Homélie dimanche 26 novembre 2017 - Christ-roi

Publié le par Christophe Delaigue

Solennité du Christ-Roi / Année A

Ez 34,11-12.15-17 / Ps 22 (23) / 1Co 15,20-26.28 / Mt 25,31-46

La liturgie est riche ce soir, presque trop riche, et j’aurais eu envie de m'arrêter sur chacun des textes ! Rassurez-vous ou plutôt permettez-moi de privilégier l’évangile que nous venons d’entendre… Ce texte fait partie, je pense, des textes que nous connaissons bien. Et vous vous rappelez sans doute que le pape François s’y est beaucoup référé pour l’Année de la miséricorde car c’est là, dans ce texte, qu’on trouve les fameuses « œuvres de miséricorde » qu’il voulait que nous redécouvrions et que nous refassions nôtre pour note agir quotidien. Car ainsi va advenir le Royaume.

Essayons d’imaginer la scène : Jésus au centre, et à gauche à droite celles et ceux qui sont jugés, les uns pour la vie éternelle a dit le texte, les autre pour ce qu'on imagine s'appeler l'enfer, côté terrible, qui sent le bouc ! La première chose qui me vient, c'est à propos de cette idée ou cette notion de jugement. On n'aime pas trop. Soit parce que ça réveille en nous une catéchèse ou des homélies culpabilisantes, sur le péché, sur Dieu qui voit tout, sur Dieu qui juge au sens qui condamnerait, soit parce que ça nous semble contradictoire avec l'idée d'un Dieu d'amour qui pardonne et qui veut sauver tous les hommes. Ça me paraît très important qu'on se le redise.

Avec trois conséquences à avoir en tête, qu'on découvre tout au long des évangiles : (1) cette promesse de salut ce n'est pas qu'une vague promesse consolatrice pour demain, il veut nous sauver dès maintenant et nous sauver c'est-à-dire nous libérer de ce qui nous empêche d'être pleinement vivant ; et donc (2), s'il veut nous sauver, il ne va pas prononcer un jugement qui soit une condamnation qui nous enferme dans le mal commis, qu’il soit par action ou par omission ou aveuglement ; ce ne serait pas logique ; ceci dit, (3) ce n'est pas parce que Dieu veut nous sauver et sauver tous les hommes que tout serait joué d'avance : est-ce que nous voulons être sauvé, est-ce que nous voulons nous laisser sauver par Dieu, et donc, est-ce que nous voulons bien ou est-ce que nous pouvons pour cela, accepter ou apprendre à accepter de reconnaître la responsabilité de nos actes ?

Le salut de Dieu ce n'est pas et ce ne sera pas une éponge qui efface toutes les erreurs ou les aveuglements de notre vie comme si ça n'avait pas eu d'importance et comme si ça n'avait pas eu de conséquences, je ne crois pas. Il y aura un jugement, qui n'est pas une condamnation mais, nous dit l'évangile de Jean, une mise en lumière de notre vie, une mise en lumière dans l’amour de Dieu, son amour miséricordieux qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance, cet amour dont parlait la 1ère lecture.

Ce jugement sera une mise en lumière pour nous inviter à voir en vérité les choix que nous avons posés ou le mal que nous avons pu faire. Pas pour nous enfermer dans ce mal, mais pour nous permettre d'accueillir la miséricorde de Dieu, son amour sauveur qui, je le redis, est cet amour qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance.

Car pour être sauvé encore faut-il accepter d'avoir besoin d'être sauvé, et donc voir ou entendre ce qui, dans nos vies, a besoin de ce salut. Et cela, pas seulement demain, après notre mort, mais d'ores et déjà, maintenant. C'est tout simplement pour cela, ai-je envie de rappeler, qu'il existe un sacrement du pardon, pour nous permettre d'entendre et d'accueillir dès aujourd'hui le salut, faire dès aujourd'hui et sous le regard aimant du Père la vérité sur notre vie, pour vivre déjà en dynamique de salut et de résurrection.

Ceci étant dit, je reviens à notre histoire. Jésus est là, en majesté, qui trône ; et se tiennent à sa droite et à sa gauche ceux qui s'avancent pour le jugement… Jésus prend la parole et raconte une histoire, d'abord de façon positive ; puis, vous l’avez entendu, c'est repris exactement pareil, mais de façon négative, avec ceux qui sont, semble-t-il, condamnés. Son but, à Jésus, c'est qu'on comprenne, c’est qu'on se questionne, et c’est surtout qu’on entende ; cette histoire ainsi dédoublée c’est une façon pour lui d’insister !

« Quand t'avons-nous vu et que tu étais dans le besoin ? » voilà la question qu’il faut se poser ce soir puisque c’est la fin de l’année liturgique, c’est le temps du bilan… « Quand t'avons-nous vu et que tu étais dans le besoin ? » Réponse de Jésus : « Chaque fois que tu as agis ou non envers celui qui était là et qui était en attente de présence, de soutien, de réconfort, mais aussi, très concrètement, en besoin d'un manteau, de nourriture, d'une visite, etc. »… Chaque fois. Chaque fois que nous avons fait ou chaque que nous sommes passé à côté voire que nous avons refusé au frère qui était là… Chaque fois.

