Quelle "vie" pour nos communautés ?

Publié le par Christophe Delaigue

Quelques pages que je vous partage d'une soirée de dialogue avec des pasteurs évangéliques, au Centre Théologique de Meylan, dans le cadre d'une série de rencontres, de "conversations"... Ce soir là nous parlions de la vie de nos communautés, voici ce que j'avais préparé pour la partie catholique, avant une prise de parole évangélique et un beau dialogue avec la salle...

C.T.M. / Conversations catholiques-évangéliques

12 mars 2013 : La vie des communautés

Nous abordons ce soir une question plus pastorale que celle de notre précédente soirée. Une question qui est vaste aussi… En tout cas une question que je ne peux pas aborder sans en poser une autre comme préalable : qu’entend-on par « communauté » ? Je pose cette question car dans mon Eglise, l’Eglise catholique, nous vivons un paradoxe quant à cette expression, en tout cas en Occident et notamment en France : on parle volontiers des « communautés chrétiennes » quand on veut parler de la vie de l’Eglise à l’échelon très local, en proximité, mais c’est une expression un peu fourre-tout et une expression qui est finalement assez récente, je trouve, dans notre façon de parler de notre vie en Eglise. On utilise cette expression depuis qu’on ne sait plus trop à quoi correspondent ce qu’on appelait les paroisses.

Dans notre diocèse nous sommes en réflexion depuis un an et demi sur un thème lié à cela : « Quelles communautés pour quelle mission ? », et ça fait suite à la mise en place de ce qu’on avait appelé les « Paroisses nouvelles », en 1998.

Pourquoi est-ce que je dis qu’on ne sait plus trop ce qu’est une paroisse ? Et d’ailleurs qu’est-ce qu’une paroisse ?

Pour bon nombre de gens que vous interrogeriez dans la rue, les chrétiens, sont ceux qui rassemblent le dimanche dans une église – ils confondent chrétiens et catholiques, parce qu’en France, vous le savez, on a été très longtemps culturellement catholique. La communauté chrétienne, entendez en fait la communauté catholique, ce sont ceux qui se rassemblent le dimanche dans leur clocher et qui se rassemblent pour la messe. Et de fait, jusqu’à peu, le clocher correspondait à une paroisse. Qui disait clocher disait une communauté, c’est-à-dire des gens qui se rassemblent le dimanche, et disait aussi un prêtre.

On assiste depuis presque 50 ans maintenant en Europe et en France à un phénomène assez massif de déchristianisation et de sécularisation qui a entraîné deux choses : un affaiblissement des communautés paroissiales, en terme de nombre et de participants, de pratiquants, et une chute très importante des vocations – c’est forcément lié. Du coup nous ne pouvons plus penser le clocher ou la paroisse comme étant une communauté avec un prêtre qui lui est envoyé pour la faire vivre. Or c’est le modèle que nous avions en tête depuis de nombreux siècles.

C’était un premier constat. Deuxième constat, dans ces communautés de village ou de quartier qu’étaient nos paroisses-clochers, on peut dire que la vie de l’Eglise tournait autour de deux pôles forts :

1/ l’eucharistie du dimanche, la messe, à laquelle on ne comprenait pas grand chose car c’était grosso modo en latin jusque dans les années 1960,

2/ et le catéchisme où on apprenait aux enfants qui est Dieu, qui est Jésus et comment vivre en chrétien.

Le reste de la vie des communautés était rythmé par les baptêmes, les mariages et les funérailles, plus la confession qui a laissé quelques souvenirs pas toujours très heureux.

Au cours du XXème siècle, et même dès la fin du XIXème siècle, on assiste à ce que j’ai envie d’appeler un double réveil dans notre Eglise :

1/ un réveil qu’on pourrait appeler spirituel qui est accompagné ou qui est la conséquence du renouveau liturgique, théologique et biblique qui marque l’Eglise catholique, petit à petit ;

2/ et un réveil communautaire qui correspond à un réveil qu’on pourrait qualifier en même temps de missionnaire : ce réveil c’est ce qui donne naissance aux mouvements ; l’idée c’est de se rassembler pour partager sur sa vie et sur sa foi, pour en être témoin dans son milieu et notamment dans son milieu de travail. Tout un tas de petites équipes vont se développer petit à petit qui vont être des vrais lieux d’une vie communautaire au sens de se retrouver au nom de sa foi, à quelques uns et de façon conviviale, de partager sur ce qui fait notre vie, d’éclairer cela par la Parole de Dieu, et d’en vivre, tout simplement. Ce qu’on a appelé l’Action Catholique, par exemple, a marqué et formé beaucoup de catholiques de nos paroisses. Mais le risque qui est apparu assez vite, je crois, c’est d’une distance qui a pu se créer entrer ces petites communautés d’appartenance ou de réseau et les paroisses qui restaient le lieu officiel du culte et de la catéchèse – pour dire vite.

Avec la sécularisation qu’on connaît et la chute du nombre de prêtres, on est obligé de penser nos paroisses autrement. D’autant plus que le pivot et l’acteur principal des paroisses c’était le prêtre car il est l’homme des sacrements, et il était celui qui peut transmettre la foi et la Parole de Dieu parce qu’il avait été formé.

Nos paroisses ont pas mal évolué ces dernières années. Les diocèses ont lancé des chantiers de réflexion pour essayer d’accompagner la transformation du paysage paroissial mais tout en tenant à conserver la notion même de paroisses. Pour nous, qui dit paroisses dit découpage territorial. Et ça c’est un principe à retenir qui marque profondément notre Eglise catholique, comme les Eglises orthodoxes d’ailleurs et sans doute toutes les Eglises dites historiques. On a calqué nos structures de vie communautaire sur les structures civiles et donc sur un découpage territorial.

Je vous rappelle – ou je vous apprends – que L’Eglise catholique est une communion d’Eglises locales, les diocèses, qui sont en communion par leur communion à l’évêque de Rome et qui peuvent être regroupés et Conférences nationales ou continentales, et ces diocèses sont eux-mêmes divisés en paroisses qui sont en communion entre elles par leur évêque, son presbyterium et les services diocésains qui assurent une coordination de l’action pastorale. Le principe territorial est celui qui régit nos structures et notre vie ecclésiale et donc nos paroisses.

Pour comprendre comment on pense ces paroisses, je vous donne la définition du Code de Droit canonique – cet ensemble de règles qui régule notre vivre ensemble, dans l’Eglise catholique – : « La paroisse est la communauté précise de fidèles qui est constituée d’une manière stable dans l’Eglise particulière, et dont la charge pastorale est confiée au curé, comme à son pasteur propre, sous l’autorité de l’Evêque diocésains » (canon 515). On retrouve ce que je vous disais un peu plus haut : qui dit paroisse, dit communauté et dit curé qui la conduit. Quand il y a moins de prêtres, que fait-on ? Eh bien comme on est « encadré » par ces règles communes à toute l’Eglise qu’est le Droit canon, plutôt que de le modifier, ce qu’on ne peut pas faire aussi simplement, en tout cas pas comme on veut car ça engage toute l’Eglise, eh bien du coup on agrandit les paroisses ; c’est ce qu’on a fait dans le diocèse, en se demandant toutefois si dans une paroisse il ne peut pas y avoir plusieurs communautés – mais qu’entend-on par communauté ? – plusieurs communautés en lien de communion entre elle et qui mutualisent leur force pour un certain nombre d’actions pastorales. Ainsi, dans notre diocèse de Grenoble-Vienne, la définition d’une paroisse c’est justement d’être une « communion de communautés », ces communautés étant soient les anciennes paroisses, nos clochers, soit des groupements de clochers autour d’une même réalité de vie, soit des groupes d’appartenance… C’est flou et le risque c’est que dans certains lieux on a continué à fonctionner autour de son clocher sans se poser plus de questions, sauf que nos communautés, en terme de nombre, diminuent dans un certain nombre de lieux, que les prêtres ne peuvent se démultiplier pour faire vivre toutes communautés ou ce qu’il en reste et qu’il y a un risque réel d’épuisement pour tout le monde.

D’autant plus que depuis quelques années on prend conscience d’une urgence missionnaire nouvelle – ce que Benoît XVI et Jean-Paul II avant lui on appelé une « Nouvelle évangélisation ». On voit bien que la société s’est déchristianisée très fortement. Et on voit combien nos communautés, si elles veulent se renouveler, doivent rajeunir et donc rejoindre de nouveaux publics. On voit bien aussi qu’il ne suffit plus de se rassembler et de catéchiser pour permettre aux gens d’être chrétiens et de vivre de leur foi, et même d’en témoigner.

On redécouvre combien l’Eglise, donc chacun des baptisés, donc les communautés chrétiennes ou les paroisses, doivent se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu pour se laisser rejoindre et convertir par les appels du Seigneur ; on redécouvre aussi combien il est important de se laisser renouveler dans la foi par des célébrations priantes et dynamisantes qui nous permettent de reprendre souffle ensemble et avec le Seigneur ; et on redécouvre combien il nous faut annoncer dans le monde la Bonne Nouvelle du Salut, en paroles et en actes.

