Homélie dim. 12 nov. 2017

Publié le par Christophe Delaigue

32ème dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Sg 6,12-16 / Ps 62 (63) / 1Th 4,13-18 / Mt 25,1-13

La liturgie est parfois étonnante, spontanément… Je vous dis ça parce qu’avec ces textes on se croirait déjà en Avent – vous me direz, ça va bien avec la grisaille quasi hivernale des derniers jours ! On se croirait en Avent à cause de ce thème de la vigilance et de l’attente et à cause de cet appel à veiller – plus exactement en grec, « à ouvrir les yeux »…

Je vous rappelle juste que l’Avent, comme vous le savez, ce sera le début d’une nouvelle année liturgique, et ce temps de l’attente, ce temps de l’avènement – c’est ce que veut dire le mot « Avent » – c’est ce temps liturgique qui nous est et qui nous sera donné pour nous préparer à Noël, la venue de Jésus, et donc pour réentendre cet appel, fondamental, si nous sommes croyants, à décider de chercher et accueillir la présence du Christ qui passe et qui vient – on l’a chanté dans le psaume –, et même à nous préparer à vouloir désirer son retour promis, ce que nous chantons au cœur de chaque eucharistie, à l’anamnèse, juste après les rites de consécration du pain et du vin.

Alors pourquoi nous faire entendre cet appel cette semaine, comme en avant goût ? C’est parce que nous sommes dans les dernières semaines de l'année liturgique – dont le cœur c'est Pâques –, c’est donc le temps des bilans, avec cette question qui nous est posée aujourd’hui de savoir comment nous avons accueilli ou travaillé à l’avènement du Royaume de Dieu, et surtout quels moyens est-ce que nous nous sommes donnés ? Et même quels moyens nous nous donnons, du coup, pour guetter et pour être prêts, comme ces 10 vierges de l’évangile, à l'avènement du Christ qui aujourd’hui encore passe et veut passer dans nos vies, et qui, nous le croyons, reviendra aux derniers temps, lors de la plénitude de la résurrection qui nous est notre destinée, ce qui doit orienter notre vie, et dont nous parlait justement St Paul dans la 2ème lecture.

Jésus nous dit qu’il en est du Royaume de Dieu comme d’une rencontre en pleine nuit. Premier élément, donc, c’est de nuit. D’où cette histoire de lampes et d’huile… Il s’agit de voir quelque chose… C’est donc qu’il en est du Royaume de Dieu comme de quelque chose à découvrir, à voir, à mettre en lumière… C’est là, ça nous est donné, mais c’est à accueillir…

Le Christ nous donne cette liberté et cette responsabilité de faire grandir son Royaume. Mais si c’est de nuit et qu’il faut s’équiper pour y voir quelque chose, c’est donc que ce Royaume de Dieu ne s’impose pas. Qu’il faut donc s’en donner les moyens.

Si je crois que le Christ est venu dans notre monde pour faire advenir ce Royaume que Dieu avait promis à son peuple, et si je crois qu’il est mort et ressuscité au nom de l’annonce de ce Royaume, et même que sa mort et sa résurrection nous disent ce qu’il en est du Royaume de Dieu, alors qu’est-ce ça change pour moi ? Quels moyens je me donne ou je cherche pour y voir un peu clair quant à ce Royaume de Dieu ? Et quels moyens je me suis donné cette année, depuis Noël dernier, pour prendre ma part à l’avènement de ce Royaume de Dieu ; c’est-à-dire, par exemple, pour vivre concrètement, dans l’ordinaire de mes jours, les appels de l’Evangile, notamment l’appel à aimer et à pardonner – aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même, y compris ses ennemis, dit Jésus – ?

