Un roman français

Publié le par Christophe Delaigue

Le nom de Beigbeder ne m'inspire pas forcément une confiance littéraire spontanée. C'est bête, parce qu'à vrai dire je n'avais jamais rien lu de lui !
Par contre, j'avais été voir au cinéma l'adaptation de son roman 99 francs. Je n'avais pas beaucoup aimé, retenant de Frédéric Beigbeder son côté cynique-déjanté-irritant.
Pour moi la lecture comme le cinéma étant pour le plaisir, à quoi bon se faire du mal en s'obligeant à lire un auteur qui ne vous inspire pas confiance... ?

Mais voilà... Le prix Renaudot 2009 lui est attribué. De quoi me faire réfléchir... Et surtout, mon ami Jérôme - qui est une référence culturelle pour moi et dont je peux suivre assez aveuglément ses conseils - me dit de lire ce dernier roman de Frédéric Beigbeder intitulé Un roman français.
Que faire... ?
Faire confiance !

Je l'avoue, je ne suis pas déçu ! C'est un beau roman - qui tire plus sur l'autobiographique, disent les critiques, donc sur le récit, que sur le romanesque.
Frédéric Beigbeder se retrouve en garde à vue et du fond de sa cellule infâme se remémore son histoire, toute cette part de lui-même qu'il avait enfouie et qui "renaît" à lui.
Ainsi l'écriture devient le lieu de la mémoire. Et même l'avènement de la mémoire. Une mémoire vivante.
Ce n'est pas sans me rappeler ce qui se passe pour la Parole mise par écrit par les communautés des derniers Apôtres de Jésus : la mise par écrit pour que la mémoire soit transmise et qu'elle reste et devienne pour les générations futures une mémoire vive, une mémoire vivante.
Je ferme la paranthèse - un peu déplacée, mais pas tant que cela car le roman de Beigbeder est plein d'allusions à ce monde catholique dans lequel il fut élevé.
Ce "roman français" est une belle relecture d'une vie à la fois banale et unique, celle d'un petit garçon sans problèmes  - apparemment - qui vit dans l'ombre de son grand frère qui réussit tout, au coeur d'un foyer très tôt marqué par le divorce des parents qui mentent longtemps à ce sujet là - pour épargner leurs garçons...
Il y en a qui disent qu'un divorce n'affecte pas tant que cela les enfants et leur maturation psychologique... Ce récit affirme le contraire... Et l'auteur se rend bien compte qu'il a lui-même reproduit cette situation qui pourtant ne l'a pas vraiment aidé à grandir de façon équilibrée...
Un roman français réinterroge notre histoire à chacun, les liens à nos parents mais aussi à la fratrie, ce qui nous a façonnés chacun mais aussi ce que peut-être nous avons voulu oublier et qui, pourtant, est bien là, tapi en chacun de nous...

Je ne sais pas si je lirai d'autres Beigbeder ; par conte celui-là, vraiment, je le recommande. A la fois émouvant et parfois irritant voire cynique, et même si certaines envolées litéraires sont un peu faciles et font sourire - un auteur, disent certaines critiques, ne se refait pas comme cela ! - c'est un bon moment à passer. On aurait tord de s'en priver !

Frédéric Beigbeder
Un roman français
Grasset, août 2009, 282 pages

Extrait : link

Publié dans Romans et récits

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