Un Dieu qui communique ?

Publié le par Christophe Delaigue

Un Dieu qui communique ?

Ce soir, c'est le début des soirées de préparation mariage ; il était question de communication dans le couple. Et Dieu dans tout ça ? Que dire à ces couples de Dieu et d'un Dieu qui parle ? Voilà, ce que j'avais jeté sur le papier, ce qui m'a servi de "trame" pour mon intervention (c'est ici rédigé, mais comme c'est venu, en style plutôt oral).

On s’est interrogé ce soir sur la communication dans le couple qui est le « nerf de la guerre », si je puis dire, pour une vie en couple ; et il m’est demandé de vous parler maintenant de Dieu, en lien avec ce même thème.

L’auteur du livre « Les langages de l’amour » en a écrit un sur « Les langages de l’amour de Dieu ». Que je n’ai pas lu, je vous l’avoue, mais c’est sans doute très intéressant et c’est sans doute complémentaire de ce que je vais vous partager…

En tout cas, peut-être que ça va vous paraître un peu étonnant, mais ce qu’on s’est dit ce soir sur la communication dans le couple – et qui est valable de façon plus large pour la communication dans quasiment tous les champs de nos relations – figurez-vous que ça peut concerner aussi ce que j’ai envie d’appeler notre histoire avec Dieu. Peut-être – je le crois et je vais vous en parler un peu – que Dieu est quelqu’un avec qui on peut parler. Et peut-être même que Dieu c’est quelqu’un qui parle.

Vous verrez d’ailleurs que toute la célébration de votre mariage va être construite comme un dialogue. Il y aura ce que vous allez vous dire entre vous, l’échange des consentements, mais il va aussi y avoir comme un dialogue entre vous et Dieu et même entre l’assemblée et Dieu. On va prier, c’est-à-dire parler à Dieu, faire ce « pari de confiance » que c’est quelqu’un (et pas qu’une idée ou je ne sais quoi) et donc qu’on peut lui parler, lui confier des choses, et notamment lui confier votre amour, votre engagement et votre désir de vivre ensemble pour toute votre vie ; on va écouter aussi ce que Dieu pourrait avoir à nous dire au travers de ces textes qu’on aura à choisir dans le livre de la Bible, ce qu’on appelle la Parole de Dieu – ces textes qui nous révèlent qui est Dieu et ce qu’il nous propose comme chemin de vie et de bonheur. Puis vous allez vous engager et en réponse l’Eglise par le prêtre ou la diacre va vous bénir, en invoquant Dieu, donc au nom de Dieu. Et à cela vous allez lui répondre, vous allez répondre à Dieu en lui disant ce que vous avez sur le cœur, ce que vous attendez de lui, ce que vous voulez lui confier de vous et pour vous, ce que vous voulez lui confier pour votre vie de famille à venir, ce que vous voulez lui confier pour ce qui vous tient à cœur, éventuellement aussi ce que vous attendez de lui (ce sera ce qu’on appelle la prière des époux – on en reparlera à la toute fin de notre session)

Tout cela on va y revenir, petit à petit au fur et à mesure de nos soirées de préparation mais vous pouvez déjà retenir que votre célébration va être construite comme un dialogue, et un dialogue avec Dieu, tout simplement parce que nous croyons, nous faisons ce « pari de confiance » que c’est quelqu’un.

Sauf qu’il y a un « problème », si je puis dire. Je suis sûr que certains d’entre vous se disent – et vous avez raison – : « ok, sauf que Dieu, c’est bien gentil, on ne le voit pas ». Ça veut dire quoi qu’on puisse parler à Dieu et ça veut dire quoi cette histoire de Dieu qui nous parlerait. ?

Si vous vous êtes fait cette remarque, eh bien c’est une très bonne remarque. Dans ma Bible, quand j’ouvre les dernières pages et notamment quand j’ouvre la 1ère lettre de Jean, quelques dizaines d’années après la mort de Jésus, je peux lire : « Dieu, personne ne l’a jamais vu, mais qui aime connaît Dieu ». Dieu, de fait, personne ne l’a jamais vu. Ni vous ni moi. Mais je crois pourtant que Dieu c’est quelqu’un. Je n’ai aucune preuve, comme plein d’autres choses dans la vie. J’ai pas plus de preuve qu’un couple que je marie s’aime pour de vrai ; ça ne se prouve pas, ça ne se démontre pas rationnellement ; éventuellement ça se voit ou ça se pressent, en tout cas c’est bien une histoire de confiance : vous faites confiance à votre conjoint quand il vous dit qu’il vous aime ; et moi je vous fais aussi confiance quand vous me dites que vous voulez vous mariez parce que vous vous aimez. Pour Dieu et pour la foi c’est pareil, c’est une histoire d’abord et avant tout de confiance. Et je crois – je le redis – que Dieu, même si je ne le vois pas et même si je ne peux pas le prouver, Dieu c’est quelqu’un.

