Homélie dimanche 11 mai 2013

Publié le par Christophe Delaigue

7ème dimanche de Pâques / Année C

Mutzig (67)

Ac 7,55-60 / Ps 96 (97) / Ap 22,12-14.16-20 / Jn 17,20-26

Ce texte d’évangile est comme un résumé de tout ce que nous entendons depuis quelques semaines, comme un condensé du message que Jésus laisse à ses disciples dont la liturgie veut que nous nous imprégnions en ce temps pascal.

Jésus prie. C’est émouvant, je trouve, d’entrer dans sa prière… Nous sommes dans cette grande prière qui précède la passion et la mort de Jésus. C’est un peu son testament spirituel. Et là il prie pour ses disciples mais plus largement aussi pour tous ceux qui le deviendront grâce au témoignage des disciples. Il prie donc pour nous aussi.

Je vous rappelle qu’à l’Ascension nous avons entendu cette phrase forte de Jésus – une autre de ses dernières paroles, mais celle-ci après la résurrection – : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint. Alors vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre »… C’est l’Esprit Saint qui va nous faire passer du statut de disciple – celui qui écoute et suit son maître – à celui de témoin – celui qui ose dire et raconter ce qu’il a vu et entendu.

Jésus prie donc pour ses disciples qui vont devenir témoins et il prie pour nous, devenus disciples nous aussi, appelés à devenir toujours plus et à notre mesure des témoins en actes de la présence du Christ au monde… Et que dit Jésus dans sa prière ? Il nous apprend d’abord qu’être disciple c’est accueillir la Parole – donc se mettre à son écoute et la mettre en pratique – l’accueillir telle qu’elle est, même si parfois elle dérange – c’est ce que nous a rappelé la fin de la 2ème lecture que vous irez relire calmement, ça vaut le coup – accueillir la Parole, donc, et croire en Jésus.

Jésus prie ensuite pour l’unité de ses disciples et ceux qui le deviendront ; il prie donc pour notre unité – entre nous, dans une même paroisse, et plus largement dans l’Eglise (la 2ème lecture parle des Eglises ; car l'Eglise est communion d'Eglises, de communautés). Jésus prie pour que nous soyons unis mais unis comme le Père et le Fils sont unis. C’est-à-dire non pas dans une uniformité – tout le monde pareil dans un même moule catholique romain – mais dans une complémentarité des personnes et des charismes propres ; ou, pour le dire autrement, dans ce que Jean-Paul II appelait « un échange de dons ». Une unité qui soit ouverte à ce que chacun peut apporter. C’est valable sans doute entre les différentes Eglises mais c’est déjà à vivre entre nous et même entre nos clochers dans un même ensemble paroissial. Nous sommes appelés à nous regarder comme complémentaires et donc à être en attente de ce que l’autre peut m’apporter. Si on le vivait vraiment, je suis sûr que ça changerait plein de choses…

Alors comment y arriver ? En cherchant un mode d’unité comme celui du Père et du Fils. Or qu’est-ce qui fait l’unité entre le Père et le Fils, c’est l’Esprit Saint. C’est lui qui est leur lien, c’est lui qui les unit. C’est lui seul qui nous fera avancer ensemble, les uns avec les autres, en étant, j’ai envie de dire, « connectés » à ce que Dieu veut pour nous. Il nous fera avancer ensemble parce qu’il est Esprit d’amour, de paix, de joie et de patience… Mais est-ce que nous voulons recevoir cet Esprit Saint dans notre vie ? Est-ce que nous sommes prêts à reconnaître que, tout seul, nos forces ne suffisent pas, bien souvent, à construire l’unité et à prendre soin de ce monde ? Est-ce que nous croyons ce que Jésus a dit à ses disciples à l’Ascension et donc qu’il nous dit à nous encore aujourd’hui : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint. Alors vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre » ?

Notre unité sera et fera notre témoignage devant le monde et pour les hommes. C’est Jésus qui le dit ! Il y a donc un enjeu. Rappelez-vous d’ailleurs ce qu’on a entendu il y a 15 jours : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés… Demeurez dans mon amour… C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples ». Qu’est-ce que nous en faisons ?

J’ai besoin de l’Esprit Saint, le Souffle de Dieu, son Souffle de vie et d’amour pour y arriver… Pour moi c’est une certitude… Il y a donc un enjeu à ce que je demande au Seigneur qu’il me fasse le don de son Esprit. Il y a un enjeu pour que je puisse m’ouvrir et m’enraciner en son amour à lui ; et puis il y a un enjeu à ce que nous puissions nous y enraciner ensemble en nous ouvrant à l’Esprit Saint et en accueillant le Christ qui se donne à nous, notamment dans sa Parole, mais aussi dans le pain de l’eucharistie.

Quand Jésus nous dit, ailleurs dans l’évangile : « Quand 2 ou 3 sont réunis en mon nom je suis au milieu d’eux » il est en train de nous dire qu’il est présent par son Eglise. Mais il ne suffit pas d’être réunis, il faut l’être en son nom, c’est-à-dire en vivant à sa suite, à son exemple, et donc en nous ouvrant comme lui à l’Esprit de Dieu et en demeurant, comme lui, dans l’amour reçu de Dieu et vécu concrètement.

La fin de l’évangile de ce jour nous rappelle d’ailleurs que l’enjeu de notre témoignage c’est que ceux qui nous entourent découvrent l’amour qui vient de Dieu, l’amour que Dieu a pour nous et donc pour tous les hommes. Car Dieu veut sauver tous les hommes et n’en perdre aucun. Notre témoignage doit permettre à ceux qui croisent notre route de découvrir ce qui donne du sens à notre vie – si ça en donne évidemment, mais j’espère ! – et que ça oriente notre vie. Quand je dis cela je pense au fait que croire en Dieu ça ne sert à rien si cela ne se traduit pas concrètement dans nos relations entre nous et plus largement dans nos relations au monde ; de par notre baptême nous sommes responsables les uns des autres. D’ailleurs nous osons appeler Dieu « Notre Père », c’est donc que nous nous reconnaissons frères et sœurs. Et de par notre baptême, nous sommes appelés à prendre soin du monde et de ceux qui nous rencontrons, quelle que soit leur foi ou leur histoire. Pensez au chapitre 25 de l’évangile de Matthieu : « tous ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait »

Voilà le programme ! Sans l’Esprit Saint, nous ne pouvons pas grand-chose. C’est la force que Jésus nous promet. C’est cette force d’amour qui fait l’unité entre Jésus et son Père et qu’il veut nous offrir… Entre Ascension en Pentecôte, entre promesse de cet Esprit et don qui se réalise, nous sommes invités à le demander, à vouloir l’accueillir et le recevoir. C’est ce que nous faisons maintenant, dans le silence de nos cœurs…

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