Homélie dimanche 2 juin 2013

Publié le par Christophe Delaigue

Fête du Corps et Sang du Christ / Année C

Pontcharra / Le Touvet (dimanche soir)

Gn 14,18-20 / Ps 109 (110) / 1Co 11,23-26 / Lc 9,11b-17

Dans ce passage d’évangile, il y a Jésus, la foule et les disciples. La foule, elle est nombreuse, elle se précipite pour suivre et entendre Jésus, elle a compris qu’avec lui il se joue quelque chose d’important. Et les disciples prennent peur, je crois. Il y a trop de monde et il se fait tard. Sans doute, en plus, qu’ils sont fatigués les disciples. Comme nous peut-être… Parce que nous le savons bien, ils sont très nombreux ceux qui cherchent aujourd’hui encore un sens à leur vie, ceux aussi qui fatiguent de la vie, ceux dont il faudrait prendre soin au nom de Jésus et de l’évangile ; et nous le voyons bien, nous sommes finalement peu nombreux à nous lever pour les rejoindre et vivre pour eux du Christ. Nous pouvons être tentés parfois de désespérer les uns des autres et de baisser les bras…

Jésus veut prendre soin de cette foule nombreuse, quoi qu’il arrive. Celle de l’évangile, celle qui le suit, mais aussi celle qui nous entoure, aujourd’hui encore. Ils ont faim, dit-il, eh bien nourrissez-les, allons-y. Ils ont faim de pain, eh bien donnez-leur du pain ! Ils ont faim de présence, eh bien soyons présents ! Ils ont faim de sens, eh bien partageons-leur ce qui fait sens pour nous ! Je le dis souvent : Jésus a besoin de nos mains d’hommes et de femmes pour répondre à ces appels et à ces attentes de ceux qui sont là et que nous allons rencontrer, d’une façon ou d’une autre…

Voilà l’appel ! Et je trouve qu’il est bon à réentendre en cette fin d’année, alors que nous aurions plutôt envie de freiner le rythme, là où les apôtres voulaient renvoyer la foule… Non pas que nous n’ayons pas le droit de nous reposer, mais qu’il nous faut entendre que nous aussi nous devons être nourris par le Christ si nous voulons vivre à sa suite, si nous voulons tenir et trouver force pour vivre concrètement l’évangile – si toutefois, évidemment, nous voulons en vivre. Et que nous devons garder confiance que quoi qu’il arrive, avec la faiblesse de nos moyens, c’est possible de faire quelque chose, et même de grandes choses !

Pour cela, nous devons nous mettre à l’écoute du Christ, ce que nous faisons ce matin/soir, ce que nous pourrions faire aussi dans des petits groupes de partage de la Parole où nous pourrions prendre le temps de nous arrêter ensemble, prendre le temps d’ouvrir ensemble la Parole de Dieu, de discerner ensemble les appels qu’il nous adresse et de nous soutenir ensemble dans la prière et dans une vie fraternelle. D’ailleurs, vous aurez remarqué que dans cette page d’évangile de ce matin/soir, Jésus ne laisse pas la foule tout ensemble, il la fait se répartir en petits groupes. Nous aussi il nous faut tenir les deux…

Je reviens au texte et aux disciples… Ils sont un peu désespérés… Parce qu’en plus de la foule qui est nombreuse, ils n’ont franchement pas grand chose à offrir. Mais ce qui est beau, c’est que la somme de leur pas grand chose, cela suffit. La somme de nos petits moyens à nous aussi suffit également, si nous acceptons les uns les autres de partager le petit peu que nous avons.

C’est Mère Térésa qui écrivait : ce que nous pouvons à faire et ce que nous avons à vivre n’est peut-être qu’une petite goutte d’eau au regard de l’océan qui est face à nous, mais si nous ne le faisons pas, notre petite goutte d’eau manquera à cet océan.

N’attendons pas d’avoir les moyens de prendre soin des autres ou de leur annoncer Jésus Christ pour témoigner de ce qui est aujourd’hui à notre mesure. Il n’y a pas besoin d’avoir une foi énorme et très savante pour pouvoir dire ce qui fait sens pour nous ; on peut déjà vivre concrètement ce que nous avons compris de l’évangile. N’attendons pas d’être assez nombreux pour faire telle ou telle action pastorale, allons-y avec ce que nous sommes et ceux qui déjà veulent bien s’y mettre. Mais allons-y en donnant une place au Christ, en le priant et en lui demandant d’être présent avec nous. Demandons-lui que ce soit bien lui qui guide nos actes. Demandons-lui sa présence, demandons-lui la force de son Esprit, comme il nous y invite, et apprenons à moins compter sur nous-même et plus sur lui et les uns sur les autres, dans la complémentarité de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons apporter.

Je reviens à la foule. Elle était nombreuse et elle avait faim. On pourrait chacun se demander : autour de moi, qui sont-ils ceux qui cherchent un sens à leur vie, qui sont-ils ceux qui sont en manque d’une présence qui les aide à se relever, qui sont-ils ceux qui ont faim et soif, que ce soit de nourriture matérielle ou que ce soit d’autre chose ? Et demandons-nous : qu’est-ce que je peux apporter, à ma mesure, qu’est-ce que je peux vivre avec eux ? Peut-être il faut aussi qu’on se demande, qu’est-ce que j’ai à demander au Seigneur pour m’y aider, par exemple convertir mon regard et mon cœur pour ne pas juger ces personnes sur ce qu’elles vivent ou ce qu’elle devraient faire pour s’en sortir, me convertir pour entendre vraiment et écouter vraiment là où elles en sont ? Et puis demander au Seigneur avec qui je vais pouvoir répondre à ces attentes ou à qui je peux passer le relais si ça dépasse mes possibilités ? Lui demander, enfin, qu’il soit ma force et notre force, qu’il m’éclaire, lui demander qu’il me donne les goût de me retrouver avec d’autres pour grandir ensemble sur ce chemin, et qu’il me donne toujours plus le goût de sa présence dans ma vie, cette présence que nous venons chercher semaine après semaine dans cette eucharistie qui nous rassemble, cette eucharistie où il nous promet sa présence.

Alors ce matin/soir, je prie pour que nous gardions cette confiance qu’en Jésus nous pouvons trouver force et paix. Force et paix intérieure pour rejoindre ces foules qui nous entourent, chacun à notre mesure, mais à la mesure que nous voudrons bien prendre. Et que nous pouvons les rejoindre grâce à ce que nous serons ensemble, nous les disciples, dans la complémentarité de nos charismes propres, et parce que nous nous donnerons les moyens de grandir dans une connaissance mutuelle et dans un enracinement ensemble en Jésus qui est là et qui se donne à nous dans sa Parole et dans le Pain de la Vie. Je prie pour que nous devenions toujours plus convaincus de tout cela, vous comme moi, et que nous décidions de le vivre concrètement.

Publié dans Homélies

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