Homélie dimanche 8 septembre 2013

Publié le par Christophe Delaigue

23ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Meyrié (samedi soir) / Salagnon

Sg 9,13-18 / Ps 89 (90) / Ph 9b-10.12-17 / Lc 14,25-33

Ce texte me fait penser à St François d’Assise quittant tout, radicalement, pour suivre le Christ. Voilà en tout cas des paroles de Jésus qui sont déconcertantes pour nous, si nous voulons vraiment être ses disciples, et qui sont exigeantes – comme souvent, en fait. Des paroles, même, sur lesquelles on pourrait se buter tant elles peuvent nous sembler incompréhensibles à première vue. C’est quoi cette histoire de choix avec cette mise en balance du Christ avec ceux qui font notre vie et même avec notre propre vie ?! On la connaît cette parole si j’en crois le nombre de fois où des paroissiens, là où j’étais avant, m’ont demandé ce que ça peut vouloir dire tout ça ; on le connaît cet appel exigeant, et pourtant, à chaque fois, il faut se redemander ce que ça peut bien vouloir dire… Quel est ce renoncement que le Christ nous demande de faire ? Sûrement pas, je crois, de se mettre à dos ceux qui nous entourent et les laisser de côtés comme s’ils ne comptaient plus. D’ailleurs Jésus nous dit, ailleurs dans l’Evangile, qu’il nous faut vivre le commandement d’honorer son père et sa mère ; et puis il n’arrête pas de nous dire aussi de nous aimer les uns les autres. Ce renoncement, ce choix auquel la Parole nous invite aujourd’hui n’excluent donc pas l’appel à l’amour, l’appel à aimer…

Alors de quoi s’agit-il ? Deux choses je crois.

L’appel, pour nous disciples de Jésus, c’est un appel à orienter notre vie, c’est un appel à centrer notre vie sur le Christ, centrer notre vie sur lui d’abord et avant tout. Centrer notre vie sur le Christ qui n’est pas le cerise sur le gâteau de nos choix ou de nos attachements affectifs mais le Christ qui doit être au centre de toutes nos relations, le Christ « levain dans la pâte » de notre vie. Nous sommes appelés à aimer chacun, servir chacun, avec le regard du Christ qui croit que tout le monde peut faire un bout de chemin et que chacun, quoi qu’il arrive, compte aux yeux de Dieu. Vivre en ayant cette foi, cette confiance, qui habitait le Christ dans chacune de ses rencontres, au-delà des apparences et des préjugés. Et avoir cette même foi pour notre propre vie : même dans nos épreuves, nos croix, et nos apparentes traversées de l’impossible, avec lui la vie et le don de soi par amour seront et sont plus forts que tout mal et toute mort…

Je me disais que pour nous, ici dans la paroisse St François d’Assise, en ce début d’année, nous pourrions chacun nous demander – vous comme moi – : qu'en est-il de mon attachement à Jésus Christ ? Pourquoi, par exemple, est-ce que nous venons à la messe – c’est bien que nous venions, je ne dis pas le contraire, évidemment ! – ; pourquoi aussi nous faisons telle ou telle activité dans la paroisse, ou pourquoi est-ce que nous ne voulons pas ou plus la faire ? Et puis cette question qu’il nous faut sans cesse remettre sur le tapis : quelle place, même petite mais chaque jour, pouvons-nous laisser au Christ pour que nous nous laissions transformer par lui, pour que nous nous laissions irriguer de son amour et alors nous pourrons aimer mieux ou plus autour de nous ?

J’en viens à la deuxième chose que je voulais dire sur ce renoncement dont il est question dans notre évangile aujourd’hui…

Notre texte dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple »… Nous avons le mot « préférer ». Mais j’ai été surpris en travaillant le texte d’un peu plus près, j’ai été surpris de voir que dans le texte Grec il est dit en fait : « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, etc. ». C’est le verbe haïr ! Alors que comprendre ? Je viens de dire qu’il nous faut aimer comme le Christ et en fait le texte parle plutôt de « haïr » ?! Jésus est en train de déplacer un peu les choses – de façon choquante c’est vrai, mais c’est pour nous provoquer – il est en train de nous dire que si nous voulons être ses disciples et donc si nous voulons vivre son commandement d’aimer, il nous faut peut-être reconnaître d’abord avec lui tous ces sentiments de haine qui nous habitent parfois et qui justement nous empêchent d’aimer et donc de vivre à sa suite. Dans le jargon de l’Eglise, on dirait reconnaître notre péché ; reconnaître tout simplement que oui, de fait, nous avons du mal à aimer, que oui, de fait, nous avons parfois de la haine les uns les autre, les uns contre les autres, même pour ceux qui nous sont les plus proches, même pour ceux que nous apprécions, même entre paroissiens aussi ! Reconnaître cela c’est voir combien nous avons à grandir encore avec le Christ, c’est voir combien nous avons, je crois, besoin de lui pour pouvoir le suivre, c’est-à-dire pour apprendre toujours plus à nous laisser aimer par lui, à nous laisser pacifier de l’intérieur pour pouvoir alors aimer mieux autour de nous et apporter ou essayer d’apporter un peu de paix autour de nous. Alors nous serons ses témoins, nous serons de vrais disciples de Jésus.

Tout cela est exigeant, c’est engageant – c’est vrai. Mais c’est un chemin de bonheur, c’est sûr. C’est un chemin de bonheur car c’est un chemin de libération intérieure. Or le Christ – c’est lui qui le dit – le Christ est venu pour les pécheurs et pour les malades, il est venu pour nous guérir, nous guérir de nos manques d’amour ou de notre mal-amour. Aimer c’est dur, se laisser aimer aussi. Je nous souhaite à chacun qu’ensemble nous puissions faire toujours et encore ce petit bout de chemin qui nous permettra d’avancer chacun et ensemble à la suite du Christ, pour que nous apprenions à nous recentrer toujours plus sur lui en nous ouvrant à l’Esprit Saint pour que, du coup, nous vivions des passages de la haine à l’amour, de la mort à la vie. Cela s’appelle des résurrections…

Nous prenons quelques instants de silence pour confier tout ce que ces mots réveillent en nous, tout simplement parce que c’est bien ce qui nous habite, ce qui fait nos vies, que nous sommes appelés à lui offrir ensuite dans la prière et dans le mystère de l’eucharistie.