Je dis bien c’est quelqu’un. Pas qu’une idée, un truc lointain perdu je ne sais où dans le Ciel. Quelqu’un. Quelqu’un que je ne vois pas mais quelqu’un dont je crois pourtant qu’il est là. C’est vrai qu’on ne le voit pas, mais il nous arrive de faire l’expérience que quelque chose nous dépasse en cette vie, que tout ne vient pas de nous ; certains diront même qu’ils font cette expérience, qu’on arrive pas bien à mettre en mots, qu’il y a en eux, ou à côté d’eux, comme une présence… On a tous aussi cette petite voix intérieure qui semble nous souffler des choses, nous souffler des choix à faire, cette petite voix de la conscience qui parfois nous bouscule intérieurement…

Je crois vraiment, j’en suis convaincu, que Dieu est là, mystérieusement, que je peux en faire l’expérience, et que dans mes désirs de vie profonds, les désirs de vie qui sont en moi, alors il est en train de me souffler des chemins de vie, il me murmure quelque chose.

Pour moi, vous l’aurez compris, c’est une évidence. Dieu existe. J’y crois. Et je crois que c’est quelqu’un et qu’il est là à nos côtés. J’insiste. Quelqu’un et pas qu’une idée vague et lointaine, un esprit qui flotterait dans les airs, je ne sais où, quelque chose qui ne serait qu’une hypothèse et qui nous serait extérieure. Je crois que Dieu existe et que si c’est quelqu’un alors ce que je vis dans toutes mes relations humaines ça peut m’éclairer sur comment vivre avec Dieu, comment lui faire une place aussi dans ma vie, et ça joue sur comment comprendre qui il est et ce qu’il veut peut-être me dire.

Si je le crois c’est parce que j’ai la « chance » d’en avoir fait un jour l’expérience – ce qu’on appelle une expérience spirituelle – et que moi ça m’a changé la vie (si ça vous intéresse je vous raconterai cet épisode de ma vie, mais peut-être pas ce soir). En tout cas je crois que Dieu c’est quelqu’un, quelqu’un qui est là, tout simplement parce que j’en ai fait l’expérience. Et si je le crois c’est aussi parce que c’est ce que Jésus, dans les évangiles, me dit de Dieu. Et que c’est bien ce Dieu là, celui dont parle Jésus, c’est bien la façon dont il en parle, qui moi me touche et fait sens pour moi. Très clairement je ne crois pas en Dieu de façon abstraite, mais je crois au Dieu de Jésus Christ, je crois à ce Dieu dont me parle Jésus dans les évangiles et donc dans ce livre des Ecritures, ce livre de la Parole de Dieu qu’est la Bible.

Je ne sais pas si vous savez tous comment sont faites nos Bibles. Une Bible c’est une sorte de bibliothèque en deux parties. Une bibliothèque avec une très grosse première partie – l’Ancien Testament – qui sont tous les écrits avant la venue de Jésus ; c’est l’histoire du peuple d’Israël dans lequel Jésus est né et c’est l’histoire de ce peuple qui a perçu qu’il y avait un Dieu et qui a essayé de comprendre qui il est et ce à quoi il nous appelle, comment il est présent et ce qu’il nous promet ou ce qu’il nous propose comme chemin de bonheur. Ce peuple, le peuple d’Israël, la Bible nous dit que c’est un peuple que Dieu s’est donné pour que ce peuple puisse témoigner et même être témoin pour les nations qu’il y a bien un Dieu, un Dieu qui est là, et que ce Dieu a un projet d’amour, de vie et de bonheur, pour nous.

Ceux qui ont écrit ces textes ils étaient comme nous, ils se posaient plein de questions sur le sens de la vie, sur la mort, sur la souffrance et le mal, et plus largement sur le sens de ce qui nous arrive dans nos vies. Et ils ont fait la même expérience que nous, celle d’un Dieu qu’on ne voit pas mais qu’on peut pressentir. Et ça a mis en route ce peuple. Et ces livres de l’Ancien Testament c’est l’histoire de ce peuple qui cherche Dieu, tout autant que c’est l’histoire de Dieu qui nous cherche, Dieu qui cherche à nous rejoindre… Et plus je lis ces livres plus je suis frappé par leur actualité, par l’actualité des questions qu’ils posent. Ce sont les mêmes que celles que nous nous posons encore aujourd’hui, certes dans une culture différente, mais vraiment c’est proche. C’est très étonnant.

