Croire en qui, en quoi, comment ?

Publié le par Christophe Delaigue

Que croire ? Qui croire ? Comment croire ?

1er « dimanche de la foi » 2012-2013

10 et 11 novembre 2012 à Goncelin et Pontcharra

Je n’ai pas la prétention de vous faire un grand discours sur ce que c’est que croire, je ne suis pas sûr de savoir faire les grands discours, mais j’ai tout simplement ou plus simplement envie de vous partager ce que ce mot « croire » évoque pour moi et comment ça peut nous éclairer sur ce que ça veut dire être chrétien. Je n’ai pas non plus la prétention de tout vous dire sur ce thème là ; ce ne seront que des « bribes » ou des éléments pour nourrir notre partage et notre réflexion. Je vous partage ce qui m’est venu… Tout simplement…

Si je pense au mot « « croire, j’ai deux choses qui me viennent spontanément :

- si je pense au mot « croire » à propos de la foi, il me semble que ce qui vient d’abord c’est croire comme croire des choses, des choses sur Dieu, sur Jésus, sur la foi ; une question de connaissance(s) ;

- par contre si je pense à notre vie humaine, croire en quelqu’un, alors je ne pense pas d’abord à des choses ou en des idées ou des vérités à découvrir ou à apprendre ou à transmettre, mais je pense à quelque chose de l’ordre de la confiance ; croire en quelqu’un c’est lui faire confiance ; mais c’est aussi avoir de l’admiration pour lui, il me semble, c’est le reconnaître pour ce qu’il est et c’est le reconnaître pour ce qu’il est capable de faire ou ce que nous le croyons capable de faire. Vous connaissez tous cette façon de dire : « Je crois en toi, tu peux le faire »…

Si je transpose ces façons de penser le mot « croire » à la foi et à Dieu, on voit que Dieu est soit du côté des idées et des choses à savoir, soit du côté de la relation, quelqu’un en qui avoir confiance. Mais ça n’est pas forcément exclusif ou excluant l’un de l’autre, c’est complémentaire. Par contre Dieu est-il une idée ou une hypothèse, est-il un ensemble de connaissances plus ou moins abstraites, ou alors est-il plutôt de l’ordre de quelqu’un avec qui entrer en relation ? C’est bien ça l’enjeu, pour moi, de la question de savoir ce que ça veut dire « croire »…

Si je crois que Dieu n’est pas qu’une idée mais quelqu’un, alors ça change les choses. Il s’agit, pour reprendre ce que j’ai dit juste avant, d’entrer dans une relation de confiance – on pourra se demander pourquoi et pour quoi, en deux mots, il faudrait ou on pourrait lui faire confiance – et il s’agit aussi d’être dans la reconnaissance – l’admiration – de ce qu’il est et de ce qu’il peut apporter. Mon fameux : « je crois en toi, tu peux le faire » dont je parlais il y a quelques instants.

Je continue d’avancer à petit pas. Si Dieu est quelqu’un, croire au sens de faire confiance ça n’exclut pas de croire au sens de croire des choses ou des idées ou des vérités ou d’avoir des connaissances. Pour avoir confiance en quelqu’un, il faut que je le connaisse, il faut qu’on m’ait parlé de lui, il faut que je sache qui il est ou ce qu’il peut m’apporter. Et c’est là que nous avons bien des choses à découvrir, à entendre, à recevoir et à transmettre ensuite à notre tour. Parce que c’est une vraie question de savoir qui est Dieu. Parce que je vous le rappelle, « Dieu, nul ne l’a jamais vu », comme dit St Jean dans une de ses lettres. Parce que je sais un peu qui il est, alors je vais croire en lui, avoir confiance en lui ; et parce que je pressens quelque chose de lui et que je veux bien mettre ma confiance en lui, alors je vais avoir envie d’en savoir plus sur lui…

