Qui a envie d'être aimé ?

Publié le par Christophe Delaigue

Il y un peu plus de deux ans sortait le livre de Thierry Bizot Catholique anonyme aux éditions du Seuil. Je le lisais avec intérêt, d'abord attiré par ce titre un peu étonnant pour un "roman" ou plutôt un "récit" grand public, puis pour le récit de conversion qu'il racontait et qui rejoint pour une part ce que nous essaoyons de vivre et de transmettre dans des propositions comme le parcours Alpha. Le livre avait un côté austère et, de ce fait, un peu difficile - même si ce terme est un peu exagéré.

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/82/59/32/19628449.jpgL'épouse de Thierry Bizot, Anne Giafferi, vient d'en faire un film qui vaut la peine, il me semble. Le titre a été changé, ce qui est bien mieux si l'on veut non seulement élargir le public et surtout si l'on veut honorer véritablement ce qui se joue dans le coeur et dans la vie du héros ; car était-t-il un catholique anonyme, je ne crois pas... Il n'était ni un catholique qui ne veut pas le dire ni un catholique sans le savoir. Il était homme, vivant sa vie sans trop se poser de questions - visiblement - mais découvrant par ces rencontres de catéchèse où il s'est rendu tout un tas de questions intérieures sur lui-même, sur le sens de la vie, sur Dieu...

Le nouveau titre - ou plutôt le titre du film - sonne étrangement. Car qui n'aurait pas envie d'être aimé et d'aimer ? Si la première soirée de catéchèse à laquelle s'est rendu Thierry Bizot - Antoine dans le film (Eric Caravaca) - a bien commencé par cette question alors elle était piégeante, je trouve, pour les participants ; surtout si chacun fut obligé de répondre comme a l'air de le dire le film - le livre, je ne sais plus, il ne m'a pas laissé de souvenirs impérissables... !

Je me suis demandé après la lecture du récit de Thierry Bizot à quel "parcours" il avait été invité à l'époque... Depuis, grâce aux interviews liées à la sortie du film, j'ai découvert qu'il a participé à l'époque aux catéchèses du Chemin Néo-catéchuménal, mouvement que j'ai rencontré l'année dernière, une semaine en Israël, à la demande de mon évêque. J'en découvre par ce film le côté austère de leur proposition, en tout cas dans sa mise en oeuvre : lieu un peu sordide, trois prêtres tout en noir qui ont, certes, de la prestance - en tout cas pour celui qui dirige les soirées de catéchèse - mais qui ne sont pas spécialement attirants dans leur humanité relationnelle... ! Quoi qu'il en soit, et malgré les réserves qu'inspirent ce mouvement du Chemin Néo-catéchuménal, la "grâce" fait son effet... Et nous voilà dans ce film comme dans le livre témoins d'une conversion ou plus exactement d'une révélation progressive dans le coeur de Thierre Bizot - Antoine. Il ne va pas en sortir indemne, touché véritablement - ce qui n'est pas le cas de tous les participants et ce qui est, de ce fait, plutôt rassurant : ce n'est pas une secte qui endoctrine et manipule, moins en tout cas que ce que semblent dire un certain nombre d'opposants au Chemin Néo-catéchuménal. Thierry Bizot est-il d'ailleurs entré dans la communauté du Chemin, je ne le crois pas, en tout cas il ne le dit jamais dans les interviews que j'ai lues.

Le livre était austère et quelque peu longuet ; le film est drôle, dans la confrontation d'Antoine avec ses frère  (Benjamin Biolay) et soeur (Valérie Bonneton) - elle, surtout, complètement caricaturée. La relation avec Claire (Arly Jover) - la femme d'Antoine - est touchante, bouleversante, dans tout ce qui en est bousculé pour eux. On la comprend, dans ses doutes et ses questionnements quant à son mari qui change, qui devient songeur, qui n'est plus le même... Est-il amoureux ? D'une autre femme, non ; mais comme St Paul il est saisi par le Christ, par cet amour d'un autre ordre qui l'attire, le bouscule, l'interroge, le fascine...

Ce film n'est sans doute pas du grand cinéma qui marquera durablement les esprits, mais il est une belle réalisation qui permet de plus de partager au grand public ce qui peut se produire quand Dieu prend sens dans votre vie - c'est suffisamment rare dans notre France laïque pour ne pas le souligner. Thierry Bizot n'avait pas spontanément le profil du chercheur de sens ; mais le voilà remué et quasiment re-né, dans cette foi qui germe et grandit en lui. Quand nous proposons en paroisse le parcours Alpha ce n'est pas autre chose que nous voulons permettre : offrir à des personnes qui ne sont pas chrétiennes de pouvoir éventuellement se laisser rejoindre et pourquoi pas découvrir ce qui nous fait vivre et qui oriente - donne sens - à notre vie...

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Publié dans Cinéma