Deuxième élément : il en est du Royaume de Dieu comme d’une rencontre avec l’Epoux, nous a aussi dit l’évangile. Une rencontre pour la noce, c'est-à-dire pour une fête et même plus qu’une fête, une Alliance. L’Epoux, c’est le Christ, lui qui vient pour nous dire et nous redire que Dieu veut faire Alliance avec nous, c’est-à-dire que Dieu veut nous rendre partenaires de qui il est, partenaires de sa vie, partenaires de ce qu’il a à offrir au monde. Et que là est le chemin du bonheur…

Qui est l’épouse, si ce n’est celle à qui l’époux est promis, et donc chacun de nous, chacun de nous qui osons croire et célébrer ce mystère étonnant d’un Dieu qui vient à notre rencontre, un Dieu qui vient établir sa demeure parmi nous ?! C’est ce que nous célébrerons à Noël, comme chaque année, mais c’est aussi ce que nous célébrons chaque semaine, et même chaque jour mes soeurs, dans ce drôle d’évènement – et même d'avènement – qu’est l’eucharistie…

D’ailleurs, qu’est-ce qui est en jeu à l’eucharistie, pour notre vie spirituelle et donc pour notre vie toute court ? « Je m’approche pour t’accueillir Jésus, accueillir le sacrement de ta présence ; je m’ouvre à toi pour que tu viennes me rejoindre, là, en moi, c’est-à-dire au cœur de ce que j’ai à vivre, au cœur de mes questions, au cœur des lourdeurs du quotidien, au cœur de mes joies aussi ; au cœur de ce qui fait toute ma vie, jusqu’au cœur de ce que la vie me fait traverser. Je t’accueille parce que tu me promets ta présence qui est force de vie et d’amour… J’ai besoin de ton huile, de ton Esprit Saint, pour y voir un peu plus clair, pour te voir qui est là et qui vient, et pour avancer avec toi… Et je t’accueille pas juste pour moi, pas juste en moi, je t’accueille avec d’autres, en communauté, car c’est ensemble, dans la diversité de qui nous sommes et de nos talents à chacun, que nous pouvons et que nous pourrons être et devenir des signes et des actes concrets de ta présence qui veut éclairer toute vie »…

Ces quelques mots, est-ce que nous y croyons, pour de vrai ? Et qu’est-ce que ça a changé, concrètement, dans l’ordinaire de nos jours, pendant toute cette année qui vient de s’écouler ?

Il me semble que tout cela – tout ce que je viens de vous dire – nous appelle à deux et même trois choses, en ce temps de bilan d’année liturgique – et j’en terminerai par là, promis – : (1) rendre grâce au Seigneur, d’abord, pour tout ce qui a été de l’ordre, cette année, du Royaume de Dieu qui grandit en chacun de nous et entre nous, et même plus largement autour de nous ; rendre grâce pour ce que le Christ, qui est l’Epoux et la lumière, et son huile qu’est l’Esprit Saint nous ont donné à vivre de bon et de beau qui nous ont permis de grandir en espérance et en confiance en Dieu et en la vie.

Et puis, tout ce que j’ai essayé de vous dire ça nous appelle aussi (2) à se demander qu’est-ce qui a manqué, quels ont pu être mes endormissements, qu’est-ce que j’aurai pu vivre mais que je n’ai pas réussi à mettre en place ou même que je n’ai pas trop voulu parce que je suis un peu comme les vierges mal-prévoyantes, insouciantes, ou parce que ça allait bousculer les habitudes – les miennes ou celles de ma communauté – ?

Enfin (3) – et ça va avec – confier au Seigneur ce qui a été trop dur, là où je n’y vois pas clair… Qu’il nous donne de nous laisser éclairer toujours et encore par sa Parole, et par sa présence mystérieuse dans l’eucharistie, les sacrements et la prière ; et par telle présence concrète, aussi, autour de moi, qui m’aide à avancer quand même…

C’est tout cela que nous confions au Seigneur, maintenant et plus largement dans cette eucharistie où le Christ veut ce soir encore se donner à nous et par laquelle il vient à notre rencontre.

Publié dans Homélies

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