Protestants - Catholiques. Ce qui nous sépare encore

Publié le par Christophe Delaigue

Cette année 2017 est celle de la commémoration des 500 ans de la Réforme, année de célébrations pour les Eglises et communautés ecclésiales protestantes. Mais pas seulement...

Le pape François comme le pape Benoît XVI avant lui nous invitent, catholiques, à nous associer. Car nous sommes concernés par cette commémoration même si elle marque l'anniversaire d'une rupture.

Nous sommes concernés car c'est aussi l'occasion de célébrer 50 ans de dialogue œcuménique par lequel nous nous reconnaissons aujourd'hui comme frères et soeurs en Christ, appelés à marcher vers l'unité, et parce que nous voilà capables et invités à reconnaître ensemble les blessures du passé, à en demander pardon, pour ensemble recueillir et célébrer ce que les uns et les autres nous pouvons aujourd'hui nous apporter. Dans son encyclique Ut unum sint de 1995 Jean-Paul II ne nous invitait-il pas à vivre l'oecuménisme, et donc la marche vers l'unité, comme un «échange de dons » ?

Dans le contexte de ces commémorations, j'aimerais conseiller à votre lecture ce livre d'entretien entre François Clavairoly, pasteur et Président de la Fédération Protestante de France, et le P. Michel Kubler, assomptionniste, actuel directeur du Centre œcuménique Saint Pierre - Saint André à Bucarest. Tous les deux se connaissent bien puisqu'ils participent depuis de nombreuses années au Groupe des Dombes, lieu de rencontre et de travail théologique entre catholiques et protestants francophones.

Dans ce long entretien en plusieurs chapitres mené par Loup Besmond de Senneville, journaliste au service religion du quotidien La Croix, nos deux théologiens abordent beaucoup de questions et osent s'affronter sur des positions parfois divergentes, souvent différentes mais aussi, pour certaines thématiques, aujourd'hui communes ou proches. Et c'est fort intéressant et même fort stimulant !

Concrètement ce livre est divisé en plusieurs parties et plusieurs chapitres (petit point négatif à l'édition, il manque une table des matières, dommage...) : il est question du rapport à la Bible, de nos compréhensions de qui est Jésus, de la place de Marie dans nos confessions et plus largement des saints, de la question aussi du don de la grâce et du salut et au coeur de cela de la responsabilité de l'homme... Après avoir ensuite parlé de la Réforme et de Luther, la troisième partie du livre (la plus dense et la plus stimulante à la réflexion, pour moi, au regard des questions que je travaille personnellement), aborde la difficile question ecclésiologique (qu'est-ce que l'Eglise, qui sont l'Eglise, quelle est sa mission, est-elle nécessaire au salut ou comment en est-elle l'instrument, etc.), la question aussi de la figure du pape (séparatrice à l'époque de Luther et qui reste une question majeure dans l'exercice de ses fonctions et son rôle de ministre de la communion ; Jean-Paul II dans la même encyclique que je citais plus haut invitait les responsables et théologiens des Eglises à l'aider à envisager un exercice de ce ministère plus adapté, plus ajusté, à l'écoute des réalités actuelles, ecclésiales et œcuméniques). La quatrième et dernière partie traite plutôt du rapport de nos Eglises à la société, il y est question de laïcité, de dialogue interreligieux et de nos positionnements respectifs quant aux questions éthiques.

Ce livre est vraiment intéressant, plutôt simple et abordable dans le style et grâce aussi à la forme (en entretien). Ceci dit beaucoup de sujets sont ici abordés, c'est parfois un peu dense pour qui découvrirait tout. Mais ça vaut le coup de s'y plonger, c'est une belle introduction à nos Eglises et aux questions qui les traversent et qui nous traversent ensembles dans notre quête de dialogue et de communion plus grande. Et Michel Kubler connaissant très bien le monde de l'orthodoxie, celui-ci n'est pas absent du dialogue, c'est intéressant et c'est à mentionner comme un plus de ces pages.

Enfin, le ton de ces pages y est globalement posé, serein, même s'il est parfois un peu âpre quand nos deux confessions ont des positions très différentes et ne se comprennent pas forcément. Le style dialogue permet vraiment d'entendre cela et c'est bon je crois. Comme le dit la quatrième de couverture : « Un débat passionnant, plein de fougue et d'intelligence. »

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François Clavairoly et Michel Kubler, Protestants - Catholiques. Ce qui nous sépare encore, Bayard éditions, mars 2017, 274 pages, 16€90.

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