Mais vous voyez bien l’écart qui apparaît entre l’étendue de la mission, que vous connaissez bien et qui concerne toutes nos Eglises, et l’affaiblissement de nos communautés. Dans une Eglise, en plus, en manque de ministres, une Eglise qui doit donc se donner les moyens de former des chrétiens solides capables d’annoncer Jésus Christ dans leur vie de tous les jours.

Pour revenir aux structures et en finir sur ce point là, on réfléchit dans beaucoup de diocèses sur un découpage paroissial non plus seulement territorial ou en tout cas qui tienne compte dans un territoire donné du fait qu’il faut des lieux forts et même des lieux phares qui correspondent à des basins de vie, des lieux où on arrive à construire une réelle vie communautaire, des lieux qui soient dynamisants, des lieux où on trouve ce dont on a besoin pour se former et pour catéchiser et évangéliser, des lieux où on ait aussi le souci des plus pauvres et des plus fragiles ; et puis, autour de ces lieux là, dans nos villages, nos clochers ou nos quartiers, des rassemblements qui soient plus comme des petites communautés de maison, en essayant de continuer à y célébrer de temps en temps s’il y a une « communauté stable » – pour reprendre le vocabulaire du Code de Droit canonique – et en essayant de continuer à proposer de la catéchèse au plus près de là où vivent les gens. Du coup on ne penserait plus nos paroisses comme une « communion de communautés » au sens d’une sorte de « fédération de clochers » mais une « communion de communautés » au sens d’une sorte de « communauté-mère », un « pôle paroissial » – ou plusieurs selon les paroisses – avec autour d’elle des « communautés satellites », des « communautés de maison », des « fraternités » de villages ou de quartiers où on se retrouverait autour de la Parole de Dieu, autour aussi d’un partage de vie et de foi et puis pour prier ensemble. Toutes ces « communautés de maison » ou « fraternités locales » se retrouvant le dimanche pour le rassemblement dominical sur ce que j’ai appelé la « communauté mère » ou le « pôle paroissial » qui se situerait au cœur du bassin de vie… On cherche. Et on essaye de retrouver un fonctionnement communautaire qui soit plus à l’image de ce qu’on peut lire dans les Actes des Apôtres, même si on ne peut faire abstraction de notre histoire et par exemple du fait, aujourd’hui, de toutes ces églises dont nous sommes affectataires et que nous avons la responsabilité y compris légale de faire vivre.

Je vous rappelle juste ce petit passage des Actes des Apôtres que vous connaissez sans doute et qui vraiment guide notre réflexion (Ac 2,42-47) : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au Temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse et la simplicité du cœur. Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut. »

J’étais plus sur l’aspect « communautés », j’en viens maintenant à la vie de ces communautés.

Au regard de ce que j’ai déjà dit rapidement des paroisses et de ce que vous en voyez sans doute autour de vous, vous aurez compris je pense que le cœur de la vie des communautés catholiques, c’est l’eucharistie. Le Concile Vatican II dit même que c’est la « source et le sommet de la vie chrétienne » (1), du point de vue catholique. C’est le cœur car c’est pour nous le lieu par excellence du rassemblement autour de la Parole de Dieu et du Seigneur qui se donne à nous dans ce sacrement de sa présence que sont le Pain et le Vin sur lesquels nous invoquons l’Esprit Saint et qui deviennent pour nous le Corps et le Sang du Christ et par lesquels nous devenons nous aussi le Corps du Christ, pour reprendre l’expression de St Paul. L’eucharistie c’est donc ce lieu et ce temps de notre communion avec le Christ et de notre communion entre nous pour vivre avec lui et ensemble l’annonce de l’Evangile dans notre vie quotidienne. L’eucharistie, en plus, c’est ce lieu et ce temps de la prière sous toutes ses formes – qu’elle soit demande de pardon, qu’elle soit action de grâce et louange, qu’elle soit d’intercession – la prière sous toutes ses formes, donc, dans l’écoute de la Parole de Dieu. L’eucharistie c’est aussi ce lieu et ce temps où cette Parole proclamée est commentée et actualisée pour notre vie aujourd’hui ; il y a une dimension de formation et d’évangélisation de la communauté par la prédication. On pourrait donc dire que l’eucharistie, pour nous catholiques, c’est un peu le lieu qui récapitule la vie chrétienne qu’il faut ensuite déployer.

