Homélie jeudi 19 oct. 2017

Publié le par Christophe Delaigue

Jeudi de la 28ème semaine du Temps Ordinaire

Rm 3,21-30 / Ps 129 (130) / Luc 11,47-54

Dans la 1ère lecture, il est question, vous l’avez entendu, de ce que Paul appelle la justice de Dieu. Cette justice de Dieu, pour dire vite, s’appelle en fait le salut.

Ce salut, cette justice de Dieu qui veut nous rendre juste devant lui, c’est-à-dire nous rendre ajusté à lui, nous accueillir en ce ce qu’il est lui-même, ce salut n’est pas réservé, dit Paul, à Israël au titre ou au mérite qu’il est le peuple élu. Ce que nous nous savons, nous le célébrons d'ailleurs à chaque eucharistie, car nous ne sommes pas de ce peuple et pourtant nous croyons que nous participons des promesses de Dieu parce que nous avons accueilli la Bonne nouvelle du Christ mort et ressuscité pour nous, pour notre salut.

Mais c’est une question pour Paul, une question qui traverse en partie toute l'épître aux Romains. Qu’en est-il de l'Israël de Dieu qui n’a pas reconnu le Christ, et comment, nous qui ne sommes pas d’Israël, comment venons-nous nous greffer aux promesses d’Israël qui est bien le peuple de Dieu ; comment sommes-nous adjoints à ce peuple, et quelles en sont les conséquences concrètes, par exemple par rapport aux prescriptions de la Loi ?

Que vient de nous dire Paul ? Il y a la Loi, donnée à Israël, et il y a la foi. C’est par la foi que nous entrons dans la justice de Dieu, c’est par la foi que nous entrons dans les promesses de salut, qui sont promesses pour toutes les nations. La Loi, pourrait-on dire, a été donnée à Israël pour se constituer comme peuple et se constituer comme peuple de Dieu, référé à lui et appelé par lui à être signe pour les nations, signe de l’existence et de la présence d’un Dieu qui est là et qui veut se faire connaître de tous, un Dieu qui a fait Alliance, non pas seulement avec Israël, mais bien avec l’humanité tout entière.

Mais alors, si c’est par la foi et la foi seule que Dieu sauve, que Dieu nous sauve, qu’en est-il de la Loi ?

Rappelez-vous ce qu’en a dit Jésus : il n’est pas venu l’abolir cette mais l’accomplir. Et pas un seul iota de celle-ci ne lui sera enlevée, disait-il encore.

Et de fait, la Loi n’est pas abolie. Nous découvrons même que ses grands principes, ses fondements qu’est le décalogue, sont bien des balises de vie qui nous concernent encore et qui sont comme une déclinaison de l’unique Loi, de l’unique commandement que nous laisse Jésus, qu’est l’appel à aimer. Aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même.

Mais, nous dit Paul, ce n’est pas la Loi qui sauve. Car la Loi seule n’est rien. Elle n’est qu’une somme de prescriptions pour un bon vivre ensemble. Elle ne prend sa valeur – j’ai envie de dire sa valeur de salut – qu’au regard de la foi, que si la foi est première, c’est-à-dire la confiance en Dieu, le désir de vivre en relation avec lui et en réponses à ses appels… Voilà où doit se situer la Loi. Elle est une aide, elle est un ensemble de balises de vie, pour vivre une foi en actes. Mais c’est bien la foi qui est première, la confiance en Dieu qui veut nous sauver, Dieu qui nous aime, Dieu qui est toute miséricorde, Dieu qui nous aime de cet amour, disait le pape François pour l’Année de la miséricorde, qui console, qui pardonne et qui donne l'espérance (*). Là est déjà le salut, la justice de Dieu.

Les prophètes, avant Jésus, n’ont eu de cesse de dire déjà tout cela. De réveiller le peuple qui oubliait Dieu ou ses appels, alors même qu’ils obéissaient, plus ou moins d’ailleurs, aux prescriptions de la Loi. Ce ne sont pas les sacrifices qui plaisent à Dieu, ont-ils rappelé par exemple, mais la miséricorde. Non pas que les sacrifices soient vains, mais les sacrifices seuls comme mise en règle avec Dieu ne sont qu’une coquille vide sans un amour en actes de Dieu et donc des frères et des plus petits.

Et voilà ce que Jésus dénonce indirectement dans l'évangile de ce matin. C’est cette attitude des pharisiens et des Docteurs de la Loi qui vont conduire à sa mise à mort, cette attitude de ces spécialiste de la Loi qui rappellent le permis-défendu, qui jugent et enferment au regard de ce permis-défendu, avant d’orienter d’abord sur le fondement de tout, le seul fondement, la foi, la confiance en Dieu, le désir de vivre avec lui. Et je dis bien le désir, car c’est là, c’est à ce niveau là, que se joue la foi. Parce que la foi, la confiance n’est pas d’abord une affaire de pratique de ce qui est bon et donc autorisé, la foi est d’abord une affaire de cœur et de désir.

Ensuite elle impliquera une vie en adéquation à ce que Dieu veut pour nous, une vie en réponse et en accueil à ses promesses de salut. Là vient la pratique, la mise en pratique concrète ; là viennent alors les règles que nous nous donnerons ou que nous recevrons de Dieu, pour nous aider à avancer et à discerner où nous en sommes d’une vie de foi en réponse d’évangile…

Nous le savons, le pharisianisme nous guette toujours, chacun, et fait alors obstacle à notre mission d'être des témoins croyants, confiants, en Dieu qui est là, Dieu qui veut se faire connaître de tous, Dieu qui veut aimer et sauver chacun de ses enfants qui voudront bien le connaître et se laisser reconnaître par lui… Alors je prie tout spécialement ce matin pour les résistances dans notre Eglise au prophétisme qui rappelle aux chrétiens qui s’endorment qu’il faut raviver toujours notre foi et ne jamais oublier que Dieu veut sauver tous les hommes. Que c’est premier !

Et je nous invite à prier tout spécialement pour le pape François et pour les résistances aux appels qu’il nous adresse en ce sens, notamment, vous le savez, autour des questions que soulèvent son exhortation apostolique Amoris Laetitia. L’enjeu de toute la mission pastorale de l’Eglise, nous redit-il, c’est d’être des témoins en actes du Dieu miséricordieux, c’est d’être et de « Devenir miséricordieux comme le Père est miséricordieux », c’est de permettre à tous un chemin de foi, à partir de là où ils en sont et pour un chemin que nous avons tous à faire pas à pas.

Pour permettre cela, pour y arriver, rappelez-vous mes soeurs ces 4 verbes qui structurent son agir pastoral et qui sont – c’est lui qui le dit (**) – la clé de lecture d’Amoris Laetitia : accueillir, accompagner, discerner, intégrer…

Nous prions...

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(*) cf. bulle d’indiction pour l’année jubilaire, à propos du passage des Portes saintes.

(**) cf. livre d’entretiens du pape François avec Dominique Wolton, Politique et société (septembre 2017).

Publié dans Homélies

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