Homélie 1er avril 2017

Publié le par Christophe Delaigue

Carmel ND de Surieu, samedi 1er avril 2017

Jr 11,18-30 / Ps 7 / Jn 7,40-53

Quand j'ai entendu la 1ère lecture pour la première fois ce matin, aux laudes, je me suis dit : de qui parle-t-on ? Pas tellement qui parle au Seigneur, quoi que, mais de qui parle-t-il celui qui prie, qui sont-ils ceux dont il parle, ceux que j'ai envie d'appeler ses détracteurs, ses ennemis ?

Qui parle au Seigneur ? C'est le prophète Jérémie. Mais nous pouvons y entendre aussi quelque chose du Christ, à quelques jours maintenant des célébrations de sa Passion et de sa résurrection... D'ailleurs, Jérémie se présente comme un agneau docile qu'on emmène à l'abattoir ; or cette expression, si vous faites marcher votre mémoire biblique, vous fait penser au Serviteur souffrant dans le livre d'Isaïe ; et rappelez-vous dans le livre des Actes des Apôtres, l'eunuque éthiopien qui lira justement ces versets d'Isaïe sur ce même agneau et qui demandera à Philippe que le Seigneur lui envoie : de qui parle-t-il, de lui-même ou d'un autre ?

La tradition chrétienne, depuis les Pères, voit dans cette figure du Serviteur souffrant qui est comme un agneau qu'on mène à l'abattoir une annonce du Christ... Et l'évangile qu'on vient d'entendre nous fait pressentir déjà cette Passion qui approche, nous fait presque ressentir déjà l'étau qui se ressert et qui se resserrera autour de Jésus, Jésus que Jean-Baptiste avait nommé quelques chapitres auparavant l'Agneau de Dieu...

Je reviens à notre 1ère lecture... Si nous nous mettions chacun, vous mes soeurs, moi, vous tous, dans les mots mêmes de Jérémie, si sa prière était la nôtre... qui sont-ils alors ces ennemis dont il est question ?

Voilà ce que je me suis demandé ce matin aux laudes en entendant cette lecture...

Et j'ai pensé aux ennemis dont regorgent les psaumes, ces fauves dont nous parlait notre psaume, à l'instant, ces ennemis qui parfois nous dérangent par cette espèce de violence qui vient du coup habiter à cause d'eux notre prière mais qui sont en fait, vous le savez bien mes soeurs, nos ennemis intérieurs à chacun !

Ces ennemis dont parle Jérémie, ou plutôt ces ennemis qui habitent parfois notre prière et notre coeur, ces ennemis qui envahissent du coup notre vie, n'est-ce pas notamment tout ce qui nous fait douter de Dieu et de la vie, tout ce qui nous ferait douter de la Bonne nouvelle de la résurrection, c'est-à-dire de la promesse en Jésus ressuscité que quoi qu'il arrive, avec lui, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort ?!

Quels sont-ils ces ennemis, qui sont-ils ceux qui s'acharnent autour de moi et de nous, en moi et en chacun de nous ? Ce sont nos peurs qui parfois ressurgissent et semblent pouvoir nous engloutir... Ce sont nos blessures qui semblent ne jamais complètement guérir... Ce sont ces tentations de tous ordres, ces tentations idolâtriques, qui prennent le dessus de notre désir sincère de suivre le Christ... C'est notre péché, aussi... Et c'est encore pour certains la fatigue qui les assaille et qui les cloue parfois au sol...

Jérémie implore la revanche de Dieu, et il nous dit qu'il remet en lui sa cause. Quelle est-elle cette revanche, cette victoire attendue ?

C'est le salut ! C'est le salut manifesté en Jésus Christ, par sa résurrection. Nous allons le fêter dans quelques jours, et c'est bien ce que nous redisons, ce que nous célébrons à chaque eucharistie. C'est le salut promis, ce salut déjà offert, ce salut toujours à accueillir !

Et pour cela, nous le savons, comme le dit Jérémie, nous savons qu'il faut mettre en Dieu notre cause : nous sommes invités à déposer en lui tout ce qui nous habite, y compris tous ces démons et ces ennemis qui nous assaillent, tous ces combats intérieurs. Pour que Jésus, par son Esprit Saint, vienne consoler, apaiser, pardonner, guérir, jour après jour, petit à petit.

Comme Jérémie le dit, tout cela nous le savons ; nous savons, nous, que cela nous a été révélé pleinement en Jésus Christ mort et ressuscité. Et nous savons que c'est désormais l'œuvre de chaque jour de nous en remettre à lui, avec confiance ; dans la prière et notamment le silence de la prière personnelle, mais aussi par les sacrements et notamment celui de l'eucharistie où nous déposons avec le pain et le vin ce qui fait nos vies, nos vies avec leurs combats mais aussi leur espérance.

Tout déposer en Dieu le Père, par Jésus et dans l'Esprit, pour entrer jour après jour en dynamique de résurrection, en dynamique de salut, c'est bien ce que nous célébrons ce matin encore dans cette eucharistie. Amen.

Publié dans Homélies, Méditations

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