Les deux plus grandes figures bibliques à retenir dans l’Ancien Testament c’est celle d’Abraham et celle de Moïse. Abraham c’est ce vieil homme sans descendance qui vivait dans un pays où il y avait plein de divinités, dans l’Irak actuel, et un jour il fait cette expérience qu’on ne peut pas vraiment mettre un mot qu’il y a parmi ces divinités un Dieu qui lui parle. Je ne sais pas quelle expérience il a fait concrètement. Mais il a entendu un appel et il a tout quitté de sa vie pour répondre à cet appel. Dans nos Bibles c’est dans le livre de la Genèse, le tout premier livre de la Bible, au chapitre 12 : « Dieu dit à Abram : Va vers-toi, quitte ton pays, ta famille, ta postérité, et va vers le pays que je te montrerai. Là tu auras une descendance aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel ». Et Abraham y va, et c’est le début de l’histoire de ce peuple. Abraham a entendu quelque chose, il a pressenti quelque chose ; et ça a été suffisamment fort en lui pour qu’il laisse tout et qu’il se mette en route pour essayer d’apprendre à savoir qui est ce Dieu qu’il pressent et qui l’appelle et qu’est-ce qu’il peut bien lui promettre et nous promettre comme chemin de vie et de bonheur.

La deuxième figure c’est celle de Moïse. Moïse c’est ce fils d’Hébreu à l’époque où le peuple est réduit en esclavage en Egypte et que Pharaon décide de mettre à mort tous les nouveau-nés pour que le peuple finisse par disparaître. Et Moïse est sauvé par une proche de Pharaon qui va prendre soin de lui. Et Moïse va grandir et faire un jour une expérience spirituelle qui est comme une rencontre avec celui que nous allons nommer Dieu, Dieu qui va lui demander de libérer le peuple de l’esclavage, Dieu qui va lui donner la force intérieure d’y arriver. C’est toute l’histoire de la sortie d’Egypte, avec le passage de la Mer rouge et la longue traversée du désert (pour ceux qui connaissent, pensez au film d’animation « Le Prince d’Egypte »). Pendant toute cette traversée, Moïse est celui qui va faire le lien entre Dieu et le peuple. Il va être celui qui retransmet au peuple ce que Dieu veut lui dire. Et en même temps il sera celui qui dira à Dieu les attentes ou les récriminations du peuple, un peuple qui est comme nous, parfois très heureux, et parfois qui doute, qui ne comprend pas le sens de la vie, qui oublie ce qui était bon et qui l’a aidé à avancer… Et toute l’histoire de la Bible jusqu’à Jésus va ensuite être semée de prophètes qui vont parler au peuple au nom de Dieu.

Tout ça pour vous dire qu’il y a des gens qui ont fait bien avant nous cette expérience qu’il y a un Dieu, un Dieu qui parle et qui chemine avec nous, tout ça pour dire aussi que nous croyons nous chrétiens en un Dieu qui parle, un Dieu qui a quelque chose à nous dire aujourd’hui encore, un Dieu dont je crois qu’il a encore des choses à nous dire y compris au travers de ces vieux textes qui portent ce mêmes questions qui sont les nôtres aujourd’hui.

Un mot sur Jésus. Un prophète parmi d’autres, au premier abord, un maître de vie même, comme il y en avait d’autres à cette époque, un rabbi, quelqu’un qui enseigne à des disciples ce qu’il faut faire, ce qu’il faut vivre pour être heureux ou pour trouver un chemin de bonheur. Il se trouve que Jésus nous apprend plein de choses sur Dieu, Dieu qu’il appelle Père, Dieu dont il se révèle être le Fils, l’envoyé, le Messie. Un Dieu qui nous aime malgré son silence apparent. Un Dieu qui se rend présent grâce à ceux qui vivent concrètement les appels que Jésus adresse à ses disciples – ceux qui le suivent, ceux qui sont baptisés. Un Dieu qui ne juge pas mais qui voudrait que chacun de nous soit sauvé, c’est-à-dire libéré de tout ce qui l’empêche de vivre pleinement et d’être heureux. Un Dieu qui nous promet que quoi qu’il arrive la vie et le don de soi par amour seront avec lui plus fort que tout mal et que toute mort. Un Dieu aussi qui envoie en nous, ou plutôt en ceux qui le lui demandent, son Esprit de vie, d’amour, de patience, de joie, de paix… Ce que j’appelais tout à l’heure Dieu qui nous souffle des choses, Dieu qui murmure en nous. Un Dieu, nous dit encore Jésus, qui a besoin de nos voix d’hommes et de femmes, aujourd’hui, pour être annoncé et pour que des paroles d’espérance et de foi soient dites aujourd’hui. Un Dieu aussi qui a besoin de nos mains d’hommes et de femmes pour prendre soin les uns des autres – vous allez devenir, par le sacrement du mariage, comme les mains de Dieu l’un pour l’autre ; belle et grande mission ! on en reparlera la prochaine fois en parlant du sens du sacrement du mariage.

