Homélie 8 avril 2017

Publié le par Christophe Delaigue

Carmel ND de Surieu, samedi 8 avril 2017

Ez 37,21-28 / Jr 31,10-13 / Jn 11,45-57

Je suis frappé ce matin par le décalage, le contraste, entre la 1ère lecture et l'évangile qu'on vient d'entendre, entre d'un côté des promesses de vie dont nous fêterons dans quelques jours notre foi en leur accomplissement et, de l'autre côté, cet étau qui se resserre autour de Jésus, avec notamment ce verset terrible, mais central je crois : « Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple, et que l'ensemble de la nation ne périsse pas »...

Nous aurons le même décalage de ton et d'ambiance, si je puis dire, demain, entre la foule de l'évangile des Rameaux qui acclamera son Roi et son sauveur, et cette même foule, dans l'Evangile de la Passion, qui le laissera être condamné et qui criera même : « Crucifie-le ! »

« Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple... » Ce verset est terrible, il signe l'arrêt de mort de Jésus, l'arrêt de mort de celui qui vient de montrer qu'il est du côté de la vie, avec le signe de la résurrection de Lazare, Jésus qui venait de dire et de montrer à qui veut bien voir et croire que oui, il est « la Résurrection et la Vie »...

« Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple, et que l'ensemble de la nation ne périsse pas »... Cette phrase est terrible... car elle est le fruit de la peur, c'est-à-dire du manque de confiance et donc d'une certaine non-foi et d'une non-reconnaissance de qui est vraiment Jésus...

Car ils ont peur les pharisiens et les Grands prêtres ! Ils ont peur des Romains qui occupent le pays, ils ont peur que l'agitation de la foule déstabilise l'occupant romain et que celui-ci détruise le Temple. Et le voilà le paradoxe ! Car rappelez-vous, le Temple c'est le lieu qui rappelle au peuple la présence de Dieu au milieu de lui, or il est là, en la personne de Jésus ! Le Temple, c'est ce lieu qui rappelle que Dieu est au milieu de son peuple et que c'est là que doivent converger toutes les nations au jour du Salut, c'est du coup le lieu symbolique de l'existence de la nation juive, du peuple d'Israël comme peuple élu de Dieu, appelé par Dieu à témoigner pour les nations de l'existence et de la présence de Dieu, pour tous... Or Jésus ne cesse de le manifester en sa personne !

Ils ont peur... Comme si les Romains étaient plus forts que Dieu... Comme si Dieu n'était pas toujours là, comme si Dieu n'avait pas été là aux jours de désolation, pendant l'Exil, après la destruction du 1er Temple...

Ils ont peur... Ils ont la mémoire courte, comme lorsqu'ils étaient au désert, après la libération d'Egypte...

Ils ont peur, et ils ne savent pas qui il est cet homme Jésus, qui agit comme Dieu lui-même... Est-il le Messie, celui qui doit venir ? Est-il celui qui accomplira les promesses d'Ezechiel et des prophètes ? Qui est-il vraiment ? C'est la question qui traverse les évangiles et qui doit traverser toute notre existence et notre quête de Dieu, cette question que Jésus posera plusieurs fois à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? »

« Il vaut mieux qu'un seul homme meure... » Et si d'un mal un bien pouvait toutefois sortir, jaillir ? C'est ce que semble suggérer la suite de notre texte. Et rappelez-vous d'ailleurs cette phrase entendue dimanche dernier, quelques versets plus haut, juste avant la mort et la résurrection de Lazare, ce même verset que nous avions entendu le dimanche d'avant : « C'est pour que s'accomplisse l'œuvre de Dieu »...

Pour l'heure, Jésus ne cherche pas la mort pour la mort, car elle n'est pas une fin en soi ; il est du côté de la vie, il se retire dans un endroit proche du désert, jusqu'à ce que son heure arrive...

Avec lui nous restons dans cette attente, et nous déposons par lui, auprès du Père, ces peurs et ce péché qui mènent à la mort. Que là il vienne nous sauver.

Publié dans Homélies, Méditations

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