Homélie dimanche 11 mai 2014

Publié le par Christophe Delaigue

4ème dimanche de Pâques / Année A - Dimanche de prière pour les vocations

Nivolas-Vermelle

Ac 2,14a.36-41 / Ps 22 (23) / 1P 2,20b-25 / Jn 10,1-10

Les paroles de Jésus, ce matin, sont vraiment énigmatiques… Et ce qui me rassure c’est de savoir que les pharisiens n’ont pas compris grand-chose, si j’en crois ce qui est dit dans le texte… Ouf, nous ne sommes pas les seuls … !

Pour essayer de comprendre un peu, il y a toujours au moins une question qu’on peut se poser, à savoir : qu’est-ce qui est dit de Jésus, qu’est-ce que je découvre de lui ; et ça ouvre du coup à une 2ème question : en quoi ça nous concerne, nous dont la mission de baptisés c’est d’essayer de devenir petit à petit disciples et témoins de Jésus … ?

Jésus nous dit qu’il est « la porte des brebis » ; dans d’autres textes il nous fait plutôt comprendre qu’il est le berger – et c’est ce que St Pierre nous a rappelé à la fin de la deuxième lecture. Jésus nous dit donc qu’il est « la porte des brebis », il est celui par qui il faut passer pour aller ou sortir de cet enclos dont on nous parle. Un peu plus loin dans l’évangile de Jean Jésus aura ces mots importants : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Et c’est bien de cela dont il est question ici. Jésus est celui par qui il faut passer pour entrer dans le Royaume de Dieu : « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. »

Il s’agit de passer avec lui, de passer par lui. Il s’agit comme lui de vivre un passage. Il est passé de la mort à la vie – c’est ce que nous avons fêté à Pâques, c’est le mystère de sa résurrection – ; et nous, à sa suite il nous faut passer de la vie sans lui à la vie, la vie éternelle, la vie en lui, la vie avec lui ; il s’agit de mourir à notre vie centrée sur nous-mêmes pour renaître à cette vie là avec lui. Et d’ailleurs Jésus nous dit à la toute fin de notre passage d’évangile de ce matin : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. » C’est-à-dire pour que nous vivions pleinement, que nous vivions en étant libérés de tout ce qui nous recroqueville, de tout ce qui nous replie intérieurement. C’est ça la résurrection qui nous est promise, une vie complètement « dépliée » – c’est une promesse pour l’au-delà, sans doute, mais déjà pour aujourd’hui, petit à petit…

Si le Christ nous appelle à la vie, s’il nous appelle à sa vie, s’il nous appelle à nous ouvrir et à nous « décroqueviller », il nous faut nous demander non seulement de quoi nous avons besoin d’être libérés, intérieurement, dans nos cœurs et dans nos corps, mais aussi – c’est inséparable – à quoi nous devons mourir, qu’est-ce qu’il nous faut laisser de côté pour vivre notre baptême, pour vivre vraiment à la suite de Jésus.

Sans doute il nous faut accepter de laisser derrière nous nos désirs de toute-puissance et de nous suffire à nous-mêmes… Sans doute qu’il nous faut laisser de côté aussi nos désirs de sauver le monde ; il n’y a qu’un seul sauveur, le Christ. Il nous faut accepter que sans lui nous ne pouvons pas faire grand-chose pour aider ce monde qui souffre tant, ce monde qui a pourtant besoin que nous gardions confiance et espérance pour faire, avec le Christ, tout ce qui est en notre mesure pour que la paix, la justice, l’amour et le respect de toute vie humaine deviennent les seuls maîtres du monde.

Notre mission de baptisés, notre mission de membres du Corps du Christ, ensemble mais chacun à notre mesure, c’est de lui permettre, à lui Jésus le Christ, de porter ce monde dans lequel nous sommes et d’en prendre soin, et c’est de lui permettre, à lui Jésus, de se faire reconnaître de ces désespérés de la vie qui rentrent tout tristes chez eux comme les deux pèlerins d’Emmaüs de l’évangile de dimanche dernier…

Notre monde a besoin aujourd’hui encore de témoins et d’apôtres ; notre monde a besoin que des hommes et des femmes osent dire et surtout vivre concrètement leur foi en Jésus mort et ressuscité, Jésus qui veut nous libérer de tout ce qui nous emprisonne, Jésus qui veut que nous vivions pleinement dès maintenant, aujourd’hui. Comme Pierre et les autres Apôtres au jour de la Pentecôte, il nous faut proclamer à temps et à contre-temps celui en qui nous mettons notre confiance et il nous faut oser des paroles et des gestes qui relèvent ceux qui en ont besoin. Pas forcément en faisant des choses extraordinaires, mais en faisant tout ce que nous pouvons, là où nous sommes, et notamment en apprenant à regarder chacun avec des yeux qui croient que tout homme et toute femme sont importants pour Dieu…

Alors, en cette journée de prière pour les vocations, je prie pour que nous devenions tous et toujours plus de ces disciples de Jésus – comme dans la 1ère lecture – qui ne restent pas enfermés chez eux, bien au chaud mais qui sortent vivre l’évangile… Et pour cela, pour y arriver, je prie ce matin pour que nous apprenions à nous en donner toujours plus les moyens, à trouver comment nourrir notre foi, concrètement ; je prie notamment pour que nous osions demander à Jésus la grâce d’être d’abord des priants qui se reçoivent de lui ; alors nous pourrons être les témoins de sa présence au monde, les témoins de la tendresse que le Père voudrait avoir pour tous les hommes.

Si nos communautés sont toujours plus enracinées en Jésus Christ qui est « le chemin, la vérité et la vie », Jésus Christ qui est « la porte des brebis », Jésus Christ qui est aussi Parole de Dieu et qu’il nous faut donc découvrir et connaître en ouvrant et en écoutant ensemble la Parole, par exemple dans des Fraternités locales, si nos vies sont toujours plus enracinées en Jésus Christ, alors nous rayonnerons de lui autour de nous, et alors des bergers, des prêtres, se lèveront, ceux pour lesquels il nous arrive si souvent de nous lamenter soit de ne pas en avoir en nombre suffisant, donc pas assez disponibles, soit qu’ils ne soient pas toujours comme nous les voudrions… Je prie pour que nous entrions dans cette foi, cette confiance, que Dieu donne à qui demande et qu’il nous donne ce dont nous avons besoin, pour les temps qui sont les nôtres, avec ce que nous sommes les uns et les autres.

Pour l’heure, ouvrons-nous à cette Bonne Nouvelle de Jésus qui est ressuscité, Jésus qui est vraiment présent au milieu de nous, même si nous n’y comprenons pas toujours grand-chose, Jésus qui veut pour nous la vie. Que cette Bonne Nouvelle puisse être notre joie et qu’elle nous ouvre à la paix du cœur, dans cette confiance que quoi qu’il arrive Jésus est là avec nous, à nos côtés, pour qui veut bien le suivre, vivre avec lui…

Publié dans Homélies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :