De la vérité en politique

Publié le par Christophe Delaigue

De la vérité en politique

Comment oser associer ces deux mots : "vérité" et politique" ? En effet, à Gauche comme à Droite, ces mots ne semblent pas faire bon ménage et ils sont nombreux les Français à ne plus y croire à toutes ces histoires... Et on les comprend...

Et si "vérité" et "politique" pouvaient un jour retrouver chemin commun ? Et s'il nous fallait pour l'envisager oser par exemple sortir de ce bi-polarisme trompeur et mensonger ? Tel est le pari de celui qui apparaît un peu comme un ovni en politique, ces dernières années, traître pour les uns, idéaliste ou utopique pour les autres, quand on ne le trouve pas dépassé, démago ou complètement à côté de la plaque. Peut-être, après tout, même si ce n'est pas le but de mon propos que de porter ici un jugement... Mais peut-être pas non plus, je ne sais, bien que je ne crois guère en tout cas à ce qu'on pourrait appeler un "homme providentiel"... Il me semble que ça n'existe pas...

Ceci dit, hors de tout parti pris strictement politique ou politicard, ce livre a le mérite d'être stimulant pour la réflexion et pourquoi pas d'oser nous permettre d'y croire à ces histoires !

L'auteur nous partage dans ces pages son idéal de la démocratie et cette condition incontournable si nous voulons nous en sortir qu'est pour lui la question de la vérité : sortir des idéologies mensongères dont nous voyons bien qu'elles ne sont que de vaines promesses électoralistes, à Gauche comme à Droite (et peut-être même au Centre aussi, ce n'est pas à moi d'en juger). Il tente aussi de nous expliquer rapidement (car ce n'est pas le premier objet de son livre) ce choix spontanément incompréhensible qui fut le sien, il y a un an, de voter François Hollande au second tour des élections présidentielles, non par anti-sarkosisme primaire, essaye-t-il de nous faire comprendre, mais au nom d'une vision qu'il a d'un Centre vraiment libre (et du moins pire apparent ?)...

La question de fond est celle de savoir quelle démocratie nous voulons vivre et comment permettre au peuple que nous sommes de s'approprier le politique et ses décisions, et d'y croire à nouveau à ce truc là.

On pourra être d'accord ou ne pas être d'accord avec les analyses de François Bayrou, on pourra lire aussi des essais de réponse autres, qu'ils soient de Gauche ou de Droite, comme j'ai essayé de le faire au moment des élections il y a un an. Il n'en demeure pas moins que ce livre est intéressant et stimulant, je me permets donc de le recommander au-delà de toute idée partisane et politicarde pour les uns ou pour les autres, pour les uns contre les autres. Si LA solution existait ça se saurait ; encore faut-il décider pour de vrai de sortir des mensonges de chaque jour et oser envisager le réel en face, y compris en politique.

François Bayrou, De la vérité en politique, Plon, février 2013, 209 pages (14 euros).

Extrait (p.37-38) :

"La démocratie (...) suppose le peuple éclairé, au moins autant, et bien davantage sans doute que la monarchie suppose que soit éclairé le souverain.

Si le peuple est souverain, ce que proclament nos textes fondateurs, s'il doit décider de son destin, il faut qu'il soit traité comme le monarque en monarchie, comme le roi en son Conseil, lorsque les ministres sont décidés à le servir et à former son avis, lorsque tout le monde sait que le pays dépendra de son choix.

Si le ministre et le conseiller du prince lui dissimulent la réalité, ce sera une forfaiture et on leur coupera la tête. Le régime ne tient que parce qu'il n'est pas imaginable que l'on dissimule la réalité de la situation à celui qui va décider pour tous. On le nourrit donc de notes précises. On lui fournit les rapports des services de renseignements. On lui procure tous les éléments pour qu'il prépare son jugement.

C'est ainsi précisément qu'on devrait traiter le peuple des citoyens, proclamé souverain de son propre destin. L'essentiel de l'exercice démocratique devrait être consacré à éclairer le peuple souverain avant qu'il ne prenne sa décision.

Et voilà que c'est le contraire qui est devenu la règle. L'essentiel de l'exercice démocratique consiste désormais à hypnotiser le peuple, souverain qu'on veut plonger en dépendance, à l'hypnotiser par tous les moyens disponibles, par la séduction, le mensonge, la dissimulation, la manipulation ou l'excitation de ses passions primaires, pour qu'il appose, les yeux clos et noyés, sa signature sur le chèque en blanc que l'on attend de lui."

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