Homélie dimanche 28 avril 213

Publié le par Christophe Delaigue

5ème dimanche de Pâques / Année C

La Buissière (sam. soir) / Pontcharra / Le Touvet (dim. soir)

Ac 14,21b-27 / Ps 144 / Ap 21,1-5a / Jn 13,31-35

Juste avant ces mots, Jésus vient de vivre le geste du lavement des pieds… Un geste étonnant… Se mettre à la hauteur de l’autre, dans toutes nos relations, plutôt que de regarder l’autre de haut… Prendre soin de l’autre qui est là, quel qu’il soit… Faire tomber les séparations que nous mettons entre nous, les riches et les pauvres, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui aident et ceux qu’il faudrait assister…

Jésus, le maître, s’est fait serviteur. Dieu s’est mis à hauteur d’hommes… Et il dira : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais mes amis » (Jn 15)…

Alors que Jésus vient de vivre ce geste étonnant qui révèle qui est Dieu et ce qu’il veut pour nous, ce que nous sommes appelés à vivre à notre tour, voilà qu’il nous laisse ces paroles que nous venons d’entendre : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez vous les uns les autres »

Et comme si ça ne suffisait pas, il en rajoute une couche, Jésus, avec ce verset que je cite tellement souvent que j’espère que vous le savez par cœur maintenant : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autre que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples »

Je ne suis pas sûr qu’on mesure le poids de ces mots, le poids concret de ces mots. C’est Jean Vanier qui a dit il y a quelques années à des jeunes à Grenoble : « Jésus ne nous demande pas seulement de dire aux gens qu’il les aime, mais ce qui nous est demandé c’est de les aimer concrètement au nom de Jésus et de l’évangile »

Est-ce que nous nous aimons pour de vrai les uns les autres ? Est-ce que nous voulons vraiment nous mettre à la hauteur de l’autre qui est là à côté de nous, l’écouter vraiment dans ce qu’il vit et dans ce qu’il porte ? Est-ce que nous voulons vraiment prendre soin les uns des autres et permettre à chacun autour de nous de trouver comment vivre debout ? Est-ce que nous voulons vraiment ?

Moi je trouve que c’est difficile d’aimer… Et nous faisons tous cette expérience qu’il y a des gens qui nous sont plus aimables que d’autres…

Alors peut-être qu’on pourrait chacun se demander, ce soir/matin, qui ils sont, concrètement, ceux que je n’arrive pas à aimer… ceux que je ne veux pas aimer… peut-être aussi ceux que je ne peux pas aimer aujourd’hui, pour l’instant… ? Qui sont-ils très concrètement… dans cette assemblée ou dans nos communautés… dans ma famille… autour de moi… ? Qui sont-ils ? Et qu’est-ce qu’ils m’ont fait ? Qui sont-ils aussi ceux qui désespèrent à ma porte d’une présence ou d’une aide ? Et qui sont-ils ceux que moi je blesse, ou ceux que je laisse de côté ? Voilà ce que je peux déjà confier au Seigneur, dans la prière, ce soir/matin…

Jésus nous dit que nous sommes appelés à nous aimer, comme lui il nous a aimé, et comme lui il nous aime… Jésus a donné sa vie pour nous. Et concrètement il veut pour nous la vie – c’est ce que nous célébrons depuis Pâques et à chaque eucharistie… Je suis convaincu qu’il peut porter avec nous nos difficultés à aimer, et il peut nous donner, petit à petit, de nous pacifier et même d’apprendre à changer notre regard sur nous-mêmes et sur l’autre.

Aimer comme lui, ce sera, grâce à lui et à son Esprit qu’il promet à qui le demande, aimer comme lui ce sera apprendre à sortir du jugement, sortir du jugement qui enferme l’autre dans ce qui m’est insupportable de lui ou ce jugement qui enferme l’autre dans le mal qu’il a pu me faire… Aimer comme lui, ce sera découvrir que des chemins de pardon sont possibles… seront possibles un jour… Et aimer comme lui, ce sera apprendre à voir en chacun, quel qu’il soit, petit à petit, quelqu’un qui est plus beau que ce qu’il croit… quelqu’un qui est plus beau que ce que je crois voir ou savoir de lui…

« C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples »… Je le redis, je trouve que c’est dur d’aimer… D’aimer concrètement… C’est dur de trouver comment permettre à l’autre, à ma mesure, d’avancer sur un chemin de vie… que ce soit par le pardon ou dans l’aide au plus pauvre… C’est dur aussi, parfois, de faire ce chemin avec l’autre, plutôt que de faire des choses pour lui… C’est dur, mais c’est beau, quand nous y arrivons… Et c’est notre mission… Une mission où Jésus peut nous aider…

Alors confions-lui tout simplement ce soir/matin celles et ceux que ces mots évoquent en nous… Confions-lui tout ce que ces mots réveillent en nous… Et demandons lui tout simplement dans cette eucharistie, sa présence… sa lumière… sa force… son amour…

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