Dernières conversations - Benoît XVI

Publié le par Christophe Delaigue

Le 11 février 2013, le pape Benoît XVI annonçait sa renonciation à ses fonctions. C'est un événement sans précédent. Une réforme implicite de la papauté, du moins le premier acte d'une réforme de l'Eglise que le pape François après lui décide de mener. La possibilité d'une renonciation est mûrement réfléchie, on peut s'en douter, comme nous le partage et s'en explique Benoît XVI dans ces Dernières conversations. Cette possible renonciation il y avait d'ailleurs déjà fait allusion dans son précédent livre d'entretiens avec Peter Seewald, Lumière du monde (Bayard, 2010).

Ces Dernières conversations sont elles aussi, dans leur registre propre, une sorte d'événement : un pape revient sur ce qui a fait sa vie et notamment ses années de pontificat, et nous parle de son successeur, avec une certaine admiration d'ailleurs. C'est à la fois très simple, un témoignage, pas du tout théologique et professoral (rappelons-nous que Benoît XVI fut d'abord un enseignant et un théologien). C'est le fruit de rencontres avec Peter Seewald, là encore, pour ce qui était initialement un projet de biographie. On sent d'ailleurs que le journaliste connaît très bien son interlocuteur et les souvenirs auto-biographiques que celui-ci a écrit ainsi que ce qu'il a pu lire des uns et des autres sur ce pape dont il est incontestablement un admirateur (qui manque un peu, je trouve, de hauteur critique ou d'analyse). Il connaît si bien son homme et son histoire que souvent, d'ailleurs, on apprendrait plus de Benoît XVI dans les longues questions de Peter Seewald que dans les courtes et parfois lapidaires réponses du pape émérite.

Ce qui me touche dans ces pages c'est l'humilité, la simplicité et la sincérité des propos de Benoît XVI sur lui-même et ce qu'on a pu lui reprocher. Un homme simple, conscient de ses limites, visiblement rieur (pas moins d'une soixantaine de mentions de ce rire qui a visiblement caractérisé son attitude pendant ces entretiens, sans nier pour autant le caractère grave de certains propos sur certains événements ). C'est très touchant cette simplicité ressentie ou ainsi traduite. Outre l'intérêt de mieux comprendre ce pape en ses différentes phases de sa vie et notamment les années de guerre (son enfance), sa participation au concile Vatican II et ses huit années de pontificat.

On aurait pu espérer qu'il soit fait une plus grande part à une sorte de synthèse de la théologie et l'ecclesiologie ratzingueriennes, mais ce n'est finalement pas le propos, ce n'est visiblement pas cela que le pape Benoît XVI ou Peter Seewald choisissent de nous faire entendre dans ce qui paraît être une dernière prise de parole officielle, à en croire le titre de ce livre.

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Benoît XVI, Dernières conversations, avec Peter Seewald, Fayard, août 2016, 285 pages, 22€.

Publié dans Témoignages