Une étoile qui file dans la nuit...

Publié le par Christophe Delaigue

La nuit était belle ; froide, mais claire – et donc étoilée… La vallée, paisible comme un soir d’hiver qui sent la neige toute proche, n’était pourtant pas déserte. Bien sûr il y avait l’activité habituelle d’une fin de semaine, avec son lot de voitures qui rentrent du travail et qui s’apprêtent à entrer en week-end ; mais ce soir là, quelque chose de nouveau, de différent…

Au cœur de la nuit, les cloches de La Buissière qui se mettent à carillonner. Et surtout, une foule de jeunes avec quelques adultes qui entament une marche sous le ciel étoilé… Ils sont une centaine, dont 80 jeunes, à troubler calmement le silence de la nuit, en chantant et en riant.

« Et il marche… Et il marche… tout ce peuple, tout mon peuple… »

Qu’est-ce qui les fait marcher ?

La joie de Noël, et la joie d’être réunis. La joie aussi, de porter ensemble un projet commun, du moins d’y apporter leur pierre… Au sens propre comme au sens figuré : car nos jeunes ont payé leur participation à cette marche – les adultes aussi – et surtout ils ont vendu les kilomètres qu’ils vont parcourir jusqu’au Cheylas puis Goncelin, au profit de la construction du tout prochain foyer de l’Arche de Jean Vanier qui ouvrira ses portes à Grenoble en mai ou juin prochain.

Dans l’église de La Buissière ils ont chanté, notamment grâce à Paul et Manu, deux jeunes qui sont investis dans ce projet d’un foyer grenoblois et qui ont organisé il y a deux mois le « Katimavic » où Jean Vanier est venu rencontrer une centaine de jeunes dont une petite moitié étaient handicapés – Paul et Manu sont venus parler du projet et raconter cette expérience.

Et puis, nos jeunes d’aumôneries ont entendu des jeunes handicapés des foyers de Myans et de La Ravoire raconter ce qui fait leur quotidien dans ces maisons communautaires. C’est toujours émouvant d’entendre que la joie simple de vivre ensemble rend heureux, dans les petites choses du quotidien et dans le temps passé à les faire main dans la main. D’ailleurs, nos jeunes, où l’entendent-ils cela quand ce n’est pas forcément vécu dans leur famille, soit parce qu’elles sont divisées, éclatées, soit parce que tout le monde court après le temps et qu’on ne se rencontre plus beaucoup ?

 

En plus, il y a un enjeu aujourd’hui à rencontrer des personnes porteuses d’un handicap. Car nous sommes dans une société soit qui les fait mourir avant même leur naissance, soit qui les cache ; avec tout le problème des aides sociales qui ne permettent pas forcément aux familles de leur préparer un avenir décent quand leurs parents ne pourront plus s’en occuper…

Rencontrer une personne handicapée c’est être renvoyé à sa propre vulnérabilité ; c’est être obligé de faire tomber les masques si on veut établir une relation. C’est finalement se dévoiler à soi-même et donc, du coup, s’autoriser à vivre tel que l’on est, avec sa part de faiblesse, avec ses limites, avec ses blessures ; toute cette part de nous-mêmes qu’il faut cacher aux autres et à soi pour prouver qu’on peut être le meilleur, pour paraître « normal », pour être utile et rentable à la société ! … Mais quel mensonge !

S’autoriser à être vraiment soi-même c’est se découvrir vulnérable donc dépendant de l’autre qui lui aussi à besoin de moi ; c’est découvrir que l’autre me fait confiance et m’aime comme je suis, malgré mes blessures ou mes limites qui parfois me font douter de moi-même et de la beauté de la vie…

 

Je suis sûr que ce soir là Dieu avait le sourire en regardant tous ces jeunes marcher ensemble pour un si beau projet si important pour cette société où règne cette « tyrannie de la normalité » qu’il faut oser dénoncer, comme le dit si bien Jean Vanier.

D’ailleurs ils sont nombreux les jeunes à l’avoir vue cette belle étoile filante qui traversa le ciel comme pour leur indiquer la route à suivre !

Oui, Dieu avait le sourire… ! Et la joie au cœur faisait du bien ; comme une lumière dans la nuit. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce que nous allons fêter à Noël ?

 

[Merci à Manu pour son petit article sur son blog ! link]
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