Comment savoir qui est Dieu si ce n’est en se mettant à l’écoute de ce que d’autres avant nous en ont dit ? C’est là l’enjeu des témoignages, mais aussi de la catéchèse, au sens large. Pas seulement la catéchèse pour les enfants, mais la catéchèse au sens étymologique du mot : laisser résonner la Parole, la Parole de Dieu contenue dans les Ecritures, dans la Bible, et qui est le récit, la mise en mots du témoignage et du questionnement de celles et ceux qui ont cherché qui était Dieu, qui était celui qu’ils avaient pressentis, celui dont ils racontent qu’ils en ont fait l’expérience, celui qu’ils ont découvert comme étant quelqu’un qui est là.

En vous disant cela, je pense au texte de l’appel d’Abraham, au chapitre 12 de la Genèse. Abraham fait l’expérience qu’un dieu – parmi plein d’autres divinités de l’époque – qu’un dieu l’appelle à le suivre, et à la suivre de façon radicale : « Va, [va vers toi,] quitte ton pays, ta famille et va vers le pays que je t’indiquerai ; je ferai de toi une grande nation, je te bénirai (…) et tu deviendras une bénédiction ; (…) en toi seront bénies toutes les familles de la terre »… Que s’est-il passé, qu’est-ce que Abraham a vu ou pressenti en lui, on ne sait pas ; mais il y a eu quelque chose, il a mis sa confiance dans cet appel et il y va. Et c’est le début de l’histoire du peuple d’Israël, ce peuple qui va apprendre à découvrir qui est ce dieu qui l’appelle, découvrir petit à petit que ce dieu est l’unique, qu’il n’y en a pas d’autres, que ce Dieu a besoin du peuple pour être témoin de son existence et de sa présence au milieu des nations, etc. jusqu’à Jésus.

Abraham – et le peuple d’Israël après lui – met sa confiance en Dieu. Il ne sait encore rien de Dieu. Mais petit à petit il va comprendre des choses sur Dieu et de Dieu, et petit à petit il va les mettre par écrit pour les transmettre et pour que le peuple n’oublie pas qui est son Dieu, que le peuple puisse en témoigner, en parler, et se rappeler son histoire avec Dieu. C’est là qu’on va se mettre à transmettre des choses sur Dieu, ce qu’on appelle la foi au sens d’une doctrine.

Pour connaître, nous sommes donc invités à nous mettre à l’écoute de ces textes où Dieu se donne à découvrir et où nous découvrons en même temps comment apprendre à croire en sa présence et en son projet pour nous. Mais connaître ce n’est pas seulement savoir des choses. Pour se connaître, nous le savons bien, il faut s’écouter, il faut passer du temps ensemble, il faut partager ce qui fait nos vies, nos joies, comme nos questions ou nos révoltes ou nos doutes. Et la 1ère chose qui me vient en disant cela, c’est la prière. Si je crois que Dieu est quelqu’un, si je crois qu’il peut être là à mes côtés, alors je peux lui dire ce que je vis, qui je suis, quelles sont mes aspirations au bonheur ou mes désespérances. La prière… Ce sera le thème du prochain dimanche communautaire, en janvier.

Et si Dieu est quelqu’un, si je peux lui dire ce que je porte, peut-être que lui a aussi des choses à me dire, à me souffler… C’est là que ça se complique pour nous. Ça veut dire qu’il faut se taire et écouter. Sauf qu’apparemment il ne se passe pas grand chose et qu’en plus, quand je demande quelque chose à Dieu, souvent, pour ne pas dire presque tout le temps, il ne me répond pas. En tout cas il ne répond pas forcément comme j’aurais cru ou comme j’aurais voulu… Est-ce que ça veut dire que Dieu s’en fout de ce que je lui partage ? Est-ce que ça veut dire, pire encore, qu’il n’existe pas ?

