendre les enjeux humains mais aussi sociétaux de telle ou telle prise de position.

Les débats ne vont pas manquer sans doute dans quelques mois quand ces questions seront travaillées au Parlement, comme celles d'ailleurs sur la fin de vie. J'espère juste qu'entre chrétiens nous oseront vivre tout cela de façon évangélique, c'est-à-dire en écoutant la Parole de Dieu, en portant tout cela et les personnes dans la prière, en dialoguant, en n'enfermant pas l'autre dans des jugements et en apprenant à aimer comme le Christ, c'est-à-dire avec un regard qui croit en l'autre, qui l'aime et qui veut faire avec lui un bout de chemin.

Publié dans Actualité

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