Depuis quelques années, on insiste beaucoup sur la Parole de Dieu, à lire et à prier, à partager ensemble au regard de notre vie, et à annoncer. Il y a quelques années en France, quand on a réfléchit à repenser la catéchèse pour que notre annonce soit audible et plus ajustée, on a définit l’Eglise, en France, comme « servante de la Parole de Dieu » – et non plus seulement dispensatrice des sacrements, comme on disait au Concile de Trente ! Je vous rappelle d’ailleurs que Vatican II dit que la 1ère mission des prêtres et des évêques c’est l’annonce de l’Evangile, aux communautés notamment pour que les membres de nos communautés puissent à leur tour en vivre et l’annoncer.

Si l’eucharistie est source et sommet de la vie chrétienne, du point de vue catholique, on a compris, on pourrait dire, qu’elle n’est pas le tout de la vie de l’Eglise ! J’exagère un peu en disant cela, je caricature même, mais de fait on avait beaucoup « centralisé » autour de l’eucharistie et pour beaucoup de chrétiens catholiques de nos communautés leur vie ecclésiale c’était la messe du dimanche.

Autre point sur la vie des communautés, celle-ci est rythmée par les sacrements et plus largement par l’accompagnement et la célébration des étapes de la vie. Pendant longtemps les paroisses ont d’abord été des lieux où on célébrait les sacrements avant d’être des lieux où on se pose la question de l’évangélisation. Tout simplement parce qu’on baignait dans une culture chrétienne catholique et que tout le monde ou presque venait frapper à la porte de l’Eglise pour un baptême ou un mariage. Et aussi d’ailleurs pour les funérailles. Je parle au passé mais c’est encore le cas même si là aussi ça commence à changer. La plupart des gens qui aujourd’hui demandent le baptême pour leur enfant demandent tout autant, si ce n’est plus, pour certains, une fête de la naissance de leur enfant, et ils veulent le placer sous ce qu’ils appelleront une protection de Dieu – au cas où il existe, c’est moi qui rajoute –, et pareil pour leur mariage – j’en ai déjà parlé lors de notre 1ère soirée. Concrètement ça marque encore très fortement la vie de mon Eglise, avec une sort de compartimentation de la vie pastorale car ces familles qui viennent frapper à la porte des paroisses sont très souvent sans lien avec les communautés ou ce qu’il en reste, si ce n’est dans les villages par un lien familial ou un lien de « culture chrétienne ». Le lien il se fait du coup par les paroissiens qui se mettent au service de l’accompagnement de la demande, dans les équipes baptêmes, les équipes de préparation au mariage, et les équipes d’accompagnement aux funérailles. Les équipes de catéchèse aussi. Ce sont des lieux qui deviennent de plus en plus des lieux d’évangélisation, avec ce constat : puisque ces gens viennent à nous eh bien saisissons cette occasion pour leur faire découvrir Jésus Christ et son message, profitons-en aussi pour leur parler de l’Eglise et de ce que ça veut dire être chrétien. Et après ils feront leur chemin, en espérant qu’on leur ait donné goût…

Vous vous doutez bien que ce n’est pas si simple de donner goût… Et certains de mes confrères seraient parfois tentés, si ça dépendait d’eux, d’arrêter toutes ces propositions sacramentelles et d’arrêter de penser la vie de la paroisse comme devant répondre à toutes ces demandes. Avec des questions pastorales pour lesquelles nous n’avons pas les réponses : faut-il par exemple continuer à baptiser tous ceux qui le demandent, et quel engagement minimum des familles pouvons-nous demander et exiger ? Pareil pour les mariages. Et pareil d’ailleurs pour la catéchèse…

On a deux options devant nous : soit on arrête et ça libère du temps et de l’énergie pour d’autres projets pastoraux et d’autres projets d’évangélisation, soit au contraire on en fait justement des lieux et des projets d’évangélisation. C’est plutôt l’option qui est prise, mais qui appelle de vrais changements de mentalité, dans nos communautés où beaucoup de paroissiens trouvent qu’on en demande beaucoup aux familles quand on leur demande par exemple de participer à trois rencontres de préparation baptême…

C’est un vaste chantier, qui est passionnant, mais épuisant aussi, parfois, car on est dans une tension : à la fois il y a plus de travail si on veut vraiment évangéliser tout ce monde là, et il faut donc des forces et un peu de monde, et en même temps nos communautés se sont beaucoup réduites et elles ont vieilli et il y a un vrai enjeu de formation, ce qui demande là aussi du temps et de l’énergie. D’où l’enjeu de ne pas s’épuiser dans nos structures paroissiales et de trouver un mode de vivre ensemble qui soit plus dynamisant et ressourçant ; d’où cette urgence je crois à couvrir un peu moins le territoire mais à offrir des lieux forts, des lieux sources, où il fasse bon se retrouver. En plus ces lieux feront plus envie que des clochers qui se meurent et ils seront sans doute plus visibles et donc plus appelants ; et on pourra alors y réfléchir et y mettre en place des projets d’évangélisation qui soient porteurs.