St Jean, dans son évangile, nous dit de Jésus qu’il est la Parole de Dieu. Par la venue de Jésus, Dieu nous a dit tout ce qu’il avait à nous dire. Et en même temps il nous dit de Dieu tout ce que nous avons besoin de savoir ou de comprendre. A nous d’écouter. Par Jésus, Dieu nous parle.

Et c’est pour cela que pendant votre célébration de mariage on va vous proposer et même vous demander de choisir des textes bibliques qui vont être comme la Parole de Dieu que vous voulez partager à vos invités, la Parole de Dieu aussi qui donne sens à ce que vous décidez de vivre. Ce sera la Parole que Dieu va nous adresser. Vous verrez que vous aurez le choix entre plein de textes qui vont nous dire, chacun à leur façon, un peu le sens de ce que nous allons célébrer, à la fois le sens du mariage et de l’amour, mais aussi qui est Dieu et comment il est, je crois, présent à ce que nous vivons.

Et dans la célébration, je le disais tout à l’heure, nous allons prier, c’est-à-dire que nous allons parler à Dieu. Nous allons faire ce pari de confiance que Dieu, s’il existe – ce que je crois – nous entend. Et donc que nous pouvons lui confier ce qui nous habite et ce qui nous tient à cœur. C’est ça la prière : confier à Dieu nos joies et nos peines, nos questions et nos révoltes aussi ; lui confier aussi ceux que nous aimons ; et lui demander qu’il nous éclaire dans les décisions que nous avons à prendre, qu’il nous éclaire aussi quand nous ne savons plus trop où nous en sommes, etc.

J’aime bien cette parole de Jésus, dans l’évangile de Jean, qui dit : « Je vous appelle mes amis » (chapitre 15). Je crois que Dieu est là comme un ami. Il est celui avec qui je peux tout partager – même si je ne le vois pas. Celui qui est là et sur lequel je peux compter. Et comme un ami à qui je confie mes problèmes ou mes questionnements, il arrive qu’il se sente bien impuissant face à ce qui m’arrive ou face à mes choix ; mais il est là. Comme un ami aussi il veut me partager des choses de lui, je n’ai alors qu’à ouvrir le livre des Ecritures, comme un album-photo (ou une page Facebook !), et je vais y découvrir petit à petit qui il est, lui… Comme un ami aussi, il respecte mes silences et même mes éloignements. Je crois en Dieu qui me laisse libre. Un Dieu qui me laisse libre quoi qu’il arrive. Parfois nous voudrions que Dieu soit un Dieu magicien qui va intervenir dans le fil de notre vie et empêcher je ne sais quelle épreuve. Non… Dieu est juste cette présence sur laquelle je peux m’appuyer, en lui confiant ce que je porte. Mais il n’est pas un grand magicien qui va répondre à toutes mes demandes. Parfois il va me souffler des réponses, intérieurement, ou par des évènements ou des rencontres. Parfois je les entendrais, parfois non… Mais comme avec un ami, un ami proche, il attendra patiemment que je l’associe à ce que je vis… Quelqu’un qui aime vraiment, c’est quelqu’un qui laisse l’autre faire ses choix. Non pas qu’il s’en fout si l’autre se trompe – nous avons d’ailleurs des amis qui nous disent quand on déconne – ; mais un ami qui ne va pas nous enfermer dans une tour pour qu’on reste là ou pour qu’on ne se trompe pas… Je suis libre de laisser une place à Dieu dans ma vie, comme je suis libre – j’ai envie de dire malheureusement – de m’éloigner de Dieu.

Il y a des textes de l’Ancien Testament que j’aime bien où le peuple d’Israël qui est en Exil se plaint que Dieu l’a laissé tombé. Et les prophètes rappellent juste qu’en fait le peuple n’a pas écouté, que le peuple a fait ses choix, qu’il s’est lui éloigné de Dieu ; mais qu’il peut revenir, que Dieu pardonne et reste fidèle…

Je crois que je vais m’arrêter là-dessus… On va prendre quelques instants pour noter tout de suite sur vos feuilles ce que ces balbutiements éveillent en vous de question ou de convictions, ou d’énervement, pour qu’on puisse éventuellement en reparler plus tard si vous voulez (par exemple quand on aura des rdv pour préparer la célébration, après la fin de nos soirées)… Vous pouvez aussi noter ce qui vous a touché dans ce qu’on a entendu ou ce que vous avez découvert peut-être de Dieu…

Merci de votre attention…

Publié dans Méditations

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