De "la communauté pour moi" à "moi pour la communauté"

Publié le par Christophe Delaigue

De "la communauté pour moi" à "moi pour la communauté"

Ce mercredi soir 23 mars, veille du Jeudi saint, nous nous sommes retrouvés en communauté, à l'Arche de Jean Vanier de Grenoble, pour notre temps annuel de Lavement des pieds, geste qu'on peut dire fondateur du sens de ce que nous vivons à l'Arche.

Pour introduire ce geste vécu les uns pour les autres nous avons écouté ce texte de Jean Vanier tiré de son livre La communauté, lieu de la fête et du pardon (p. 62-63).

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Une communauté n'est vraiment un corps que quand la majorité des membres est en train de faire le passage de "la communauté pour moi" à "moi pour la communauté", c'est-à-dire que le coeur des chacun est en train de s'ouvrir à chaque membre, sans exclure personne. C'est le passage de l'égoïsme à l'amour, de la mort à la résurrection (...).

La communauté n'est pas cohabitation, ce n'est pas une caserne ou un hôtel. Elle n'est pas une équipe de travail et encore moins un nid de vipères ! C'est le lieu où chacun, ou plutôt la majorité (il faut être réaliste !), est en train d'émerger des ténèbres de l'égocentrisme à la lumière de l'amour véritable. L'amour n'est ni sentimentalisme ni émotion passagère. C'est la reconnaissance d'une alliance, d'une appartenance mutuelle. C'est écouter l'autre, être concerné par lui et se sentir en communion profonde avec lui. C'est voir sa beauté et la lui révéler. C'est répondre à son appel et à ses besoins les plus profonds. C'est compatir, souffrir avec lui, pleurer quand il pleure, se réjouir quand il se réjouit. Aimer c'est aussi être heureux quand il est là, triste quand il est absent ; c'est demeurer mutuellement l'un dans l'autre, prenant refuge l'un dans l'autre. (...)

Si l'amour c'est être tendu l'un vers l'autre, c'est aussi et surtout tendre tous les deux vers les mêmes réalités ; c'est espérer et vouloir les mêmes choses ; c'est communier à la même vision, au même idéal. Et par là, c'est vouloir que l'autre se réalise pleinement selon les voies de Dieu et au service des autres ; c'est vouloir qu'il soit fidèle à son appel, libre d'aimer dans toutes les dimensions de son être.

Nous avons là les deux pôles de la communauté : un sentiment d'appartenance l'un à l'autre mais aussi un désir que l'autre aille plus loin dans son don à Dieu et aux autres, qu'il soit plus lumineux, plus profondément dans la vérité et la paix.

Pour qu'un coeur fasse ce passage de l'égoïsme à l'amour, de "la communauté pour moi" à "moi pour la communauté", et la communauté pour Dieu et pour ceux qui sont dans le besoin, il faut du temps et de multiples purifications, des morts constantes pour des résurrections nouvelles. Pour aimer, il faut sans cesse mourir à ses idées, ses susceptibilités, ses conforts. Le chemin de l'amour est paré de sacrifices. Les racines de l'égoïsme sont profondes dans notre inconscient ; elles constituent souvent nos premières réactions de défense, d'agressivité, de recherche de plaisir personnel.

Aimer n'est pas seulement un acte volontaire par lequel on prend sur soi pour contrôler et dépasser sa sensibilité (c'est un début), mais une sensibilité et un cœur purifiés qui se portent spontanément vers l'autre. Et ces purifications profondes ne se réalisent que par un don de Dieu, une grâce j'aille du plus profond de nous-mêmes, là où réside l'Esprit. (...) Jésus nous a promis de nous envoyer l'Esprit Saint (...), pour nous communiquer cette énergie nouvelle, cette force, cette qualité du coeur qui font qu'on peut accueillir vraiment l'autre – même l'ennemi – tel qu'il est : supporter tout, croire tout' espérer tout. Apprendre à aimer demande toute une vie, car il faut que l'Esprit Saint pénètre tous les coins et recoins de notre être, toutes ces parties où il y a des oeurs, des craintes, des défenses, des jalousies.

(...)