Homélie samedi 4 nov. 2017

Publié le par Christophe Delaigue

Samedi de la 30ème semaine du Temps Ordinaire

Rm 11,1-2a.11-12.25-29 / Ps 93 (94) / Luc 14,1.7-11

Nous entendions hier et je vous invitais à entrer dans la tristesse et la douleur de Paul pour ses frères juifs qui n’ont pas reconnu et qui ont même rejeté le Christ. Et voilà ce que nous venons d’entendre ce matin ce cri d'espérance auquel je faisais déjà allusion : « Tout Israël sera sauvé » ! C’est le mystère de l'élection et surtout de la fidélité de Dieu.

Petite parenthèse, vous savez que j'ai dû aller la semaine dernière à Mayence, Jean-Paul II y prononça en son temps un discours très important sur le mystère de la permanence et l'élection d’Israël ; pour les plus passionnées de théologie d’entre vous – vous voyez, mes soeurs, que j’ai souci de votre formation continue –, retournez lire ce texte, vraiment…. Je n’en dis pas plus, ce n’est pas le lieu, fin de la parenthèse…

St Paul nous invite donc à entendre et à comprendre que tout Israël sera sauvé, par celui-là même qui est né de lui et qui pourtant n’a pas été reconnu par beaucoup du peuple élu comme étant le Messie que Dieu lui avait promis.

Certes, ces juifs au cœur endurci, comme dit Paul, sont à vue humaine des adversaires par rapport à l’Evangile, et il fut bien placé pour le savoir, l’ami Paul ; mais, affirme-t-il aussitôt – et c’est très émouvant, je trouve –, ils restent pourtant des bien-aimés de Dieu… en raison de leur élection...

C’est vrai qu'à vue spontanément et logiquement humaine nous pourrions nous dire, et ça l’a été au cours des siècles : tant pis pour eux, ils ont manqué le Christ, ils l’ont même rejeté et mis à mort, ils se sont donc coupé et exclu eux-mêmes du salut, c’est triste, mais qu’y pouvons-nous ?!

Eh bien non ! Dieu est fidèle, lui. Et oui, tout Israël sera sauvé. Certes il y a là un mystère,  comme dit Paul, mais ce mystère mais c’est le cœur même du Père dont il est ici question, sa miséricorde.

Et « Devenir miséricordieux comme le Père est miséricordieux », comme Jésus nous y appelle dans l'évangile de Matthieu, c’est accepter et apprendre à entrer dans ce mystère d’un Dieu fidèle malgré tout, un Dieu qui veut sauver tous les hommes, un Dieu qui nous invite à inverser, à renverser, nos vues humaines qui sont souvent comptables et rétributives.

C’est d’ailleurs de cela dont il est aussi question, pour une part, dans l'évangile que nous venons d’entendre, dans sa finale, quand Jésus nous dit : « Quiconque s’élève sera abaissé et quiconque s’abaisse sera élevé »

L’enjeu n’est pas de se trouver à la première place, de se prendre pour un invité de marque. Mais de reconnaître que Dieu se fait et veut se faire notre hôte à chacun et qu’il nous dit qu’il est notre ami. Cela seul compte.

Dieu s’est abaissé en Jésus jusqu'à nous, pour nous le révéler. Il s’est abaissé jusqu'à traverser pour nous, comme nous et avec nous, le mal, la souffrance et la mort. Pour nous élever à la seule place qui compte, celle de se laisser ressusciter par lui, celle de se laisser accueillir et aimer par lui, lui le Père, le Dieu de miséricorde.

Et Jésus nous a signifié de façon toute particulière cet abaissement pour notre quotidien dans ce très beau geste du lavement des pieds dont vous savez que dans les communautés de l’Arche de Jean Vanier dont je suis proche on aime le vivre tous ensemble, les uns vis-à-vis des autres, car il révèle ce que nous essayons de vivre chaque jour dans les humbles gestes du quotidien.

Au lavement des pieds Jésus s’est abaissé comme un serviteur, lui le maître de la vie, pour nous dire que là est le chemin du bonheur, dans la rencontre de l’autre qui ne le domine pas mais qui s’abaisse à hauteur d’homme, dans l’humilité qui ose se laisser regarder par l’autre et l’envisager jusque dans ses faiblesses, alors que l’un et l’autre, les uns et les autres, nous sommes pécheurs et fragiles, blessés, mais appelés comme l’Israël de Dieu au salut.

Appelés au salut malgré nos manquements à l’appel à aimer et à pardonner, malgré l’endurcissement de nos cœurs et nos jugements sur l’autre, malgré aussi nos refus, pour certains, de reconnaître Jésus comme sauveur et Messie.

Oui, Dieu est le Père miséricordieux qui nous appelle, je le redis, à « Devenir miséricordieux comme [lui-même] est miséricordieux », et donc qui nous appelle à sortir de nos seules logiques humaines qui calculent et qui jugent. Pour entrer dans son regard à lui, son regard qui aime chacun, son regard qui voudrait que chacun se sache et se laisse aimer par lui.

Et voilà pourquoi – je ne résiste pas à vous le redire une fois encore mes soeurs – voilà pourquoi le pape François invite l’Eglise à aller sans cesse à la rencontre pour accueillir chacun et pour accompagner chacun sur un chemin de croissance et de conversion, qu’il nous invite ainsi à discerner quels sont les petits pas qui peuvent être faits pour que chacun trouve sa bonne place, sa juste place, et du coup à intégrer la personne, quelle qu’elle soit, que soit sa vie et son histoire, quel que soit son péché et son chemin… Vous reconnaissez ces quatre verbes dont le pape François dit qu’ils sont la clé de lecture d’Amoris laetitia : accueillir, accompagner, discerner, intégrer [*].

Car Dieu – et j’en terminerai là, promis – Dieu, je le redis, veut faire de chacun son invité et son ami…

Alors dans cette eucharistie, nous lui demandons la grâce pour nous et pour toute l’Eglise d’entrer dans ce regard là, dans son regard sur nous et sur chacun.

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[*] Cf. le livre d’entretien avec Dominique Wolton, Politique et société, septembre 2017.

Publié dans Homélies

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