C’est là, je trouve, que se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu ça peut nous aider : à la fois pour entendre comment d’autres, avant nous, ont été confrontés aux mêmes questions – je pense par exemple à toutes ces pages de la Bible où le peuple d’Israël désespère, au désert par exemple, après la sortie d’Egypte, ou alors dans les récits des prophètes quand le peuple est en exil. Entendre ce que d’autres ont vécu et le chemin que ça leur a fait faire. Et en plus, laisser ces paroles entrer en résonnance avec mes propres questions. Et là, je le crois, il y a des choses qui vont se passer en moi, comme des intuitions ou des choses qui peuvent s’éclairer. Pas en un instant, pas de façon fulgurante ou extraordinaire, mais discrètement, avec le temps, dans le silence et l’écoute de mes bouillonnements intérieurs. Là, Dieu est peut-être en train de me parler, de me souffler des choses au creux de l’oreille (l’oreille du cœur).

Il n’y a pas que la prière pour grandir dans la connaissance et la confiance en Dieu. Il y a aussi ce que nous sommes les uns pour les autres, ce que nous allons pouvoir nous partager de ce que nous avons déjà compris de Dieu ou de ce que nous avons déjà pressenti de sa présence dans notre vie. Nous allons aussi pouvoir partager, peut-être, ce que nous avons l’impression que Dieu a pu nous souffler intérieurement, pour savoir si ça peut de fait venir de Dieu ou pas. Ça s’appelle le discernement. C’est ce soutien les uns des autres que j’appelle l’Eglise.

L’Eglise c’est cette communauté de ceux qui croient en Dieu et qui croient que Jésus nous révèle qui est Dieu et comment le suivre, c’est cette communauté où nous allons pouvoir nous soutenir et nous épauler pour avancer, pour nous écouter, pour prendre soin concrètement les uns des autres comme Dieu nous y invite et pour nous aider, en fait, à croire. La question c’est celle de savoir quels sont nos lieux pour nous retrouver. A la fois (1) pour partager, gratuitement, convivialement, fraternellement, mais aussi (2) pour nous mettre ensemble à l’écoute de la Parole et de ce que nous portons les uns les autres, et puis encore (3) pour prier ensemble, célébrer – ce sera le thème du 3ème dimanche communautaire, en avril. Il faudrait rajouter un 4ème élément : nous donner les moyens, à notre mesure évidemment, de vivre concrètement notre foi, en actes, à la fois dans la transmission de ce que nous avons reçu et compris, pour que d’autres puissent en vivre, et en même temps dans nos actions concrètes et « charitables » pour les autres – prendre soin de ceux qui en ont besoin, comme d’autres ont pu le faire pour nous et comme Dieu nous y invite, pour faire advenir ce Royaume qui nous est promis. Ça me fait penser au prophète Michée, au chapitre 6, verset 8 : « Ce que le Seigneur ton Dieu attend de toi, c’est de pratiquer la justice, d’aimer avec bonté [et bienveillance], et de marcher humblement avec ton Dieu »

L’annonce, donc, la transmission de ce que nous avons reçu, mais pas seulement ; cette dimension aussi de ce que j’appelle souvent la « prise en soin du monde » et des autres, au nom de ma foi – ce thème de la foi en actes, ce sera celui du 4ème et dernier « dimanche communautaire ». Cette question de la foi en actes, l’implication concrète de ce que ça veut dire « croire », dans nos actions de chaque jour, ça me fait penser – ce sera mon mot de la fin – à deux phrases qui ne sont pas dans la Bible mais qui j’ai entendues de deux témoins de la foi que j’ai eu la chance de rencontrer :

- Frère Roger de Taizé : « Le petit peu de la foi et de l'évangile que tu as compris, tu peux déjà en vivre »

- Jean Vanier, fondateur de l’Arche : « Jésus ne nous demande pas seulement de dire aux gens que Dieu les aime ; il nous appelle à les aimer concrètement, au nom de Dieu et de l’évangile »

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