Homélie dimanche 30 juin 2013

Publié le par Christophe Delaigue

13ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

La Pierre (samedi soir) / Pontcharra (avec baptême)

1R 19,16b-21 / Ps 15 (16) / Ga 5,1.13-18 / Lc 9,51-62

Cette page d’évangile est un peu dure à entendre et à comprendre… Plus largement nos lectures de ce jour, d’ailleurs… Le contexte dans lequel Jésus nous parle est violent, il monte à Jérusalem où il va mourir. Dans l’évangile c’est comme s’il y avait une tension croissante. A la fois les foules suivent Jésus et l’admirent, mais en même temps il sait et il redira combien les prophètes sont rejetés et mis à mort parce qu’ils dérangent toujours ; et il sait et fera l'expérience combien les scribes et les pharisiens ont voulu souvent le prendre au piège de leurs pensées pour l’arrêter et le faire taire.

Un évangile, aujourd’hui, qui est donc dur à entendre et à comprendre car il s’agit de poser un choix radical et difficile. « Vous voulez me suivre, dit Jésus, ok, mais allez-y vraiment ! Les Samaritains ne vous ont pas accueilli, peut-être ; sortez de ce cercle humain, en tout cas assez naturel, de la violence et de la vengeance, passez votre chemin, laissez les vivre ce qu’ils ont à vivre. » Pour le dire autrement : « Vivez l’appel à aimer, jusque dans le refus d’être rencontré et écouté ; ne jugez pas, laissez l’autre à sa liberté. »

« Vous voulez me suivre, dit encore Jésus, ok, mais allez-y vraiment ! Ne cherchez pas je ne sais quel confort de vie ou quelle routine bien tranquille » ; être disciple c’est être en chemin, toujours, quoi qu’il arrive. C’est accepter que la vie ne soit pas de toute tranquillité. Nous allons en avoir des milliers de questions, si nous ouvrons vraiment la Parole de Dieu et si nous voulons vraiment la vivre, nous allons être tentés de referme le Livre et de nous tourner le dos. « Non, dit Jésus, décidons d’avancer, décidons de vivre tournés vers l’avenir, quoi qu’il arrive, au-delà de nos rêves d’une vie paisible. Car le bonheur est ailleurs. »

Il n’est pas dans un chez moi confortable, il est dans une mise en route continue et des déplacements à vivre, au sens propre comme au sens figuré. Le bonheur il n’est pas en ressassant le passé et en essayant de retrouver je ne sais quel paradis perdu – ça vaut y compris pour notre vie paroissiale – mais en étant persuadé que ce qui nous est demandé et ce qui sera bon pour nous est devant nous, et qu’il nous sera donné par Celui qui souffle en nous des chemins de vie. Le bonheur, enfin, dit Jésus dans cet évangile, il est dans le vivre ensemble la mission de ceux qui veulent être du Christ, l’annonce du Règne de Dieu, une annonce qui doit être paroles et actes, annonce de ce qui nous fait vivre – si ça nous fait vivre évidemment ce que Jésus nous propose ! – et témoignage du quotidien. La parole, dit Jésus, est à mettre en pratique, il en va de l’authenticité et de la crédibilité de notre témoignage !

La question c’est : voulons-nous vraiment suivre Jésus, quoi qu’il arrive ? Vous donnerez votre propre réponse, vous vous la donnerez à vous même. En tout cas, moi je veux le suivre, je veux le suivre car il donne sens à ma vie. Son message est pour moi parole de sagesse et véritable chemin d’humanisation pour chacun et de paix. Mais c’est vrai que c’est difficile. C’est difficile d’apprendre à aimer l’autre pour de vrai, l’autre quel qu’il soit, quelle que soit son histoire, sa foi, son orientation sexuelle, son origine ethnique et quel que soit le mal qu’il ait pu faire. C’est difficile d’aimer au-delà de nos préjugés et de nos jugements. Et c’est difficile de pardonner. Mais nous faisons cette expérience que lorsque nous y arrivons c’est tellement libérateur, pour chacun…

Le message de Jésus est bien parole de vie pour qui veut bien le suivre. Mais il nous faut cheminer patiemment, lentement même, mais résolument, en nous soutenant les uns les autres – ça s’appelle l’Eglise, d’où l’enjeu à nous retrouver en petites fraternités pour ouvrir ensemble la Parole et voir comment elle peut rejoindre notre vie.

Ceci dit, Jésus, c’est plus qu’un message, c’est pour moi un ami, un compagnon de route. Je ne suis pas seul à avancer. Il est là, mystérieusement c’est vrai, mais il l’a promis. Je peux me laisser rejoindre par sa présence et par cet Esprit Saint qu’il nous a promis, par exemple dans le silence de la prière où je peux lui déposer mes joies et mes peines, mes questions aussi et mes colères. Et surtout je peux laisser le silence m’envahir pour y entendre mes désirs de vie, ces désirs de vie où l’Esprit est là, ces désirs de vie où Jésus me souffle des chemins de bonheur. Parfois on ne sait pas trop quoi en faire, et c’est mieux ainsi, nous serons alors obligé à en parler avec d’autres, pour discerner, c’est-à-dire pour entendre si c’est vraiment en résonnance avec l’évangile et si c’est vraiment ce que Dieu veut pour nous. Là encore j’ai besoin des autres, ça s’appelle l’Eglise. D’ailleurs Jésus envoie toujours ses disciples à plusieurs.

Jésus, enfin, est celui qui peut être ma force pour vivre l’évangile, pour le suivre dans ce chemin qui peut paraître difficile et tortueux. C’est le mystère de l’eucharistie que nous célébrons semaine après semaine. Il se donne à nous, il vient établir sa demeure en nous pour que nous arrivions avec lui à vivre à sa suite, que nous puissions tenir et avancer pour aller à la rencontre de ceux qui croiseront notre route et pour que nous puissions vivre avec eux la rencontre et l’appel à aimer.

Vaste programme, c’est vrai, mais programme de vie passionnant, j’en suis persuadé. Vrai chemin de bonheur, c’est sûr…

Vous vous doutez qu’à quelques semaines de quitter la paroisse, ces mots de l’évangile ont pu prendre une résonnance particulière pour moi. Cet évangile et ce changement me rappellent que je ne suis que de passage, qu’un disciple du Christ qui le suit dans ce choix radical d’être prêtre et qui n’a pas d’endroit où reposer la tête en ce sens qu’il a fait ce choix de vie d’aller là où la mission et l’Eglise l’appellent et l’envoient ; que cette mission, de plus, prime sur les liens que nous tissons, même s’ils sont tellement important, car c’est sur le Christ que nous bâtissons notre vie ; et enfin, qu’il nous faut être résolument tournés vers l’avenir, sans regarder en arrière, dans cette confiance que ce qui vient sera bon, si nous le vivons dans la foi, et avec le Christ. C’est ce que nous avons chanté avec le psaume de ce jour (Ps 15).

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