Dernier point qui marque la vie des communautés, c’est toute la dimension diaconale, ou, pour le dire autrement, le service de la charité et des plus pauvres. Ce que j’appelle vivre l’évangile en actes, qui sera un témoignage aussi de notre vie de foi, une vie de foi effective, et peut-être même qui est un critère de notre vie communautaire, au même titre que l’est de plus en plus l’évangélisation. Si nous croyons vraiment en Dieu, si nous croyons vraiment que Jésus est venu nous relever et qu’il veut sauver tous les hommes, si nous voulons vraiment vivre à sa suite, alors nous ne pouvons pas ne pas l’annoncer – et là le chantier reste immense – et nous ne pouvons pas ne pas prendre le temps de nous occuper des plus petits et des plus pauvres, des malades et des pécheurs, pour leur donner de se relever eux aussi, de retrouver sens à ce qu’ils traversent, et d’y découvrir Dieu qui est là et qui chemine avec eux. Peut-être que ça n’ira pas jusque là, pas jusqu’à nommer ou reconnaître Dieu, mais notre mission de chrétiens c’est bien en tout cas de vivre le commandement à aimer, et pour aimer à la suite du Christ il faut aller à les rencontre des plus petits pour entendre leurs cris et vivre pour eux et avec eux, concrètement, les appels de l’évangile.

J’aime bien cette phrase de Jean Vanier, le fondateur des communautés de l’Arche, qui avait dit ici à Grenoble, il y a quelques années, au cours d’un rassemblement de jeunes : Dieu ne nous demande pas seulement de dire aux gens que Jésus les aime, il nous appelle à les aimer, concrètement, au nom de Jésus et de l’évangile.

Toute notre vie ecclésiale, et donc la vie de nos communautés, ne peut pas ne pas vivre cette dimension là de l’évangile. Annoncer, célébrer et servir le monde, c’est indissociable. L’Eglise catholique, en France et en Europe, mais aussi dans les pays dits de mission, a beaucoup fait dans ce service de la charité, que ce soit avec des organismes comme le Secours Catholique et bien d’autres, que ce soit par la création de tout un tas d’hôpitaux et d’écoles, au XIXème siècle, ou grâce à qui a pu être des projets de service et d’aide au développement des peuples.

Mais ces dernières décennies c’était devenu un peu de l’ordre du privé ou du personnel, et on redécouvre combien nos communautés doivent le vivre elles aussi, visiblement et concrètement… Depuis deux ou trois ans il y a tout un mouvement de réflexion en France qui s’appelle Diaconia 2013 qui a permis à nos paroisses et à nos communautés chrétiennes de relancer cette dimension là de la vie de l’Eglise, quand je dis de la relancer je veux dire en fait se la réapproprier comme une dimension à part entière que doit porter toute communauté.

Je vais m’arrêter là car j’ai déjà dépassé mon temps. Retenez juste que notre mise en œuvre d’un vivre communautaire est construit sur un principe de découpage territorial mais qu’il se cherche aujourd’hui ; l’enjeu, je le redis, il est de favoriser de réelles communautés où l’eucharistie du dimanche, sur ce qu’on pourrait appeler un « pôle paroissial », devienne de plus en plus le lieu de la communion entre des petites communautés de village ou de quartier, ou des communautés d’appartenance à un Mouvement, des petites fraternités locales où on se nourrirait de la Parole de Dieu. Retenez que pour nos communautés catholiques c’est un vrai chantier et une vraie conversion de mentalités à vivre ! C’est parce que nous aurons une vie communautaire fraternelle et qui nous centre sur le Christ que nous pourrons continuer à évangéliser et que nous trouverons comment, pour aujourd’hui, et que nous pourrons aussi porter ensemble la mission diaconale à laquelle le Christ nous appelle, ce que j’ai appelé le service de la charité.

(1) Cf. Vatican II, Lumen Gentium n°11 §1. Il est également dit dans Presbyterorum Ordinis que l’eucharistie est « source et sommet de toute l’évangélisation » (n°5 §1).

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :