Souffrance et résurrection

Publié le par Christophe Delaigue

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Ce matin, rencontre des équipes funérailles ; nous poursuivons notre lecture du livre de Michel Rondet Appelés à la résurrection (chez Bayard) ; et nous nous interrogeons sur la compassion : souffrir avec ? aimer avec  ? Il me semble que les deux propositions sont justes et s'appellent l'une l'autre.

Vivre la résurrection, être acteurs de résurrection, c'est être témoins de cette espérance qui nous habite, de façon concrète, pour ceux qui ont besoin d'être relevés, remis en route, réveillés à une confiance en la vie, malgré et au coeur de ce qu'ils traversent. Il s'agit d'aimer l'autre qui souffre ; être là avec ce que nous sommes et ce que nous pouvons lui offrir d'une présence aimante. Sa souffrance n'est pas partageable mais il nous arrive de souffrir avec car sa souffrance peut nous bousculer, nous toucher, et réveiller nos propres chemins blessés.

La Passion du Christ est un chemin de souffrance mais d'abord un chemin d'amour jusqu'au bout qui l'a conduit à traverser lui aussi la souffrance. Celle-ci n'est pas à rechercher pour soi, comme un chemin de salut, comme s'il fallait souffrir pour avoir par à la résurrection. Non ; l'évangile nous appelle à aimer, pas à souffrir !

Sauf que ce matin, à l'eucharistie, en cette fête de martyrs (Charles Lwanga et ses compagnons, martyrs d'Ougandada, fêtés en ce jour par toute l'Eglise), le verset d'évangile disait : "Le Christ devait souffrir et ressusciter d'entre les morts pour entrer dans sa gloire"... Voilà qui rejoint ce petit verset de l'évangile de Luc, au chapitre 24, quand le Christ ouvre les Ecritures et explique aux pèlerins d'Emmaüs tout ce qui le concernant : "Ne fallait-il pas que le Christ souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ?"

Souvent nous entendons dans ces mots uen sorte de justification de la souffrance : "Parce que tu souffres, tu vivras ! Offre tes souffrances au Christ !" Avec ce risque de croire que Dieu nous enverrait des épreuves et qu'il nous faudrait tenir bon... et offrir... ! Non ! "Aime et tu vivras" comme le Christ !

Certes, je crois pourtant qu'il fallait que le Christ souffre, c'est-à-dire que cela ne pouvait pas être autrement. Pour deux raisons. Le première c'est que son message d'amour est tellement radical qu'il entraîne le refus de beaucoup et donc de la haine et donc de la violence - pour le faire taire. Et puis, deuxième raison : si Jésus, Fils de Dieu, est bien homme -alors même qu'il est vraiment Dieu - alors il devait souffrir, ça ne peut pas être autrement, car la souffrance fait partie de notre condition humaine. S'il n'avait pas enduré lui aussi la souffrance et l'abandon, alors c'est qu'il faisait semblant. Le non-sens du mal fait partie de notre vie. S'il vient nous rejoindre au plus profond de notre condition humaine, il ne pouvait pas ne pas souffrir. Mais il n'a pas cherché la souffrance pour elle-même ; il l'a subie. Par contre, oui, il a décidé, librement, d'aller jusqu'au bout, quoi qu'il arrive. En fidélité à Dieu, à son message et, du coup, à ceux à qui il destinait ce message de vie et d'amour. Cela l'a entraîné à la mort, d'où il est ressuscité (s'il n'a pas sauvé sa peau en évitant la souffrance, Dieu notre Père l'a sauvé ouvrant pour nous un passage, nous qui souffrons et qui allons mourir aussi).

Je ne peux pas ne pas penser aux moines de Tibhirine. Eux aussi, comme le Christ et à sa suite ont aimé jusqu'au bout. Ils n'ont pas voulu mourir ; ils n'ont pas souhaité le martyre. Ils ont choisi, petit à petit, dans le dialogue et la prière, de rester fidèles à leur vocation d'être signes de l'Evangile en tere d'Islam, et de rester aux côtés de ces musulmans innocents qui n'avaient pas d'autre choix que de vivre au milieu de cette guerre. Ils sont restés par amour, au nom du hrist et de l'évangile. Ce choix libre, difficile, les a conduit au martyre et à la mort. Mais ils ne le désiraient pas en tant que tel. En témoigne le très beau testament spirituel de Frère Christian, "Quand un a-Dieu s'envisage"...

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