J’insiste exprès. Car il me semble que ce texte, cette histoire, pourrait nous accabler. On peut se sentir vraiment petit, tout simplement parce que, de fait, nous sommes quoi qu'il arrive un jour ou l'autre dans la catégorie des boucs, la catégorie de ceux qui n'ont pas vu et qui n’ont pas su répondre à l'appel… Mais la Bonne Nouvelle, je crois, c'est que parfois aussi nous sommes de celles et ceux qui ont su ou qui savent prendre soin ou répondre à l'appel… Certes nous n'y arrivons pas tout le temps, certes ça nous est parfois difficile, certes on se trouve de bonnes excuses qui de fait en sont parce qu'un certain nombre de problèmes ou de difficultés auxquelles nous sommes confrontées nous laissent désarçonnés ou sans voix ou dans le doute de ce que nous pourrions faire… De fait…

Mais l'enjeu n'est pas que nous devenions des super-héros ou les sauveurs du monde ; il n’y a qu’un seul sauveur, c'est Jésus, ne l’oublions jamais. Mais l'enjeu c’est que nous vivions l'évangile, à notre mesure mais toute notre mesure, avec les moyens qui sont les nôtres mais pour de vrai quand même, dans l'écoute assidue de la Parole et la mise en résonance de celle-ci avec les cris du monde et de celles et ceux qui nous entourent. Pour entendre ce que l’Esprit nous appelle à vivre comme chemins de réponses. Pas pour résoudre nous seuls et à la force de nos seuls bras à tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés, mais déjà ceux qui sont de notre ressort. Et qu’ainsi grandisse et advienne le Royaume, ce Royaume dont Jésus est le Roi, ce Royaume dont il est ce Roi-berger aimant dont parlait la 1ère lecture.

Et la Bonne Nouvelle c'est que nous sommes appelés à vivre ces appels ensemble, en communauté, et donc dans la complémentarité de nos charismes et dans un discernement commun de ce que nous sommes en mesure chacun et ensemble de proposer comme réponse à la misère qui nous entoure et aux appels que nous entendons, ceux du monde et ceux que l’Esprit va nous inspirer, si nous nous mettons en attitude d’écoute intérieure et de discernement.

Oui il y aura bien un jugement, une mise en lumière dans l’amour de Dieu, de ce que nous vivons ; oui nous allons manquer parfois à l'appel. Mais la Bonne Nouvelle c'est que Dieu veut nous offrir son pardon si nous reconnaissons humblement nos difficultés à vivre ses appels ; et la Bonne Nouvelle c'est même qu'en accueillant ce pardon il nous donne son Esprit Saint, sa force pour mieux aimer, petit à petit, en apprenant à voir et à entendre avec le regard et les oreilles mêmes de Jésus et du Père.

Alors je crois que nous n'avons pas à avoir peur de ce jugement annoncé, nous avons à l'entendre comme un appel à rester éveillés aux appels du monde et de celles et ceux qui sont là à côté de nous ; et à demander au Seigneur qu'il nous éclaire chacun sur comment y répondre, à notre mesure et ensemble. Parce que, oui, nous sommes responsables les uns des autres, au nom de notre foi. Et d’autant plus que c'est dans ces situations où nous allons être ces mains qui prennent soin et ces voix qui réconfortent au nom même de Dieu que nous apprendrons à découvrir que dans ces rencontres il se jouait quelque chose de sa présence, la présence de Dieu. Ce que nous célébrerons d’ailleurs au cœur du mystère de Noël…

Alors quand nous approchons pour communier, et donc tout à l'heure quand nous recevrons le sacrement de la présence de Jésus, n'oublions pas qu'il vient établir sa demeure en nous pour être porté au monde et pour que nous devenions toujours plus ses mains qui veulent prendre soin de chacun et ses yeux qui vont apprendre à le reconnaître qui est là dans le petit et le fragile, dans le pauvre et l’exclu.

Alors, tout simplement, prions maintenant les uns pour les autres, pour que Jésus nous éclaire par l'Esprit Saint, dans le silence de nos cœurs, qu’il souffle en nous ce qu'il attend de nous aujourd'hui dans nos lieux communautaires et nos lieux d’engagements de vie… Peut-être que nous avons là à lui demander pardon pour ces fois où nous avons fait la sourde oreille aux cris des plus pauvres ; peut-être pouvons-nous rendre grâce aussi pour les fois où des chemins de réponses ont été possibles.

Et puis demandons lui toujours et encore l'Esprit Saint, l'Esprit que nous allons invoquer sur le pain et le vin et sur nous-mêmes, l’Esprit de discernement qui est aussi la force même de Dieu pour vivre l'Evangile. Il est promis, dit Jésus, à qui le lui demande. Nous savons donc ce qu'il nous reste à faire, dès maintenant, ce soir encore.

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L'illustration de ce post' : une figure du Christ, au monastère de Silos, en Espagne.

Publié dans Homélies

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