Homélie dim. 2 avril 2017

Publié le par Christophe Delaigue

5ème dimanche de carême / Année A

Carmel ND de Surieu

Ez 37,12-14 / Ps 129 (130) / Rm 8,8-11 / Jn 11,1-45

Quel est l'horizon de notre vie ?

Le carême, je vous le rappelle, c'est ce temps favorable qui nous est offert pour reprendre conscience de qui est Jésus et du projet de Dieu pour nous. C'est ce temps qui nous est offert pour reprendre conscience de ce que devrait être notre vie chrétienne, de ce qui devrait la nourrir ou plutôt de ce vers quoi elle tend et qui est à accueillir et à vivre dès maintenant, dès ici-bas.

Car les promesses de Dieu ne sont pas seulement des promesses pour demain, pour un au-delà consolateur, elles sont promesses de vie pour aujourd'hui.

Alors je repose ma question : quel est l'horizon de notre vie ? Ce vers quoi nous devons tendre ; ce que Dieu, par Jésus Christ, veut nous révéler, qui peut déjà être le moteur de notre vie, ici et maintenant.

Dans les textes que nous venons d'entendre, dans cette Parole que Dieu nous adresse ce soir, la réponse est claire : l'horizon de notre vie c'est la résurrection. Et c'est même Jésus lui-même puisqu'il affirme dans l'évangile – vous l'avez entendu comme moi – : « Je suis la Résurrection et la Vie ».

C'est ce que nous allons célébrer dans quelques jours, à Pâques, c'est donc notre horizon de carême. Et c'est ce qui va nous être promis, par la mort et la résurrection de Jésus, mystère étonnant, livré à notre foi, c'est-à-dire à notre confiance – parce que croire ce n'est pas d'abord comprendre, avec la tête, croire c'est faire confiance, avec le coeur –, mystère étonnant mais puissance de vie dont les catéchumènes de nos paroisses (7 chez moi et plus de 80 dans notre diocèse) ont reçu l'annonce aujourd'hui, l'annonce comme Bonne nouvelle à entendre et à accueillir pour la vie en Christ qui va s'ouvrir pour eux.

Certes nous ne sommes pas encore à Pâques, ce soir. Ce récit et ce miracle que fait Jésus en sont une annonce. Annonce de ce que le Christ lui-même va traverser, annonce de ce à quoi nous sommes nous aussi appelés. Et cet horizon de notre vie qu'est la résurrection nous apprenons, année après année, dimanche après dimanche, semaine après semaine, à le faire nôtre, en apprenant à contempler Jésus et en apprenant à sa suite à vivre en dynamique de résurrection.

Et ce soir, nous voilà invités à entendre et à contempler Jésus comme Dieu lui-même, Dieu lui-même qui accomplit ses promesses de vie. Dans le livre d'Ezéchiel Dieu promet, Dieu annonce qu'il fera sortir son peuple Israël de leurs tombeaux, ceux-ci s'ouvriront et les morts entreront en vie nouvelle ; alors, a dit notre 1ère lecture, ils connaîtront, ils croiront, que Dieu est le Seigneur, celui qui accomplit ses promesses.

Et dans l'évangile qu'on vient d'entendre, Jésus fait exactement cela : il ouvre le tombeau de Lazare, fils d'Israël, et il le rend à la vie. C'est un signe qui nous est donné pour comprendre et connaître qui est Jésus : il est le Seigneur, il est Dieu qui tient promesse, Dieu qui veut pour nous la vie, Dieu qui nous assure qu'en lui et avec lui, quoi qu'il arrive, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort. Non pas, nous le savons bien, que nous n'allons plus souffrir ni mourir, comme Lazare, mais aussi comme Jésus d'ailleurs, mais cela n'aura pas le dernier mot de notre vie.

Pour l'heure, ce signe de la résurrection de Lazare est pour nous une annonce de ce mystère de vie. Comme l'a dit l'évangéliste Jean, avec quasiment les mêmes mots que ceux de la semaine dernière pour cet autre signe qu'était la guérison de l'aveugle de naissance, « C'est pour que l'œuvre de Dieu soit manifestée » ; c'est-à-dire : cela nous est donné, montré, pour que nous entrions dans cette foi là, dans cette confiance là, que oui, Jésus est la Résurrection et la Vie, que c'est en lui et avec lui que nous trouverons la vie, au cœur de ce que nous avons à traverser, et qu'avec lui nous sommes invités à apprendre à voir en toute chose la vie plus forte que le mal, et à y croire.

Car y croire, excusez-moi, cela change tout ! Cela ne supprime pas le mal, je l'ai déjà dit, mais cela peut être et peut devenir un véritable moteur de vie, de confiance et d'espérance. C'est la certitude de foi qu'au coeur des épreuves quelles qu'elles soient, avec lui, Jésus, la vie sera vainqueur, aussi imperceptible et fragile serait-elle en apparence, aussi fragile et vacillante serait-elle que la petite flamme de la foi qui sera transmise à nos catéchumènes dans la nuit de Pâques.

Et c'est du coup à chacun de nous, ce soir, que Jésus demande, comme à Marthe : « Crois-tu cela ? » C'est-à-dire : « Veux-tu bien y croire, veux-tu bien me croire ? »

Je ne sais quelles sont les épreuves que les uns et les autres vous traversez peut-être, je ne sais quels sont vos tombeaux qui vous retiennent captifs, mais c'est là que le salut nous est promis. Car Dieu veut nous délier chacun, comme Lazare, du pouvoir du mal et de la mort ; il veut nous délivrer de ce qui empêche la vie de faire son œuvre en nous. Et il nous appelle avec Jésus à devenir les uns pour les autres ses mains qui vont libérer, qui vont prendre soin et qui peuvent redonner vie.

Pour le vivre avec lui et en son nom, il nous promet et il nous donnera l'Esprit Saint, sa force vie, son Souffle de vie que nous annonçait Ezéchiel dans la 1ère lecture, l'Esprit Saint qui a ressuscité Jésus d'entre les morts et qui nous donnera la vie, a dit Paul dans la 2ème lecture, l'Esprit Saint dont nous apprendrons dans le Temps pascal qu'il est donné à qui le demandera.

Pour l'heure – et j'en terminerai par là –, posons-nous la question, chacun : quels sont-ils mes tombeaux ; qu'est-ce qui très concrètement me tient lié ; qu'est ce qui me qui me rend prisonnier, et de quoi ; de quoi ai-je très concrètement besoin d'être libéré ? De quelles peurs, de quelles angoisses, de quel mal ? ...

C'est là qu'il nous faut demander tout spécialement une grâce de salut pour les fêtes de Pâques qui approchent et même pour le Temps pascal qui vient. Dans la confiance que Dieu nous donnera ce dont nous avons besoin, comme il le voudra et au temps favorable...

Et nous pouvons le lui demander déjà dans cette eucharistie... Car, pour reprendre avec Lazare et Ezéchiel les mots du livre de l'Apocalypse, au chapitre 3 (verset 20) : « Il se tient à la porte de nos tombeaux, le Seigneur, et il frappe ; puissions-nous entendre sa voix, dès maintenant, et puissions-nous lui ouvrir, vraiment, et l'accueillir ; puissions-nous y croire, afin qu'il demeure en nous et nous en lui »... Amen.

Publié dans Homélies

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