Homélie dimanche 3 mars 2013

Publié le par Christophe Delaigue

3ème dimanche de carême / Année C

La Tronche (samedi soir [avec le baptême de Marine C. et de ce fait la présence de membres de la communauté de l'Arche de Jean Vanier de Grenoble]) / Pontcharra

Ex 3,1-8a.10.13-15 / Ps 102 / 1Co 10,1-6.10-12 / Lc 13,1-9

Les propos comme de Luc sont durs, presque violents à entendre… Qu’allons-nous retenir de ces textes, et qu’est-ce qu’ils peuvent bien nous dire pour ce temps de carême que nous vivons et donc plus largement pour notre vie chrétienne ?

La 1ère lecture nous a raconté cette belle mais étonnante rencontre de Moïse avec Dieu. Une expérience spirituelle qui est comme une nouvelle naissance pour Moïse, le début d’une mission et donc d’une nouvelle vie. Moïse – vous l’avez entendu – est appelé à conduire le peuple d’Israël dans cette expérience de libération que Dieu va lui faire vivre. Dieu qui se présente comme Celui qui est, Celui qui sera. Peut-être pouvons-nous y entendre : Celui qui est et qui sera toujours là. C’est bien l’expérience que fera le peuple au désert, malgré le doute et les récriminations : Dieu va bien le conduire en Terre Promise. Jésus dira lui-même à ses disciples, après sa résurrection, qu’il sera pour toujours avec eux (Mt 20,20).

Le carême, je vous le rappelle, c’est ce temps de marche qui nous est donné à vivre, chaque année, pour nous préparer toujours et encore à Pâques, nous préaprer année après à année à entendre et accueillir la Bonne Nouvelle de la résurrection. L’entendre avec des oreilles toujours neuves, quelque chose de nouveau que nous n’auront jamais fini de comprendre, et l’entendre comme un nouvelle qui soit bonne, bonne pour nous au cœur de ce que nous avons à vivre aujourd’hui.

A Pâques nous allons fêter un passage. De la mort à la vie, par cette résurrection de Jésus, comme le passage de l’esclavage – celui d’Egypte pour Israël – à la libération. Par la marche au désert, par cette longue marche de 40 années qui fut une épreuve pour le peuple. Il y a eu des récriminations contre Dieu, exactement comme toutes ces fois où nous disons : si Dieu existais alors… alors il ne se passerait pas ceci ou cela dans ma vie et dans le monde… Le peuple oublie ce que Dieu a fait pour lui et il idéalise son passé : « C’était mieux avant »… au détail près qu’il était réduit à l’esclavage et que Pharaon mettait à mort tous les enfants d’Israël…

St Paul, dans la 2ème lecture, nous a rappelé cela. Et nous voilà comme obligés de nous poser cette question : avons-nous – ou voulons-nous bien avoir – confiance que Dieu nous accompagne, même que les choses ne sont pas claires, comme si nous étions dans une nuée ténébreuse ? Dieu est présent à ce que nous vivons, par son Fils ressuscité – c’est en tout cas la promesse qu’il a faite à ses disciples, après sa résurrection, je l’ai déjà dit. Oui, Dieu est présent par son Fils ressuscité qui nous a promis et qui nous donne l’Esprit Saint, pour qui veut bien le demander et l’accueillir, l’Esprit Saint que nous avons tous déjà reçu à notre baptême [– ce sera, pour une part, le sens du St Chrême sur le front de Marine, tout à l’heure].

Le baptême. Il s’agit justement de nous laisser plonger dans la mort et la résurrection de Jésus. Il s’agit d’affirmer que toute vie est un passage, que tout vie doit passer par la mort pour une vie éternelle. Or qu’est-ce que la vie éternelle demanderont ses disciples à Jésus : la vie éternelle, répondra-t-il, c’est de connaître Dieu le Père et celui qu’il a envoyé, c’est de le connaître dès maintenant, et ce sera de la connaître pleinement. Il ne dépend finalement que de nous de vouloir faire quelque chose de notre baptême et de croire ou non en cette présence de Dieu avec nous. C’est pour cela que les mots de Paul étaient durs, en finale de notre lecture, pour nous placer devant notre responsabilité et notre liberté.

J’en viens à l’évangile. On pourrait dire que Luc complète tout cela en ajoutant et en précisant combien Dieu est patient envers nous. Il n’est ni un Dieu qui nous punirait de ne pas croire en lui ou de nous détourner de lui, il n’est pas non plus un Dieu qui nous abandonnerait à notre malheur, même si, il est vrai, son silence apparent et son absence apparente peuvent nous être insupportables. Nous croyons en un Dieu qui ne veut pas pour nous le mal et la souffrance. Et la mort et la résurrection de Jésus sont cette promesse réalisée qu’il veut pour nous la vie et qu’il nous accompagne au cœur de tout mal, de toute souffrance et de toute mort. Quoi qu’il arrive, avec lui, la vie et l’amour dans le don de soi jusqu’au bout sont et seront plus forts que tout mal et que toute mort. C’est notre foi.

Mais c’est vrai, nous ne sommes pas obligés de croire en ce Dieu là. Nous pouvons continuer à vouloir un dieu magicien qui nous protègerait à sa guise ou parce que nous serions de bons chrétiens. Nous avons le droit alors ne plus y croire à ce dieu là, car de fait ça ne marche pas, ce dieu là ne fait rien pour nous.

Jésus nous révèle au contraire un Dieu qui nous laisse libre de croire en lui, un Dieu qui agit dans nos vies par la présence et par les mains de ceux qui prennent soin de nous et qui nous relèvent quand la vie nous clouent au sol. Ceux qui portent du fruit… Dieu a besoin de nous ; mais il reste patient et confiant. Nous sommes comme ce figuier de l’évangile qu’il ne veut pas couper ; il ne désespère pas de notre conversion et veut nous offir le pardon.

Ce temps du carême nous est donné pour reprendre conscience de tout cela, pour reprendre conscience qu’être baptisés c’est pour une part mourrir à nous-même et à ce rêve d’être les seuls maîtres de notre vie. Dieu veut pour nous la vie, la vie éternelle, la vie pleine ; il nous veut relevés et « décroquevillés » de tout ce qui nous entrave, de tous nos esclavages, et de toutes nos fausse images et nos fausses attentes de lui. Voilà tout ce que nous pouvons lui confier, dans cette eucharistie, pour lui demander qu’il nous donne de croire toujours plus en cette présence de Jésus ressuscité, sa présence à ce que nous avons à vivre et à traverser, et qu’il nous donne de croire toujours plus aussi que quoi qu’il arrive la vie sera plus forte que le mal et que nous pourrons même en être témoins [au nom de notre baptême].

Publié dans Homélies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :